Statistiques : l’avènement du rugby 2.0

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Publié le , mis à jour

Avec l’élargissement des staffs techniques, les statistiques sont devenues un critère majeur de l’analyse des performances. La mode est venue des équipes anglo-saxonnes, toujours en avance sur les Français dans ce secteur. Un procédé obligatoire, dans la recherche de précision, mais demande une lecture adaptée aux dispositions hyper collectives du rugby. Nécessitant d’importants moyens, cette évolution creuse encore le fossé entre le rugby professionnel et le rugby amateur.

Par Léo FAURE leo.faure@midi-olympique.fr

Demandez à Yannick Bru de vous parler d’un de ses protégés du paquet d’avants des Bleus, il vous répondra en commençant par ses mensurations. Bernard Le Roux qui profite de la tournée d’automne pour s’installer en équipe de France ? « C’est tout de même 1,96 m pour 115 kg ! » Louis Picamoles a-t-il des chances de revoir les Bleus, au titre de son profil de joueur perforant ? La porte n’est pas fermée mais « dans ce profil, nous avons choisi de donner sa chance à Charles Ollivon, 1,99 m pour 117 kg ». Bien plus loin que les simples tours de biceps, le grand manitou du paquet bleu est un féru de statistiques. Pas une lubie ni un effet de mode. Imprégné des exigences du rugby moderne, Bru répond à la théorie d’une évolution qui régit aujourd’hui le rugby, ce sport qui trouve ses origines dans le pragmatisme anglo-saxon.

Les statistiques prennent, chaque saison un peu plus, une place dominante dans le quotidien de nos équipes. Que ce soit dans la préparation des matchs, leur analyse collective et individuelle ou simplement la gestion des effectifs. Jusqu’à devenir le critère de base ? Franck Azéma nuance : «C’est un bon indicateur. Des données comme le nombre de plaquages effectués, de rucks disputés ou de collisions encaissées sont de bonnes bases pour évaluer une performance. Un joueur à 0 plaquage, il y a nécessairement un problème. Un autre qui affiche 20 plaquages mais en a manqué 12, il est aussi passé à côté. Cela permet de se faire une idée assez précise mais qui ne doit toutefois pas remplacer l’analyse personnelle. Un joueur qui n’a pas parcouru beaucoup de mètres avec le ballon mais a effectué de bons leurres, par exemple, peut avoir fait un très bon match. Tout cela pour dire : il faut bien cibler ce que l’on veut analyser. Des statistiques, on peut en trouver sur tout et n’importe quoi. Le risque, c’est de se noyer. »

Les Anglo-Saxons en moteur

Dans le domaine des statistiques, comme souvent en rugby, ce sont les Anglo-Saxons qui jouent les locomotives. « Ils adorent ça et s’en servent énormément. D’autant que, avec leur salary cap, ils ont des budgets importants à disposition, à investir sur ces secteurs de pointe : les GPS, le travail en hypoxie, la cryothérapie et l’analyse statistique. Ils suivent le XIII australien et s’appuient énormément sur ces technologies, sur lesquelles ils sont en avance sur nous », poursuit Azéma, qui vient de passer l’été dans plusieurs provinces d’hémisphère Sud.

Thomas Lombard se souvient avoir découvert ce penchant pour l’arithmétique, il y a dix ans : « À Worcester, en 2004. En s’appuyant sur les statistiques, une prestation n’était pas jaugée sur les qualités rugbystiques pures mais sur l’activité du joueur sur le terrain. Un entraîneur préférait un joueur avec dix ballons portés malgré trois actions négatives, plutôt qu’un mec qui traversait trois fois le terrain mais ne faisait rien d’autre. Les statistiques intervenaient aussi durant nos préparations de match. Par exemple, avant d’affronter Sale, j’avais une fiche pour présenter Jason Robinson, où il était spécifié que ses actions offensives se terminaient à 80 % par un crochet intérieur. À moi d’adapter ma défense. »

Ces exemples illustrent l’importance qu’ont prise, dans les staffs techniques, les analystes vidéo. « Ce doit être un homme de confiance, poursuit Tim Lane, l’entraîneur de Lyon. Parce qu’in fine, c’est toujours un humain qui prend la décision. Comment choisir, dans l’établissement des statistiques, entre un plaquage positif, un plaquage subi ou un plaquage manqué ? Ce n’est pas toujours aussi clair et c’est l’analyste qui tranche. C’est pourquoi il faut bien le connaître, savoir comment il travaille pour être le plus précis possible dans la lecture des statistiques brutes, livrées en début de semaine. »

Outil de prévention

L’autre intérêt de l’outil statistique porte directement sur la santé des joueurs. Les clubs de Top 14 sont aujourd’hui à la pointe pour cumuler toute une batterie de données physiques et physiologiques sur leurs joueurs. Prises de sang régulières pour des bilans biologiques complets, poids, analyse de la distance parcourue aux entraînements grâce aux GPS, temps de jeu cumulés et performances en salle de musculation. Autant d’informations qui, compilées et recoupées, permettent à l’entraîneur de mieux cerner l’état de forme de ses troupes. « C’est une forme de prévention. Nous savons à-peu-près quelle est la capacité de résistance de chacun. Par exemple, nous pouvons individualiser les programmes, en fonction du temps de jeu ou du nombre de collisions encaissées pendant le week-end. C’est une manière d’éviter les blessures. » Un travail statistique qui porte ses fruits : à Clermont, depuis le début de la saison, l’infirmerie n’a jamais compté plus de trois joueurs.

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