Top 14 - Gabin Villière : "C’est dur de regarder les Bleus derrière mon écran"

  • Grand acteur du grand chelem lors du dernier Tournoi, le normand enchaîne les pépins physiques depuis le mois de mai. Grand acteur du grand chelem lors du dernier Tournoi, le normand enchaîne les pépins physiques depuis le mois de mai.
    Grand acteur du grand chelem lors du dernier Tournoi, le normand enchaîne les pépins physiques depuis le mois de mai.
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Grand acteur du grand chelem lors du dernier Tournoi, le Normand enchaîne les pépins physiques depuis le mois de mai. Des blessures qui l’ont notamment privé des tournées d’été et d’automne. Actuellement à l’infirmerie, le joueur de 27 ans se livre sur cette fin d’année compliquée et sur les futures échéances qui l’attendent.

Physiquement, comment récupérez-vous de votre fracture à un péroné subie face au Stade français le 26 novembre ?

Très bien ! Le staff médical et moi-même sommes plus que satisfaits de l’avancée des choses. Tout se passe comme prévu, la durée de mon absence ne sera pas rallongée donc c’est déjà une très bonne nouvelle.

Quand pourrez-vous retrouver les terrains ?

Je vise la deuxième moitié de janvier. Pour ce genre de blessures, il faut tout d’abord patienter six semaines pour une bonne consolidation osseuse et ensuite reprendre le rythme. Quand je me suis blessé, je savais que j’en avais environ pour sept à huit semaines. J’ai enlevé la botte il y a quelques jours et on travaille progressivement en salle. Il faut encore attendre un petit mois.

À Paris, vous avez également été touché à la main gauche. Cette blessure ne bouleverse-t-elle pas vos plans ?

Effectivement, lors de mon match de reprise, je me suis aussi fracturé la main gauche. Je n’ai pas voulu en parler publiquement car c’était mon match de reprise et c’était assez dur de se dire que je m’étais blessé deux fois lors de la même rencontre. Mais ça va, il n’y a pas eu d’opération, cela ne devrait pas m’empêcher de reprendre courant janvier.

Mentalement, n’est-ce pas trop dur d’enchaîner les pépins physiques comme cela est votre cas depuis le mois de mai ?

À la suite de ma grave blessure face à Lyon en finale de Challenge Cup, j’ai vécu des moments très difficiles, je ne vais pas le cacher. J’avais l’impression de ne pas m’en sortir. J’ai été opéré trois fois, subi des infiltrations… J’ai été privé des terrains six mois alors que je n’aurais dû l’être que pour une durée de trois. Quand vous ne vous y êtes pas préparé dans la tête et que vous passez des dizaines de semaines en salle, loin du terrain, c’est très compliqué. Cette mauvaise expérience m’a fait grandir et me permet aujourd’hui de positiver plus facilement.

Que se dit-on quand on retourne dans le vestiaire après le match face au Stade français et que l’on est de nouveau touché ?

À l’époque, j’avais souhaité fêter notre victoire avec nos supporters même si je savais que j’étais une nouvelle fois blessé. Je voulais profiter, tout simplement, avant de replonger dans une période plus difficile à vivre pour revenir à mon meilleur niveau. Il faut être costaud dans la tête et avancer.

Vous étiez titulaire indiscutable avec le XV de France lors du dernier Tournoi des 6 Nations. Est-ce que vous êtes inquiet pour votre place dans le groupe avec toutes ces blessures ?

En équipe de France, même quand on est à 100 %, notre place n’est jamais assurée. Il est vrai que depuis quelques mois, je me pose beaucoup plus de questions, c’est normal. On a toujours cette petite crainte au fond de nous de ne pas retrouver toutes nos sensations à notre retour à la compétition. Quand on ne peut pas chausser les crampons, c’est difficile de voir les copains jouer sans nous mais je vais me battre pour retrouver ma place en club et dans le groupe France.

Comment avez-vous vécu la dernière tournée d’automne des Bleus ?

C’était dur d’être derrière mon écran, je ne vais pas le cacher. Mais c’est le jeu, tous les joueurs passent par là durant leur carrière. Ce fut mon cas lors de cette fin d’année 2022, j’espère que cela n’arrivera plus. J’aurais forcément rêvé de participer à la victoire face à l’Afrique du Sud, surtout dans le stade Vélodrome que j’affectionne particulièrement. Ce sont des souvenirs qu’on garde toute notre vie, je pense. Je n’ai malheureusement pas eu la chance de vivre ce moment. C’est comme ça.

Êtes-vous perpétuellement en contact avec le staff des Bleus ?

Les coachs prennent des nouvelles quand on se blesse, comme ils l’ont fait lors de mes deux dernières graves blessures. Pendant la rééducation, cela arrive qu’ils se renseignent pour savoir si tout avance convenablement, c’est toujours agréable. Ils restent proches de leurs joueurs mais bien évidemment, nous ne sommes pas en contact toutes les semaines.

Les supporters français aiment vous coller l’étiquette de l’ailier besogneux dans le bon sens du terme grâce notamment à votre grosse défense. Est-ce gratifiant à vos yeux ?

C’est un style de jeu que je m’étais déjà approprié il y a quelques saisons. Je sais que ce n’est pas du tout péjoratif, je m’appuie sur mes qualités. Il est vrai que j’aime défendre et que j’ai pas forcément le même style que Damian Penaud, par exemple, qui est un joueur exceptionnel. Au fond, je suis bien content d’avoir ce petit côté rottweiler en moi (rires).

En tant qu’habitué du groupe France ces dernières saisons, êtes-vous conscient des échéances qui vous attendent en 2023 ?

Nous n’avons pas le choix. Nous savons tous qu’il y a la Coupe du monde qui va arriver très rapidement et j’espère y participer. Cet évènement prend beaucoup de place mais il ne faut pas galvauder tout ce qu’il y aura avant. Un gros 6 Nations attend le XV de France. Et en club, il reste encore la moitié du Top 14, sans oublier la Coupe d’Europe. Il y a encore quelques belles étapes à passer avant de plonger vers le Mondial.

On suppose que la Coupe du monde prend une place un peu plus importante dans l’esprit…

Bien sûr, c’est le Graal. Les Français qui défendront nos couleurs lors de cette compétition auront l’occasion de marquer l’histoire du rugby tricolore. Mais cela passera par une grosse fin de saison pour tout le monde, avec de belles performances individuelles pour arriver en confiance.

L’équipe de France fait partie des grandes favorites pour le titre mondial. Est-ce que le staff adapte ses discours pour vous permettre de ne pas tomber dans le piège de la facilité ?

Certains aiment bien coller une étiquette de grand favori à la France, c’est de bonne guerre. Cela ne va pas changer beaucoup de choses lors des prochains mois. Tout le monde garde les pieds sur terre et sait que rien n’est fait. Sur le terrain, il y aura cinq, voire six équipes qui peuvent rafler la mise. Il y aura une petite pression supplémentaire puisque ce sera dans notre pays mais il ne faut pas tomber dans ce panneau.

Pour parler de votre club de Toulon, peut-on dire que le début de saison du RCT est mitigé ?

Je suis entièrement d’accord. Mitigé, c’est le terme. Il y a eu deux belles victoires à l’extérieur (Pau et Stade français, N.D.L.R.) mais nous nous sommes manqués lors de deux réceptions face à Montpellier et surtout le Racing 92. C’est frustrant car on aurait pu être dans le haut du classement.

Comment expliquez-vous ce manque de constance ?

C’est une bonne question. Je pense qu’il nous a parfois manqué un peu de caractère, ce qui a fait notre force lors des derniers mois. Perdre à domicile, ça arrive mais pas de la manière que nous l’avons fait face au Racing. Nous avons un groupe pour aller très loin cette saison, donc on se doit de faire mieux.

Vos deux dernières défaites sur la pelouse de Mayol l’ont été le dimanche soir, un horaire qui a fait énormément réagir les supporters varois. Est-ce que cela change quelque chose pour vous ?

Au niveau de la motivation ou de la préparation, cela ne change rien. Mais sur le terrain, on ressent parfois le manque de soutien de notre public, qui vient moins nombreux lorsque nous jouons le dimanche soir. Ça peut jouer sur nos performances mais il ne faut pas du tout se cacher derrière.

Craignez-vous de louper encore une fois les phases finales de Top 14 ?

Cela fait trois ans que je suis à Toulon et il est vrai que nous avons loupé le coche de peu lors des deux dernières saisons. J’ai le souvenir d’il y a deux ans à Castres ou lors du dernier exercice au Racing 92, où nous jouions toute notre saison sur un match à l’extérieur. C’est toujours une petite crainte de louper le top 6 car le RCT est un club qui doit figurer tout en haut du championnat. Cette saison, quand on analyse notre effectif, on se doit de terminer dans les six premières places.

L’arrivée de Dan Biggar en cours de saison est-elle rassurante ?

Complètement. Mais je le répète, quand je vois l’effectif que nous avons, je ne suis pas du tout inquiet pour la suite et sur nos capacités à rivaliser avec les meilleurs. À nous, sur le terrain, de trouver les automatismes pour que tout fonctionne dans le bon sens.

Pierre Mignoni a débarqué lors de la dernière intersaison dans le staff. Que change-t-il ?

Il apporte énormément de rigueur. Ce qui m’impressionne le plus, c’est la manière dont Franck (Azéma) et Pierre se complètent. Ils sont sur la même longueur d’onde, ils ne font qu’un. Cela leur permet de dédoubler leurs efforts et leurs analyses.

Comment fonctionne ce duo au quotidien ?

Ils prennent la parole quand bon leur semble mais ils ne se marchent pas sur les pieds. Par exemple, sur les séances vidéo, ils s’organisent dans la semaine de manière à avoir chacun leur intervention sur le secteur qu’ils souhaitent, de même sur les retours de match. Leur méthode de travail nous permet de beaucoup plus analyser nos faiblesses et progresser plus rapidement.

Si vous deviez retenir un match marquant en 2022, lequel serait-ce ?

C’est dur comme question… Je vais dire la victoire contre Toulouse au Vélodrome. C’était la première fois que je voyais ce stade et on a réussi à faire tomber le Stade toulousain dans un match très tendu et devant plus de 60 000 personnes, c’était incroyable. Ensuite, j’ai également envie d’évoquer le match face à l’Irlande avec les Bleus dans le Tournoi. On savait que c’était le match charnière vers le grand chelem et c’était tellement dur de venir à bout de ces Irlandais !

Et le pire souvenir ?

Sur le coup, c’est plutôt facile. Je vais dire la finale de Challenge Cup perdue face à Lyon, toujours au Vélodrome. En plus de la défaite, c’est lors de cette rencontre que tous mes ennuis ont commencé. J’ai encore beaucoup de frustration en moi suite à ce match car nous n’avons pas joué mais c’est le sport.

Que peut-on vous souhaiter pour 2023 ?

De tout gagner (rires) ! La Coupe du monde, le Tournoi des 6 Nations, le Top 14 et la Challenge Cup. Je pense que j’ai fait le tour, ce n’est pas trop mal.

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Vincent Franco
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