Ludovic Radosavljevic : « Mon histoire avec le rugby n’est pas terminée »

  • L'ancien demi de mêlée de Clermont a rejoué le week-end dernier avec son nouveau club d'Avignon Le Pontet en Fédérale 3.
    L'ancien demi de mêlée de Clermont a rejoué le week-end dernier avec son nouveau club d'Avignon Le Pontet en Fédérale 3. Icon Sport
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Ludovic Radosavljevic - Écarté des terrains en septembre 2021 à la suite de propos racistes tenus à l’encontre d’un joueur de Nevers, il a rechaussé les crampons un an plus tard. Désormais, le demi de mêlée évolue en Fédérale 3 avec Avignon-le Pontet, son club de cœur.

Comment avez-vous vécu votre licenciement et la période qui s’en est suivie ?

Difficile. C’était très dur. J’ai fait une connerie qui m’a coûté très, très cher. Un peu trop à mon goût mais je pense que je ne suis pas quelqu’un qui s’apitoie sur son sort et qui se cache. J’ai fait une connerie et je l’ai assumée. Je me doutais bien qu’après mon licenciement d’Aix, le rugby professionnel serait terminé pour moi. Cela a été un moment compliqué parce qu’au-delà de la suspension, j’ai perdu mon métier. Mon plan de vie n’était pas prévu comme ça, cela impact beaucoup de choses et ma vie de famille aussi. Maintenant, c’est derrière moi.

Après votre suspension, vous êtes-vous reconverti tout de suite ?

J’avais déjà commencé ma reconversion. J’ai acheté un bar à bières sur Avignon, quatre mois avant de me faire licencier donc cela m’a permis de consacrer tout mon temps à ce nouveau projet. Mon petit frère est ferronnier donc j’ai acheté une machine, qui est un plasma numérique et qui permet de compléter l’activité de mon frère.

Vous avez aussi découvert le rugby à treize, la saison passée. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Franchement c’était génial ! C’est une opportunité qui a été un peu courte puisque j’ai été suspendu à treize aussi. Je n’ai eu la chance de faire qu’un seul match mais je me suis entraîné toute la saison avec eux. J’avais beaucoup d’a priori sur le rugby à XIII. En réalité, j’ai beaucoup aimé. Le SO Avignon XIII est un club sain et qui a tout fait pour que je puisse remettre le pied à l’étrier. Il n’est d’ailleurs pas impossible que j’y retourne. J’en garde un très bon souvenir.

Vous venez de débuter la saison avec votre premier club, Avignon-Le Pontet, en Fédérale 3. Comment s’est fait votre retour ?

Avignon-Le Pontet est mon club de formation, c’est donc un retour qui s’est fait simplement. Il fallait que je rende au club ce qu’il m’avait donné plus jeune. J’ai mes copains qui jouent ici, c’était la suite logique. Reprendre avec mon petit frère était aussi important. Je suis fier de pouvoir jouer avec lui.

Pourquoi était-ce si important pour vous de continuer à jouer au rugby ?

Je ne sais pas si c’est une guerre d’ego mais pour moi, mon histoire avec le rugby n’est pas terminée. Je suis un gamin du rugby, j’ai commencé à jouer à l’âge de trois ans donc finir comme ça, pour moi, ce n’était pas pensable. Je ne suis revanchard contre personne mais je ne voulais pas laisser cette image-là de moi. Et je veux montrer à tout le monde que c’est bien beau d’avoir du courage sur internet mais moi, je suis là et j’assume tout depuis le début. S’il y a des gens qui ont des choses à me dire, ils pourront venir me les dire sur le terrain.

Quand vous avez rechaussé les crampons, aviez-vous des réticences ?

C’est peut-être bateau ce que je vais dire. Ça va certainement sonner faux mais ce qui s’est passé ce jour-là, sur le terrain, c’est aux antipodes de ce que je suis réellement. J’ai les fils qui se sont touchés sur une action. Le chambrage n’excuse en rien les mots que j’ai eus. Même moi, après coup, je m’en suis voulu. Tous les gens qui sont dans le milieu du rugby savent très bien comment cela se passe sur un terrain. À chaque match, il y a des accrochages. J’ai fait des interviews, j’ai été censuré partout, sauf dans le Midi Olympique. Oui, j’ai fait une connerie mais j’ai toujours été bien au sein de mes équipes. Je n’ai jamais été un grand joueur mais j’ai toujours été celui qui fédère dans le vestiaire, celui qui accueille le nouveau…

Votre premier match de championnat à Sète, le week-end dernier, a été un brin mouvementé…

C’est laid, ce qui s’est passé sur le terrain. Je me suis fait insulter de facho et de raciste de nombreuses fois. Si les gens pensent que je vais m’échapper, ça ne sera jamais le cas. J’ai joué ce match, nous avons gagné et voilà. Je me suis fait attraper tout le match. Il y a eu une bagarre à la fin : j’ai été convoqué alors que je n’ai strictement rien fait. Je ne voulais pas m’énerver, je savais que je ne devais rien donner à personne. Mais ils m’attaquent sur ce qui a pu se passer avant. Qu’on se le dise : je suis prêt à toutes les éventualités et je ne reculerai devant personne.

Vous expliquez que votre histoire avec le rugby n’est pas terminée : aimeriez-vous rejouer en pro ?

Je ne vais pas espérer que quelqu’un m’appelle, ce serait me mentir à moi-même. Si jamais j’ai une opportunité, bien sûr que j’y retournerai. Mais je sais pertinemment que c’est impossible. C’est comme ça. Je suis un compétiteur, j’aime tous les sports. Il faut que je joue et que je gagne, j’en ai besoin.

Comment s’est passée votre intégration à Avignon-Le Pontet ?

C’est mon club de toujours, c’est cool je m’y sens bien. Je suis chez moi, à la maison. Je connais le club comme ma poche, mon papa a entraîné, ma maman était dirigeante, mon frère y joue. C’est chez moi, je n’ai même pas réfléchi à une intégration, c’était naturel. J’ai été accueilli sans jugement parce que ce sont les seuls qui me connaissent vraiment.

Y a-t-il des côtés du rugby professionnel qui vous manquent ?

Le monde amateur, ce sont les copains. C’est un sport passion. Ce qui me manque, c’est le niveau de jeu. Ce n’est pas comparable. Dans ma carrière, j’ai eu la chance de jouer partout en Europe, de pouvoir gagner au Munster, au Leinster. J’ai eu la chance de voyager grâce à cela. L’atmosphère des stades me manque aussi. En trois ans, je suis passé du Stade de France au stade de Sète. (rires) C’est comme ça, mon histoire était écrite comme cela.

Quels sont les objectifs avec Avignon-Le Pontet ?

Le club est monté en Fédérale 3 cette année, donc notre ambition est dans un premier temps de prendre du plaisir tous ensemble. Après, j’imagine qu’on fera un point à mi-parcours. Pour le moment il faut se maintenir et si on a la chance de viser un peu plus haut, on verra.

Qu’avez-vous envie d’apporter à cette équipe ?

Un peu d’expérience. Un peu de technique, je ne sais pas. Les entraîneurs sont plus que compétents, les joueurs aussi. Moi, je n’interfère pas mais si je peux amener un peu plus de sérénité, tant mieux.

Avec Avignon-Le Pontet vous êtes polyvalent et vous retrouvez le poste de demi d’ouverture ?

Je suis demi d’ouverture de formation, je suis passé à la mêlée quand je suis arrivé à Clemront. Ce n’est pas un poste qui est nouveau pour moi j’y ai joué à Castres et à Aix aussi. J’aime bien cette polyvalence et puis maintenant que je suis un peu plus vieux, je préfère jouer dix. Tu cours un peu moins tandis qu’en neuf, tu cours un peu trop. J’ai assez couru toute ma vie ! (rires)

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Manon MOREAU
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