Top 14 - Portrait : Grégory Patat, la reconnaissance de l'enfant du Gers

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Il n’avait jamais été manager en Top 14 avant de prendre la tête de l’Aviron lors de la dernière intersaison, avec pour mission suicide de maintenir le club dans un championnat qui est très souvent cruel pour les promus. Retour sur le parcours de Grégory Patat qui est certainement la plus grande révélation de cette saison.

Jacques Fouroux, Jacques Brunel, Henry Broncan. Le Gers a toujours été un terroir d’entraîneurs reconnus, de grands meneurs d’hommes. Grégory Patat, l’ancien numéro 8 d’Auch, aujourd’hui manager de l’Aviron bayonnais, les a tous côtoyés pendant sa carrière. C’est Jacques Brunel, le prédécesseur de Fabien Galthié à la tête des Bleus qui l’a lancé en équipe première, à une époque où le paquet d’avants auscitains semait la terreur avec des joueurs comme Stéphane Graou, Jean-Pierre Escoffier, Alain Sabaddin, Christophe Porcu et Serge Milhas à la baguette. Cette équipe termina même en tête du championnat à l’issue de la phase régulière. "J’ai dû me faire une place au milieu de ces guerriers, raconte Grégory Patat avec une admiration pour ses aînés. Ils m’ont inculqué cette culture auscitaine basée sur le jeu d’avants et le combat. Ils étaient persuadés que le petit pouvait rivaliser avec n’importe qui. Il fallait donc se faire accepter par un état d’esprit irréprochable sur le terrain." Vient alors Jacques Fouroux, de retour à Auch comme président. "Un personnage charismatique, qui m’a fait aimer ce côté fédérateur et l’entraînement. Quand il parlait de rugby, on buvait ses paroles." Il faut dire que le petit Caporal n’hésite pas à dépasser ses prérogatives, garant sa grosse Mercedes au bord du terrain pour assurer des séances de mêlée éclairées à la lumière des phares, tard dans la nuit.

En 1998, Henry Broncan arrive au club. Avec lui, Grégory Patat devient capitaine, remporte deux fois le championnat de Pro D2 et un Bouclier européen, à une époque où l’élite ne cesse de se resserrer. "J’étais sensible aux relations dans le vestiaire, à la transmission d’un discours. Je faisais le tampon entre le vestiaire et les entraîneurs. La stratégie me plaisait aussi. J’avais cette sensibilité des hommes. J’ai aimé être capitaine de cette équipe d’Auch, dans ce rôle fédérateur et dans ce club particulier, qui résistait. Nous étions au milieu des professionnels sans l’être. Même en restant pluriactifs et avec peu de moyens, nous étions capables d’avoir des résultats. Nous avons grandi dans cet état d’esprit là, je me suis construit comme ça. Henry a fait de nous des rebelles."

Un brevet d’entraîneur à 24 ans

Grégory Patat brille alors par son sens du jeu, son intelligence situationnelle comme on dit. "Je faisais le lien entre les avants et les trois-quarts. Je triais les ballons. J’étais moins dans la percussion. J’étais là pour optimiser les bons ballons et rendre propres ceux qui étaient difficiles. À la fin de ma carrière, d’autres profils de numéro 8 ont commencé à émerger. Les joueurs d’un mètre 95 et 115 kg ont tué la profession de numéro 8 gare de triage (rires)." Mais son talent est reconnu en dehors des frontières du Gers. Il est tout proche de partir à Agen en 1999, signant un précontrat avant de se raviser. Puis il pense à un départ à Clermont avant de couper court. " La reconnaissance que j’ai aujourd’hui vient aussi du fait que j’ai été fidèle à un club. Je n’ai aucun regret d’être resté à Auch. Et puis, à 24 ans, on m’avait dit d’arrêter ma carrière car j’avais un genou fortement endommagé. C’était encore le début du professionnalisme, j’avais eu une opportunité de rentrer à la mairie à Auch en tant qu’éducateur sportif. À cette époque-là, on ne se projetait pas plus loin. On n’imaginait pas gagner plus d’argent avec le rugby. On était donc sensible au double projet." En 2007, alors que le club monte en Top 14, Grégory Patat préfère partir à Miélan-Mirande en Fédérale 1, par amitié pour le président Alain Laterrade et pour soulager un corps fatigué. Mais avant la fin de la première saison, sa cheville craque. "Alain m’a alors proposé d’entraîner. Je ne pouvais pas refuser car je lui devais bien ça. J’avais passé très tôt mes diplômes d’entraîneur. À 24 ans, j’avais déjà mon brevet fédéral et j’étais libéré sur les entraînements de l’école de rugby à Auch. J’ai toujours eu une sensibilité par rapport à l’entraînement. Mon père entraînait, certes dans des petits clubs, à Bassoues ou Miélan, mais j’avais eu cette éducation. On échangeait aussi beaucoup avec Henry Broncan. J’aimais savoir ce que l’on faisait, j’analysais. Et quand on ne sentait pas la stratégie mise en place par les coachs, on allait les voir en proposant autre chose par rapport à notre ressenti. Henry nous laissait faire et c’était une force."

Après une saison à la tête de Miélan-Mirande, Grégory Patat est sollicité pour entraîner Auch avec Julien Sarraute à ses côtés. C’est Alain Laterrade qui le pousse à accepter. "Je lui avais promis de faire plusieurs saisons à Miélan. Mais il m’a dit : "Tu n’auras peut-être jamais aucune autre opportunité chez les professionnels. Tu reviendras plus tard mais là, tu dois y aller." Nous n’avions rien signé. On s’était juste tapé dans la main et j’avais la sensation de rompre mon engagement moral." Le club auscitain est au bord du précipice financier quand Grégory Patat est de retour au FCAG. La place n’est pas vraiment enviable : " Le club était menacé de dépôt de bilan. Des joueurs avaient refusé la baisse de salaire et il n’y avait plus que 26 pros à la reprise. Nous sommes partis avec rien et on se maintient facilement. Ça a été une super première expérience et une belle aventure humaine. J’ai dû faire monter des jeunes. J’ai appris à bricoler, à m’adapter tout en arrivant à performer. Aujourd’hui, quand on me dit que j’ai un blessé, je ne suis pas inquiet. Je tire une force énorme de cette première expérience car pour que l’équipe soit en danger, il faut qu’il se passe beaucoup de chose. On me dit aussi que j’ai une sensibilité envers les jeunes. Mais à Auch, je n’avais pas une thune. Si j’avais été dans un club avec plus d’argent, ça ne serait peut-être pas le cas." Après cinq saisons en Pro D2, il est temps de quitter le Gers et de se confronter au Top 14. Malheureusement, Perpignan descend en Pro D2 juste avant son arrivée. Marc Delpoux qui l’avait choisi n’est plus là, remplacé par Alain Hyardet. "C’est la première fois que je partais de chez moi. Je me suis vite aperçu qu’il y avait d’autres codes, des enjeux politiques avec les dirigeants. J’apprends alors qu’il n’y a pas que le sportif qui compte." Alain Hyardet est remercié après une demi-finale perdue face à Agen. "Je voulais aussi me retirer mais on m’a conseillé de ne pas sortir du milieu professionnel." Quelques mois plus tard, il est aussi évincé. "Je me suis mis en opposition avec mon président pour rester droit auprès de mon vestiaire. J’ai alors appris qu’il fallait mettre des formes avec son président. Ça faisait partie de l’apprentissage. J’étais un jeune entraîneur et donc la remise en question a été importante." Pour autant, il n’a pas le temps de gamberger. Patrice Collazo l’appelle quelques semaines plus tard pour lui parler d’un projet novateur à La Rochelle. "Je n’oublierai jamais Patrice. Il m’a appelé et tendu la main quand ça n’allait pas. Il n’y en a pas beaucoup qui le font. Son idée a été une puissance énorme pour La Rochelle : une vision sur 4 ans pour arriver vers le haut du Top 14, en y incluant les jeunes et un projet de jeu commun. Je n’ai pas eu peur de sortir de l’encadrement d’une équipe professionnelle. Je n’avais connu qu’un club et quasiment qu’un seul entraîneur. J’avais aussi fait l’essentiel de ma carrière en Pro D2. à travers ce projet et ce poste, j’ai pu découvrir le Top 14. Je me suis régalé. C’était magnifique, la connexion était réelle avec de nombreux jeunes qui ont pu démarrer une carrière professionnelle."

Rester lui-même

Les aléas du rugby professionnel lui offrent la succession de Patrice Collazo deux ans plus tard. "J’ai aimé travaillé avec Jono Gibbes qui était sensible aux valeurs humaines. On s’entendait très bien et j’ai beaucoup appris techniquement à ses côtés. C’est un fin technicien qui était dans le partage. J’ai beaucoup grandi à ses côtés." L’heure de la séparation arrive quand Ronan O’Gara est promu manager. "Partir sans projet alors que toute ma famille était bien installée à La Rochelle a été un choix difficile. Ronan voulait construire avec d’autres personnes et j’allais avoir un rôle qui ne m’intéressait pas. Ça a été la fin d’une aventure mais il faut savoir dire stop. Je ne critique pas La Rochelle où j’ai passé des années merveilleuses, mais il y avait des désaccords sur mes missions. C’était un choix du nouveau manager et il faut savoir l’accepter. Quand je suis arrivé à l’Aviron j’ai dû faire des choix aussi en m’entourant de personnes que je connaissais." Une mission d’autant plus délicate que Grégory Patat n’a alors jamais été manager en Top 14 et qu’il doit succéder à Yannick Bru, un nom bien plus clinquant pour porter un projet. "Je me sentais suffisamment armé pour rejoindre un projet dans cette fonction. C’était clair. Yannick a fait un énorme travail et il avait une autre expérience à son arrivée au club. C’est certain. Mais ma philosophie est de me comparer à personne. Il est certain qu’il y a des choses que je n’ai pas très bien fait lors de cette première intersaison, mais j’ai mon fil conducteur. Je sais où je veux aller, avec mes qualités et mes défauts. Je suis conscient que je ne suis pas le plus expérimenté des managers du Top 14, et donc il y a des choses que je ne maîtrise pas encore. Mais je reste moi-même et quand on veut faire passer un discours c’est le plus important. Si j’avais eu peur d’arriver dans un tel projet, il ne fallait pas venir." Les résultats parlent pour lui. Mais à travers son parcours, il sait qu’une équipe ne se révèle pas dans la victoire : "à un moment, notre équipe va rencontrer des difficultés. Je ne sais pas quand, mais c’est à ce moment-là que l’on verra la force de caractère que l’on aura pour en sortir. On a essayé des choses mais il faut reconnaître quand ça ne peut pas marcher. Il ne faut pas avoir la bêtise de poursuivre et changer de direction. On le fait déjà tous les jours car la formule magique n’existe pas."

Digest

Grégory PATAT

Né le : 9 février 1975, à Tarbes (65)

Clubs successifs en tant que joueur : Bassoues (1981-1991), Auch (1991-2007), Miélan-Mirande (2007-2008)

Clubs successifs en tant qu’entraîneur : Miélan-Mirande (2008-2009), Auch (2009-2014), Perpignan (2014-2015), La Rochelle (2016-2018 avec les Espoirs, puis 2018-2021 comme entraîneur des avants), Bayonne (depuis 2022)

Palmarès : champion de France de Pro D2 (2004 et 2007), vainqueur du Bouclier européen (2005)

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Nicolas AUGOT
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