International - Ian Foster : « Nous allons voir des All Blacks puissants en 2023 »

  • Ian Foster estime que la Nouvelle-Zélande sera au rendez-vous de la Coupe du monde 2023.
    Ian Foster estime que la Nouvelle-Zélande sera au rendez-vous de la Coupe du monde 2023. PA Images / Icon Sport - PA Images / Icon Sport
Publié le , mis à jour

Le sélectionneur de la Nouvelle-Zélande s’est longuement confié à six mois de la Coupe du monde. Ian Foster vit sa dernière année à la tête des All Blacks et espère que ses hommes seront à la hauteur de l’événement en septembre prochain.

Vous avez vécu une année 2022 mouvementée avec deux défaites face à l’Irlande à domicile, mais avec une victoire dans le Rugby Championship. Que retenez-vous ?

Cela a été une année très difficile. Notre série de tests contre l’Irlande s’est déroulée seulement quelques semaines après la fin du Super Rugby et tout le monde a vu à quel point ils étaient forts à cette période et encore aujourd’hui. On a gagné le premier match de manière assez convaincante mais ils sont revenus en jouant très bien. C’était une série très dure. Juste après cela, nous nous sommes déplacés deux fois de suite en Afrique du Sud. Là encore, c’était des matchs très intenses, mais je crois que cette série de cinq matchs nous a donné beaucoup de caractère. Nous étions dans une situation inconfortable, et on a appris de grandes leçons que nous avons mis en application sur la deuxième partie de l’année. On a montré qu’on grandissait, on a fait quelques changements dans l’équipe et au final nous avons gagné le Rugby Championship et nous avons failli l’emporter face à l’Angleterre à Twickenham. Je crois que nous avons beaucoup appris lors de cette année 2022.

Quelles leçons précises avez-vous apprises ?

Je n’oublie pas que nous avons perdu face à l’Irlande et la France en 2021, et je pense que nous avons vu notre déficit de puissance sur la tournée face aux Irlandais. Nous avons remis le combat à l’ordre du jour, et ces trois matchs contre eux nous ont permis de nous élever et de voir quel niveau il fallait atteindre pour battre ce genre d’équipe. De là, nous avons également fait un gros travail sur la conquête et l’aspect physique du jeu. Nous nous sommes conditionnés à ce qu’il pourrait se passer à la Coupe du monde en termes d’intensité.

Comment expliquez-vous que les All Blacks n’ont pas été aussi dominants en 2022 que sur les dernières années ?

Il y a beaucoup de facteurs ! La France et l’Irlande ont émergé comme des grandes nations et nous avons vite compris que nous n’allions plus être aussi invincibles que nous avions pu l’être au cours de la dernière décennie. L’autre raison est que nous avons été fortement impactés par le Covid-19. Depuis notre défaite en demi-finale de la Coupe du monde 2019, le pays a été particulièrement isolé et les championnats ont été très pénalisés par la pandémie. Le reste du monde, et notamment l’Europe, a pu maintenir ses compétitions et je crois que cela a vraiment pesé. Mais a posteriori, je vois cela comme une belle opportunité. Nous avons lancé de jeunes joueurs dans le grand bain et sur les douze derniers mois nous avons certes perdu des matchs, mais je crois que nous serons prêts pour cette grande Coupe du monde qui nous attend.

Pensez-vous que le « mythe » des All Blacks a disparu ?

Vous devriez demander aux autres équipes (rires) ! Nous sommes très fiers de notre histoire, de notre héritage et tout le monde est au courant que nous avons de très grandes attentes. Quand nous perdons quelques matchs, les gens sont un peu déboussolés et énervés. Depuis 2018, le niveau du rugby mondial a considérablement augmenté. Les autres nations nous regardent différemment mais cela ne change pas grand-chose lorsque le coup de sifflet retentit.

Durant cette année 2022, avez-vous eu peur de vous faire licencier ?

(il rit) Comme vous le savez, la fédération néo-zélandaise a décidé de choisir un nouveau sélectionneur après le Mondial et je suis pleinement concentré sur la Coupe du monde qui arrive… Mais ces douze derniers mois ont été durs. Il y a eu beaucoup de bruit, l’ambiance était hostile, le pays n’a pas apprécié nos défaites face à l’Irlande. (il coupe) Enfin, plutôt une partie du pays et certains à la fédération qui étaient évidemment frustrés par nos résultats. Mais c’est ça, être sélectionneur des All Blacks. Ce qui est important n’est pas de débattre de la situation, mais de se retourner le cerveau pour trouver les solutions et un plan nouveau. Nous sommes aujourd’hui à six victoires d’affilée, nous avons fait de bons matchs mais nous savons que nous n’avons pas encore atteint notre plein potentiel. La manière dont nous avons fini 2022 est une bonne rampe de lancement pour cette année de Coupe du monde. Nous allons voir des All Blacks puissants en 2023.

Sam Cane a également été très critiqué mais vous l’avez toujours gardé en tant que capitaine. Avez-vous une relation spéciale ?

J’ai une grande relation avec Sam. En 2021, toute l’équipe est partie quatre mois en tournée, nous étions bloqués à l’hôtel et nous avons eu un grand nombre de nos leaders, dont lui, qui n’ont pas pu venir pour rester auprès de leurs familles. Sur cette seule année, nous avons connu cinq capitaines différents ! L’année dernière, Sam s’est surtout soigné d’une sérieuse blessure à l’épaule et a souvent fait des allers-retours à l’infirmerie. Finalement, il a eu en quelque sorte « deux années blanches ». Mais la bonne chose est que nous avons pu faire émerger d’autres leaders, et concernant Sam, nous ne l’avons pu encore en mode « bestial » à cause de ses blessures. Aujourd’hui, il est très performant avec les Waikato Chiefs et nous sommes très excités par sa progression dans le leadership. Je suis très confiant pour lui cette année.

En septembre 2022, Richie McCaw expliquait dans nos colonnes qu’il vous soutenait. Est-ce quelque chose qui vous touche ?

Je suis concentré sur mon travail mais quand Richie parle, on écoute (rires). C’est un All Black spécial, j’ai un énorme respect pour lui. Sa plus grande qualité est qu’il n’a pas peur de donner son avis, en bien ou en mal, et il comprend très bien la vie d’une équipe. Il connaît la pression qui pèse sur la Nouvelle-Zélande et je crois que notre groupe a bien agi lorsque nous étions sous pression. Tout le monde est resté soudé, nous nous sommes renforcés.

Dans quel secteur l’équipe doit-elle s’améliorer en premier, en cette année de Mondial ?

Le contrôle des matchs. En 2022, notre plus grande faiblesse était que nous perdions des rencontres après avoir mené les débats pendant la majeure partie du match. Cette mise sous pression nous a conduits à prendre les mauvaises décisions à des moments importants. Donc aujourd’hui, c’est notre priorité. Nous sommes une équipe naturellement dirigée vers l’attaque et nous adorons jouer dans les grands espaces mais nous devrons absolument élever le curseur de l’efficacité et du pragmatisme en vue de la Coupe du monde.

Avez-vous un sentiment de revanche après ces dernières années mouvementées pour le rugby néo-zélandais ?

Non je ne crois pas. On respecte énormément les autres équipes. Nous ne pouvons pas choisir d’élever notre niveau en pensant que nous gagnerons automatiquement. Cela n’existe plus. Nous sommes souvent entrés dans les Coupes du monde en tant que favori et pendant de longues années nous n’avons pas réussi à assumer notre statut. Notre groupe possède des joueurs habitués aux standards du Mondial, d’autres découvriront la Coupe du monde. La chose la plus importante est que nous devons embrasser cette pression et ne pas la subir. Les joueurs doivent également se préparer à cette échéance toute leur saison. Car il n’y aura pas de lendemain. Si nous arrivons à cocher toutes ces cases, nous aurons de grandes chances de montrer que nous avons grandi en trois ans.

Cette faiblesse ne vient-elle pas également d’une équipe en transition ?

D’une certaine façon, oui. En défense par exemple, vous êtes constamment mis sous pression et vous devez jouer des duels individuels. Le staff et moi-même commençons à voir des jeunes joueurs élever leur niveau, travailler très dur. Ce n’est encore pas assez, certaines prises de décisions nous ont mis en difficultés, mais c’est un processus. Nous devons quand même apprendre vite ! Rien que dans notre poule, nous affronterons la France et une équipe d’Italie de plus en plus confiante. La discipline et la défense seront nos deux grands chantiers.

Justement, quel est votre regard sur le XV de France ?

Le match à Twickenham était superbe, et je suis sûr que tout le pays était fier d’eux. J’ai senti qu’ils avaient besoin de livrer une telle partie avec un si haut niveau de jeu. Leurs trois premiers matchs n’étaient pas aussi précis que cette victoire en Angleterre. J’ai le sentiment qu’ils construisent parfaitement leur année. Ils manquent peut-être un peu de cohésion, mais j’ai vu une équipe de France très puissante. Ce sera très difficile, nous avons déjà expérimenté leur niveau de jeu en novembre 2021 et je sens qu’ils ont dans un environnement très spécial.

Quelles sont les plus grandes forces et faiblesses que vous avez repérées dans cette équipe ?

(il souffle) J’essaie… J’essaie de trouver des faiblesses dans cette équipe vous savez (rires). Leur plus grande force est qu’ils sont capables de jouer avec toutes les stratégies possibles. Ils ont un jeu d’occupation et une longueur de pied assez impressionnants, notamment au poste de demi de mêlée. Mais ils ont aussi un pack très physique, des joueurs capables de buter à n’importe quelle distance. Les matchs de Coupe du monde se jouent souvent sur la manière dont vous exécutez votre plan de jeu sous une pression unique et sans commune mesure à des matchs « habituels ». Ils seront chez eux, ils profiteront d’une énorme ambiance mais ils auront aussi de très grandes attentes sur leurs épaules. Nous verrons comment ils gèrent cela. Nous avons organisé deux Mondiaux en Nouvelle-Zélande et on sait à quel point c’est dur. Mais je vais m’attacher à passer les six prochains mois à trouver des points faibles dans cette équipe (rires) !

Jouer la France est-il spécial pour la Nouvelle-Zélande au vu des affrontements légendaires qui se sont produits entre les deux nations en Coupe du monde ?

Oui absolument. Les matchs France – Nouvelle-Zélande ont souvent été des rencontres incroyables. Je crois que nous avons été souvent du côté des perdants dans les matchs légendaires du XV de France (rires). On leur doit beaucoup de respect. Nous devrons commencer très fort ce match d’ouverture. On ne pourra pas se permettre d’entrer pas à pas dans ce Mondial. Et je suis certain qu’ils pensent la même chose.

Personnellement, vous allez vivre votre dernière année à la tête des All Blacks, y pensez-vous ?

Mon cas personnel n’importe pas. Je suis concentré sur cette année 2023 et la Coupe du monde. Ce qui m’importe est de battre la France en septembre prochain. On verra ce qu’il se passera après.

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