XV de France - L'édito : une histoire d’enfance

  • Dans quelques jours, dimanche soir pour être précis, on saura si Antoine Dupont est désigné une deuxième fois consécutive « meilleur joueur du monde » par World Rugby
    Dans quelques jours, dimanche soir pour être précis, on saura si Antoine Dupont est désigné une deuxième fois consécutive « meilleur joueur du monde » par World Rugby Icon Sport - Icon Sport
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L'édito du vendredi par Léo Faure... Dans quelques jours, dimanche soir pour être précis, on saura si Antoine Dupont est désigné une deuxième fois consécutive « meilleur joueur du monde » par World Rugby, après avoir déjà enquillé deux Oscars Monde Midi Olympique. Il le sera sûrement. Ou peut-être. Ses performances individuelles parlent pour lui, autant que le parcours jusqu’ici sans faute du XV de France dont il est devenu le capitaine. Le tableau s’approche de la perfection.

Le seul fait de trouver trois Européens (Dupont, Sexton, Van der Flier) et aucun Néo-Zélandais dans la liste des nommés à cette distinction constitue une bizarrerie, en comparaison des quinze dernières années. Et Dupont, encore étincelant toute la saison malgré deux premiers tests d’automne plus neutres, ne ferait sûrement pas tâche à sa propre succession.

À tout juste 26 ans (il les a eus cette semaine), le Pyrénéen empile les trophées et les récompenses individuelles. Si bien que, déjà, le débat naît dans les conversations rugby du samedi soir. Entrecôte dans l’assiette, Côte-Rôtie dans le verre, des certitudes plein la bouche et cette question : Dupont est-il déjà l’égal des Blanco, Sella, Rives et Mias dans le grand livre du rugby français ? S’installe-t-il à leur table, entre l’entrecôte et le Côte-Rôtie ?

Un chapelet de statistiques y répondra vite (nous dira vite cela) de façon formelle, et malheureusement péremptoire. Dupont a gagné X trophées mais ne compte que Y sélections. Il a partagé tous les défenseurs en deux mais il parcourt moins de mètres que ses alter ego, ballon en mains, entre la 26e et la 32e minute quand le taux d’hygrométrie est supérieur à 53 %. Joie des stats, cimetière des émotions.

Le débat est surtout sans fin, parce qu’il n’emprunte pas à la bonne grille de lecture. Il est biaisé de fait, parce qu’on ne décide pas de la hauteur d’un totem par le filtre d’une compilation statistique. Ce n’est pas de performance absolue dont on devrait parler ici, mais d’une certitude relative. Celle de la trace, de l’empreinte, du souvenir. Quelque chose de personnel, d’intime. Et qui renvoie souvent à l’enfance.

Prenez, au foot : une récente étude sur la population française férue de ballon rond couronne Karim Benzema et Kylian Mbappé « meilleurs joueurs français de l’histoire ». Oui, mais chez les 15-24 ans. La même étude consacre Zidane chez la génération née dans les 80’s, qui a vénéré les deux coups de boule de 1998 comme elle a pleuré celui de 2006. Pour leurs parents ? Platini, pardi. Et Kopa pour leurs grands-parents. Le débat est infini.

Le "plus grand joueur de l’histoire" ne sera donc jamais la donnée objective de celui qui a soulevé le plus de trophées. Il y a le poste, le terroir originel, l’esthétique et le maillot porté qui entrent en ligne de compte et confèrent à ce débat un tour délicieusement subjectif. À cette question sans fin, on ne trouve donc qu’une seule réponse certaine : plus grand ou pas, Dupont grave son nom à jamais dans l’intelligence mémorielle de nos plus jeunes rugbymen. Il est celui à qui ils veulent ressembler, ils sont ceux à qui l’avenir appartient. C’est finalement tout ce qui compte.

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