Procès Laporte : que la lumière soit !

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Mercredi après-midi, s’ouvrira au tribunal correctionnel de Paris un procès au fil duquel seront jugés Bernard Laporte, Mohed Altrad, Serge Simon et Claude Atcher, quatre acteurs majeurs du rugby français. Celui-ci en sortira-t-il indemne ?

Mine de rien, la vie suivait son cours : le XV de France venait de signer son premier grand chelem depuis douze ans, le Stade rochelais avait conquis l’Europe, Montpellier décroché un Bouclier de Brennus historique et début septembre, on en était déjà à flatter l’impensable compétitivité d’un Top 14 que l’on imaginait plus disputé que jamais…

Dans trois jours, l’épée de Damoclès qui planait depuis le mois de janvier au-dessus de notre petit monde, va néanmoins s’abattre sur la tête du président de la Fédération, de son bras droit à Marcoussis, du mécène le plus influent du rugby mondial ou du patron de France 2023 mis à pied à titre conservatoire depuis vendredi et faire exploser en mille parts la quiétude, nouvelle et fragile, de l’ovale hexagonal. Au tribunal correctionnel de Paris, dans le 17e arrondissement de la capitale et à un jet de pierres du siège de la Ligue Nationale de Rugby, Bernard Laporte, Mohed Altrad, Serge Simon, Claude Atcher et son bras droit à la société Score XV Benoît Rover, à ce jour tous présumés innocents, seront donc entendus à tour de rôle dans le cadre de ce que l’on nomme aujourd’hui « l’affaire Altrad-Laporte ».Après une enquête des fonctionnaires de la BRDE (Brigade de Répression de la Délinquance Économique) ayant duré près de quatre ans et dont les conclusions avaient été couchées l’été dernier dans un rapport de 55 pages, le vice-procureur de la République François-Xavier Dulin a retenu plusieurs charges à l’encontre du président de la FFR, le trafic d’influence, l’abus de bien sociaux ou la corruption passive (lire ci-dessous) en faisant tous partie. Selon toute vraisemblance et comme il en est d’usage dans ce genre de procès, le patron de la FFR, (« l’homme du match», puisque c’est ainsi que le définissait la semaine dernière un acteur de l’audience à venir) devrait être la dernière personne à être entendue par le tribunal quand Serge Simon, qui concentre a priori le moins de griefs, pourrait ouvrir le bal aux prémices de l’audience. « Nous connaîtrons la chronologie exacte des interventions des uns et des autres au terme de la première journée de débats », nous confiait vendredi soir un autre protagoniste de l’affaire. Les fameux « débats », eux, s’étaleront sur dix demi-journées, du 7 au 22 septembre.

Les débats s’annoncent fiévreux

Au centre de l’enquête ayant mobilisé plusieurs dizaines de policiers, à l’épicentre du procès qui s’annonce, il est évidemment le contrat d’image liant Bernard Laporte et Mohed Altrad, conclu en février 2017. De l’agrément passé entre les deux hommes, dont l’un est le patron du rugby français, l’autre le sponsor maillot du XV de France et le président du MHR, découlent la plupart des griefs retenus par les policiers. À ce propos, l’avocat de Bernard Laporte, maître Versini-Campinchi disait récemment : « Le président de la FFR est un bénévole. Il travaille à plein temps pour la Fédé et ne peut avoir une autre activité. Ce n’est pas compatible. En 2016, il a refusé un pont d’or de Mohed Altrad (1, 2 millions par saison), qui souhaitait faire de lui le manager de Montpellier; Laporte a alors répondu qu’il voulait devenir président de la FFR et M.Altrad a à ce moment-là proposé ce contrat de communicant à M. Laporte. C’est une maladresse, d’accord. Mais ce contrat, qui n’a pas été exécuté et que Laporte essaie de rembourser depuis plusieurs années, sert aux policiers de pierre angulaire pour leur raisonnement : ils ont jugé que tout ce qu’a fait Bernard Laporte derrière, c’est en remerciement de ce contrat : le coup de téléphone à Jean-Daniel Simonet (alors président de la commission d’appel de la FFR, N.D.L.R.), l’intervention de la FFR en faveur du rachat de Gloucester, la vente du maillot tricolore… Ce raisonnement ne tient pas face à un tribunal.»

C’est évidemment bien trop tôt pour le dire. Mais avec d’un côté des ténors du barreau tels Versini-Campinchi (il est notamment connu pour avoir défendu Jean-Chritophe Mitterrand dans l’affaire d’État de « l’Angola gate » sur une vente d’armes aux Soviétiques), l’ancien bras droit de Dupont-Moretti, Antoine Vey (l’avocat de Mohed Altrad est considéré comme l’homme qui monte dans la profession), l’éloquent Pierre Blazy (il défend Serge Simon) ou Céline Lasek (connue pour avoir notamment été l’avocate de Bernard Cantat, elle sera cette fois-ci en charge de la défense de Claude Atcher), et de l’autre une accusation incarnée par le vice-procureur François-Xavier Dulin, un jeune magistrat en charge de l’affaire depuis deux ans, les joutes oratoires s’annoncent fiévreuses, pour ne pas dire saignantes. Dès lors, le rugby français s’apprête-t-il à connaître le plus grand déballage de sa longue histoire ? D’évidence, oui. Et qu’on le veuille ou non, il y aura, pour nous tous, un avant et un après « affaire Laporte »…

Ce qu’ils risquent

Ici, le barème des sanctions est vaste et va de la relaxe pure à la prison ferme en passant par l’interdiction formelle de gérer une entreprise. Si la corruption est avérée, la peine maximale est de sept ans, alourdie d’une amende de 375 000 euros si la personne est détentrice d’une fonction de service public, comme c’est le cas du président de la FFR. Mais au jeu des circonstances atténuantes et de l’appréciation souveraine des juges, les diverses peines couchées dans le Code pénal peuvent évidemment être réduites de façon considérable. Les avocats de Bernard Laporte, maîtres Colin et Versini-Campinchi demanderont de leur côté la relaxe mais, si leur client est condamné, ils devraient naturellement faire appel de toutes les condamnations, dont aucune d’entre elles n’est non-suspensive. À noter, enfin, que l’« escroquerie en bande organisée », facteur hautement aggravant dans ce genre de dossier, n’a pas été retenue par le procureur de la République François-Xavier Dulin. La décision du tribunal, elle, devrait être rendue fin octobre. À moins d’un recours en appel, bien entendu…

La majorité au soutien

Quelques jours avant l’ouverture du procès, 32 membres du comité directeur de la FFR, tous issus de la majorité, sont montés au soutien de l’action de leur chef de fil Bernard Laporte et son bras droit Serge Simon. Via un communiqué, ils vantent le bilan de l’actuel président fédéral: «C’est sous la forte impulsion de ces deux personnalités que notre institution a connu une transformation que l’on peut qualifier de transformation à 360 degrés, que la démocratie au sein de la FFR a fait un bond sans commune mesure, que les ressources financières ont très fortement augmentée (+30 %) et réorientées vers les clubs et la formation, que la FFR a résolument orienté ses actions en direction du développement durable, que la FFR s’est transformée en Fédération 2.0; qu’a été prise la décision vitale d’arrêter le projet Grand Stade qui était de nature à hypothéquer irrémédiablement le Futur de la FFR ; que la FFR a obtenu l’organisation de la Coupe du monde de rugby 2023. C’est sous leur double impulsion et grâce à leur grande connaissance, largement reconnue, du rugby international que notre XV de France a réalisé le grand chelem lors du tournoi des 6 Nations 2022. […] Sans eux, cette transformation exemplaire, copiée, inspirante n’aurait existé. C’est avec fierté que nous leur apportons, nous membres du Comité Directeur de la FFR, tout notre soutien à leur action.»

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Marc Duzan
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Les commentaires (1)
leBison Il y a 2 mois Le 07/09/2022 à 11:10

Me direz-vous !..Comme comment pouvoir égratigner ou voir même écorcher notre si beau RUGBY Français de notre instant présent !.. Seulement voilà , finalement comment sans les bons tenants et aboutissants de toutes les choses leurs étant reprochées , pourrions nous bien à notre niveau pouvoir se permettre de juger qui que ce soi , étant donné que ce n'est vraiment plus de notre ressort . Laissons plutôt faire à la justice son vrai travail . N'oublions surtout jamais que *Bernard Laporte* vient de remonter sans modération le curseur et ce à tous les niveaux de notre RUGBY qui encore cinq années auparavant était tombé dans les catacombes de la tristesse et entrain de végéter à outrance . A présent , indéniablement les résultats sont plus que probants . NON ?.. Et moi au jour d'aujourd'hui , et bien voilà tout ce que je pense et retiens de notre cher "Président de Fédération" encore en place !.. En espérant de tout coeur que le futur sort ou plutôt dénouement après jugement nous permette de le garder encore bien longtemps . Car à ce poste , indéniablement , c'est bien encore l'homme de la situation qu'il nous fallait vraiment . Et même s'il n'a pas pu être en tant que Manager de l' équipe de France à son époque "Champion du Monde" , j'aimerai tant qu' en qualité de Président de la F.F.R 'il le devienne vraiment !.. Ce ne serait je dis , vraiment pas usurpé pour sa part , tellement cet homme jusqu'à présent aura tout donné de son meilleur pour notre Rugby Français . Et peu importe de ce qui peu se passer dans l'anti chambre de notre Ovalie ., c'est leurs affaires , et pas les nôtres . Et même , si l'on peut sans doute s'attendre quelque part à un grand Boom retentissant , sur notre passion de l'ovale !.. Croisons très fort les doigts . Tout peut être encore reporté jusqu'après la "Coupe du Monde 2023" , concernant les vrais jugements finals . Pourquoi pas . Car moi , je le souhaiterai plutôt , en vue de notre future conjoncture à venir .