Exclusif - Laurent Labit et Karim Ghezal expliquent leur départ du XV de France, en 2023

  • « Nous serons à Paris après la Coupe du monde 2023 », Labit et Ghezal se livrent sur leur avenir au Stade français
    « Nous serons à Paris après la Coupe du monde 2023 », Labit et Ghezal se livrent sur leur avenir au Stade français
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Pour Midi Olympique, Laurent Labit et Karim Ghezal ont accepté d’évoquer leur projet d’évolution de carrière vers le Stade français, après la prochaine Coupe du monde. Des explications précises avant le rassemblement des Bleus, ce dimanche. histoire de clarifier le plus rapidement possible la situation, pour mieux basculer sur le défi d’une vie...

Allons droit au but. Allez-vous vous engager avec le Stade français après la Coupe du monde, et si oui, pourquoi ?

Laurent Labit : La réponse est oui, même si le contrat est en cours de finalisation. Ce qui s’est passé, c’est que nous étions effectivement en réflexion depuis quelques mois. À titre personnel, j’avais parlé avec Fabien (Galthié) depuis un petit moment maintenant de ma volonté de repartir sur un projet en club. Pourquoi ? Parce qu’après seize années passées dans le rugby de club, j’ai eu envie de passer à autre chose, c’est pourquoi je n’ai pas hésité lorsque Fabien est venu me chercher pour rejoindre les Bleus. C’était pour moi une formidable opportunité pour continuer à m’améliorer, progresser, découvrir le très haut niveau. À son contact, j’ai non seulement retrouvé de l’envie mais il m’a surtout apporté tellement de choses, que c’est presque par sa faute que j’ai envie de reprendre les manettes d’un projet de club !

Karim Ghezal : J’ai fait ce choix après mûre réflexion. À 41 ans, je suis un jeune entraîneur, même si j’avais déjà exercé trois saisons en club avant de basculer sur un cycle de quatre ans en équipe de France. Mon interrogation, c’était le sens à donner à mon évolution. J’en avais d’ailleurs discuté très régulièrement et très librement avec Fabien. Aujourd’hui, objectivement, je ne me sentais pas d’endosser un rôle de manager. Je me voyais davantage comme un numéro un bis, car j’ai encore beaucoup trop de choses à apprendre avant de prendre en main un projet en solo.

À quelle date entrerez-vous en fonction avec le Stade français ?

L. L. La date que tout le monde a cochée, c’est celle du 28 octobre 2023 pour la finale de la Coupe du monde. Ensuite, nous espérons bien quelques jours, voire quelques semaines de festivités pour fêter ce qu’on souhaite… Et après cela, à partir du mois de novembre, nous entrerons en fonction dans notre nouveau projet.

K. G. Notre objectif du moment, qui est celui d’une vie, c’est la Coupe du monde. La seule chose sur laquelle nous sommes focalisés avec le staff, c’est de trouver les 33 joueurs qui entreront dans notre projet pour le Mondial. On a construit une méthodologie, un état d’esprit. Maintenant, il s’agit d’aller chercher ce que personne n’a encore fait dans l’histoire du rugby français. On va surtout s’attacher à accompagner les joueurs qui porteront ce projet. Celui du Stade français débutera après.

À quand remonte votre premier contact avec les dirigeants parisiens ?

L. L. À quelques semaines, peut-être quelques mois. Nous avons eu des discussions avec le Stade français comme nous en avons eues avec d’autres clubs, et ça s’est précisé avec eux un peu plus récemment. Avant cela, la première décision que j’avais à prendre, c’était celle de continuer ou pas avec la sélection. Le choix du projet qui me convenait le mieux n’est arrivé que dans un deuxième temps. Les bruits, les rumeurs au sujet du Stade français ces dernières semaines n’ont fait qu’accélérer le processus.

Aviez-vous reçu une proposition concrète de la part du XV de France ?

L. L. Dès le début, Fabien nous a clairement dit que sa volonté était de conserver tout le monde. Chacun a même réfléchi, dans son domaine, à ce qu’il pourrait améliorer, changer, au cas où nous repartirions. Il y a eu des réunions avec des choses très claires, à l’image de toutes celles que nous avons tenues depuis que nous avons démarré en 2019. Tout a toujours été très clair, très ouvert dans nos discussions. Nous avions depuis le début la possibilité de prolonger l’aventure à ses côtés.

K. G. Formellement, je n’ai pas eu de proposition. Mais ça ne nous avait pas empêchés de discuter de manière informelle avec Fabien, après le Tournoi. Je lui avais posé beaucoup de questions au niveau de mon évolution… Je n’ai rien cherché de particulier, et cette proposition du Stade français est arrivée. Nous avons rencontré le docteur Wild avec Laurent, le courant est plutôt très bien passé. Et la proposition est arrivée. Voilà…

Le fait de collaborer est-il le fruit d’une volonté commune exprimée en amont ou tout bonnement d’un certain hasard ?

L. L. Au départ, chacun menait sa réflexion de son côté. Karim, je le connais depuis vingt ans : je l’ai entraîné à Montauban, au Racing 92… Depuis, je le vois évoluer. C’est vrai que lorsque nous avons discuté tous les deux de comment nous envisagions notre avenir, je lui ai dit que j’aimerais reprendre un projet en club et lui était sur la même longueur d’onde. Sur le fait de continuer à travailler ensemble, on s’est aussi rapidement retrouvés, parce qu’on entretient une relation de confiance. C’est pour ça qu’on a rapidement convenu d’aller ensemble sur le même projet.

K. G. À la mi-septembre, nous avons échangé avec Laurent et comme nos projets personnels pouvaient s’emboîter, il m’a proposé d’aller avec lui au Stade français. Et cela correspondait parfaitement à ce à quoi j’aspirais. Laurent a une expérience de plus de quinze ans en club, il connaît tous les rouages de ce milieu et sera parfait pour avoir une vision élargie du projet, gérer les rapports avec l’association, avec le président, avec la formation, les partenaires. J’ai beaucoup de choses à apprendre de lui et ce projet m’excite d’autant plus que le Stade français est un club avec une grande histoire, de grosses ambitions.

Au quotidien, comment comptez-vous fonctionner ?

L. L. On ne sera pas un binôme. J’aurai des fonctions plus générales sur l’ensemble du club et de la partie rugby, on va dire. Karim aura quant à lui davantage en charge l’équipe professionnelle, dans un rôle d’entraîneur en chef. Au niveau de la méthodologie, il a beaucoup travaillé depuis trois ans pour élargir sa palette au-delà de sa spécialité de l’alignement. C’est une chose qui l’intéresse vraiment, pour laquelle il a de grandes compétences. Je crois que dans les années qui arrivent, ce sera non seulement un grand entraîneur mais aussi un grand manager.

K. G. La touche, c’est mon domaine de prédilection, mon point d’ancrage. En équipe de France, je participe aux entraînements de manière plus large. Il m’arrive d’intervenir au niveau de l’attaque avec Lolo, de la défense avec Shaun Edwards, du jeu d’avants avec William Servat. Être entraîneur en chef, c’est aussi gérer une méthodologie, gérer un staff et tout cela m’intéresse car il me semble que c’était une évolution naturelle. J’ajoute que l’idée de développer des joueurs au quotidien, ce que l’on ne peut pas faire avec les Bleus, m’intéresse aussi beaucoup… J’en ai beaucoup discuté avec Fabien, que je considère comme mon mentor. Je compte d’ailleurs continuer à beaucoup échanger avec lui pendant les années futures. Cela va forcément m’intéresser d’avoir son ressenti sur ce que je fais, tout en maintenant de bonnes passerelles entre un staff de club et celui du XV de France.

Le derby francilien vaudra son pesant de cacahuètes en 2023-2024, avec Laurent Labit aux manettes du Stade français et Laurent Travers à celles du Racing 92…

L. L. Quand on était ensemble avec Toto, on s’était toujours dit que chacun pouvait avoir envie de faire autre chose, de suivre son propre chemin. C’est le choix que j’ai fait en 2019. Depuis, nous avons fait notre chemin, chacun de notre côté. Non seulement nous serons contents de nous retrouver mais, à titre personnel, ce sera surtout un bonheur de recroiser la route du Racing et celle de l’Arena.

Vous étiez tous deux à Miami lorsque Midi Olympique a publié l’information selon laquelle vous ne prolongeriez pas l’aventure avec les Bleus pour rejoindre Paris. Comment avez-vous vécu la tempête médiatique, à distance ?

L. L. Pas très bien. Tout ce qui est sorti n’était pas parfaitement juste. Il a notamment été écrit que nous avions déjà annoncé à Bernard Laporte et Fabien Galthié notre volonté de rejoindre un projet de club, ce qui n’était exactement pas le cas… Ensuite et surtout, c’était compliqué vis-à-vis des gens en place au Stade français, notamment de Gonzalo Quesada avec qui j’avais toujours entretenu de bons rapports. J’ai d’abord pensé à lui, à la situation vis-à-vis de son staff, de ses joueurs, parce que ça les a beaucoup déstabilisés. C’est ce qui m’a gêné le plus.

K. G. Avec l’équipe de France, l’impact de n’importe quelle information est amplifié. Plus on avancera vers la Coupe du monde, plus ce sera fort. On l’accepte, ça fait partie du jeu. Ce qui était important pour nous à ce moment, c’était de maîtriser ce que nous pouvions encore maîtriser. à commencer par notre communication avec Fabien Galthié, puisque tout ce qui a été écrit n’était pas tout à fait exact. Ensuite, en ce qui concernait la communication avec le club et le staff en place, on ne pouvait malheureusement pas tout maîtriser…

À ce sujet, le staff actuel du Stade français, sous contrat jusqu’en 2024, est-il en danger ?

L. L. Non, pas du tout. À la suite de cette annonce, pendant que nous étions à Miami, nous recevions toutes les 10 minutes des messages d’agents, de joueurs, de membres du staff, de tout le monde… Mais comme je l’ai dit à tout le monde, notre priorité à nous, c’est de signer notre précontrat, ce qui devrait être effectif en fin de semaine avant le rassemblement du XV de France. Ensuite, la deuxième chose que je veux absolument faire, c’est avoir une entrevue avec Gonzalo. Comme je l’ai dit, nous avons toujours eu une bonne relation, c’est pourquoi je veux absolument discuter avec lui pour voir comment je peux travailler, comment il me laissera travailler ou pour être plus précis, comment il voudra que je travaille. C’est lui qui définira mon périmètre de travail et je m‘y plierai, car c’est quelqu’un que je connais bien, dont je sais qu’il sera professionnel et exemplaire jusqu’au bout. Je n’ai pas besoin de venir sur-perturber tout ça.

Parallèlement à l’annonce de votre signature à Paris, Thibault Giroud a fait le choix de rompre son engagement avec le Racing 92 après la Coupe du monde. Cela était-il lié à votre décision de rejoindre Paris ?

L. L. Non, ce n’est pas lié du tout. Cela fait partie des bruits et des choses qui ont été racontées, mais il n’a jamais été question que Thibault Giroud nous accompagne au Stade français. Il y a au club un staff de préparation physique et de performance qui paraît plutôt bon, et qui est sous contrat jusqu’en 2024. Il n’y a pas de raison d’y toucher sans avoir pris les avis de personnes qui sont au club et qui les connaissent très bien. Le dossier de Thibault Giroud lui appartient. C’est quelqu’un de très droit et s’il n’a pas souhaité aller au Racing 92, ce n’est pas parce qu’il avait un plan B.

Vous aurez à gérer le recrutement du Stade français pour la saison 2023-2024. Cela ne pose-t-il pas problème d’un point de vue pratique ou éthique ?

L. L. Être entre deux projets, tout le monde l’a toujours fait. Depuis vingt ans que j’entraîne, quand je suis parti de Montauban à Castres, de Castres au Racing ou du Racing à l’équipe de France, j’ai toujours signé mes précontrats très tôt et ça ne m’a jamais empêché de mener de doubles projets, ni d’avoir des résultats. Tout le monde fonctionne comme ça. Quand un joueur décide d’aller d’un club à un autre, il n’arrête pas de jouer dans le club où il est. Son objectif est toujours de gagner un titre. J’aurai à m’occuper du Stade français après la Coupe du monde. Certes, cela commencera à se construire après notre discussion avec Gonzalo, mais mon objectif premier demeure le XV de France, avec la tournée de novembre qui s’annonce, un Tournoi 2023 très dur avec trois déplacements et bien sûr cette Coupe du monde 2023 qui sera le rendez-vous d’une vie, pour moi comme pour tout le staff et bien sûr tous les joueurs.

K. G. Comme Laurent l’a dit, il a déjà géré des doubles projets dans sa carrière, donc je compte évidemment m’appuyer sur son expérience. Au sujet de l’éthique, on n’a aucun souci par rapport à ça, ne serait-ce que parce que si nous sommes plusieurs entraîneurs, à la fin, il n’y a que Fabien Galthié qui tranche.

Quitter le staff des Bleus après la Coupe du monde ne risque-t-il pas de vous fragiliser vis-à-vis des joueurs, voire des autres membres du staff ?

L. L. Non, je ne crois pas. Au contraire, les joueurs sont plus sensibles à ce qui est franc, honnête. Avec eux, le pire, c’est de faire croire que, de faire semblant… Avec les joueurs, au moins, tout sera clair dans notre façon de travailler et de faire, comme je l’ai d’ailleurs toujours fait depuis vingt ans. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est d’être champion du monde le 28 octobre 2023.

K. G. Je ne vois pas pourquoi nous serions fragilisés. Le timing est ce qu’il est, mais au moins, tout est clair. Pour rappel, j’ai signé mon contrat avec la FFR en avril 2019, alors qu’il y avait évidemment un staff en place. Ça n’a jamais posé de problème. J’ai fait une interview pour l’annoncer, puis je n’ai plus parlé du XV de France avant le premier novembre, par respect pour les gens en place.

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