L'édito : l’irrationnel

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L'édito du vendredi par Léo Faure... On glose, beaucoup, sur ces incohérences hypertrophiées et que le rugby dissimule de plus en plus mal derrière l’écran marketing de ses bonnes conduites. Et cette semaine peut-être plus encore qu’à l’accoutumée, notre sport a exposé quelques étrangetés dont il a le secret.

Voyez ici que l’idée d’un "sport des copains", ceux qui restent quand le ballon disparaît, fait parfois figure de vieillerie. C’est surtout le sport des excès de son adolescence au professionnalisme. Les beaux discours de "valeurs du rugby" ne changent plus grand-chose à cette réalité.

Cette semaine on a donc vu un joueur attaquer à quatre reprises en justice son club de toujours, le seul dont il a étrenné les couleurs (à 265 reprises !) chez les pros et dont il fut capitaine. Mais cela, c’était avant les commotions, les réunions en DRH, les ruptures de communication et finalement, le licenciement. Parce que, voyez-vous, rendu inapte par les commotions, Lapandry n’avait plus grande utilité pour l’ASM. Fâcheux, pour un club qui ne manque pas de s’auto-promouvoir comme un pionnier de la lutte contre les commotions cérébrales. Le rugby des copains ? Jugez par vous-même.

Les clubs, ne vous trompez pas, ne sont pas toujours les grands méchants loups de la belle histoire. Dans un rugby de business-sport plus que de sport-business, les joueurs y vont de leur élan de cynisme. Ces joueurs qui crient l’amour de leur club d’un côté, face média, et vont de l’autre négocier un contrat plus juteux chez le voisin. C’est la période du mercato officieux, comme chaque année à l’automne. Et cette pratique se multiplie. Il paraît qu’il faut trouver ça normal.

L’absurde, c’est encore les institutions qui le portent avec la deuxième naissance d’une Champions Cup intégrant désormais les provinces sud-africaines. La marque devient plus forte que la compétition elle-même. Ci-gît la Coupe d’Europe. Et la Champions Cup se rêve, bientôt, en support d’un Mondial des clubs.

On nous jure que le développement et le besoin d’exposition de ce sport réclamaient une telle évolution. Question exposition, l’urgence était sûrement moindre quand il fut question de décaler la rencontre du Castres Olympique, ce samedi soir, pour l’extraire de la confrontation directe avec le quart de finale de Coupe du monde des Bleus, au foot. Le stade Pierre-Fabre sonnera vide, ou presque. Les audiences télés s’annoncent également faméliques. Mais l’institution a tranché.

L’étrange, enfin, ce sont deux nations majeures qui licencient leur sélectionneur à moins d’un an d’une Coupe du monde. Le pays de Galles mais surtout l’Angleterre, où Eddie Jones a finalement été démis de ses fonctions. Sa sortie était devenue palpable, face à la pluie des critiques outre-Manche. Étonnant tout de même, au regard du timing et du bilan : sept années de services qui ont conduit l’Angleterre à 75 % de victoires, trois sacres dans le Tournois des 6 Nations (2016, 2017, 2020) et une finale de Coupe du monde (2019) après avoir battu en demi-finale la Nouvelle-Zélande, dans ce qui est décrit unanimement comme le plus grand match de l’histoire du XV de la Rose. Ça ne suffira pas pour Eddie Jones. Exit. Demain n’attend pas. Et tant pis si l’on flirte, encore, avec les frontières de l’irrationnel. On ne s’en étonne même plus.

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