Touche : dépasser les 15 mètres !

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    Touche : dépasser les 15 mètres !
Publié le , mis à jour

Les lancers en touche au-delà des quinze mètres sont de plus en plus régulièrement utilisés, en attaque comme en défense. Décryptage d’une prise de risque calculée.

Tombés en désuétude voilà une vingtaine d’années après la légalisation des soutiens en touche, les lancers au-delà des quinze mètres retrouvent désormais une certaine utilité, puisqu’ils permettent de se défaire de contres en touche rendus toujours plus performants par l’espionnage vidéo. En effet, à condition évidemment de disposer d’un lanceur susceptible de se montrer précis entre dix-sept et dix-huit mètres, lancer au-delà des pointillés permet une conquête quasiment assurée, puisque sans opposition. Forcément un atout lorsqu’il s’agit de gagner une touche défensive à cinq mètres de son en-but, ou de réaliser un lancement de jeu autour de l’alignement…

Qui pour relayer ?

Le premier cas qu’il s’agit de développer ici concerne les touches défensives à cinq mètres de son propre en-but. En effet, l’obligation pour les non-participants à la touche de se tenir à dix mètres de l’alignement offre un logique avantage à ceux qui se situent sur leur en-but, soit à cinq mètres. Ainsi, lancer le ballon sur le premier non-participant à la touche offre une possibilité de conquête sans opposition, le défenseur situé à dix mètres n’ayant pas le temps d’intervenir. Ajoutez à cela que le lancer effectué à dix-sept mètres ouvre naturellement l’angle au botteur pour se dégager, et vous conviendrez que la solution apparaît presque idoine, puisqu’elle évite de prendre le risque de décaler le ballon vers les poteaux par le biais d’un temps de jeu supplémentaire. Voilà pourquoi, d’ailleurs, ce genre de combinaison devint une grande mode il y a cinq ou six ans. Depuis, les défenses surveillent cette possibilité de lancer en plaçant parfois un relayeur au niveau des quinze mètres. Reste que toutes les équipes ne se placent pas toujours de la sorte, ouvrant la voie à cette porte de sortie, qui revient à la mode…

Au cœur ou derrière l’alignement

Toutefois, c’est surtout dans leur utilisation offensive que les lancers au-delà des quinze mètres présentent un intérêt toujours plus fort, au moment d’attaquer la zone de fracture entre le dernier joueur de l’alignement et son demi d’ouverture, cruciale dans le rugby moderne. Ainsi, lancer directement le ballon dans cette zone (pour un joueur non-participant à l’alignement, ou pour un avant circulant dans le dos du dernier bloc de saut) offre la possibilité d’attaquer le plus vite possible cette zone. On peut également imaginer, en lançant le ballon au-delà des quinze mètres, ouvrir un intervalle au cœur de l’alignement pour le relayeur. Des combinaisons qui se jouent toutefois avec une marge de manœuvre très étroite, pour une simple question de règle : en effet, l’alignement est considéré comme terminé lorsqu’un joueur ou le ballon dépasse les quinze mètres. Voilà pourquoi les défenseurs doivent toujours se montrer très vigilants pour « traverser » l’alignement et couper les possibilités de déviation (au cas où le ballon soit jeté sur un bloc qui recule) ou monter le plus vite possible (dans le cas d’un ballon lancé sur un joueur démarqué). « Défensivement, face aux équipes que l’on pense susceptibles de jouer des fonds de touche, on désigne un joueur au préalable chargé de traverser l’alignement lorsqu’un joueur ou le ballon dépasse les quinze mètres », nous confiait récemment un entraîneur du Top 14. Mais justement, quel joueur ? « Si c’est un bloc de saut qui dépasse les quinze mètres et retombe, on peut faire traverser le joueur situé à l’extérieur du bloc. Mais c’est très dangereux, d’autant plus que lorsqu’un bloc dépasse les quinze mètres, il ouvre naturellement un intervalle au milieu de la touche pour le demi de mêlée ou un joueur perforant. C’est donc plutôt ici qu’il faut faire traverser l’alignement, afin de couper la possibilité de déviation. » Les deux équipes évoluant quoi qu’il en soit sur le fil du rasoir, le jeu en valant la chandelle.

Travers : «La marge est étroite»

On note depuis quelques mois un retour à la mode des touches défensives lancées au-delà des quinze mètres. Pourquoi ?

Laurent Travers : Sur les touches défensives, la possibilité de lancer au-delà des quinze mètres est étroitement liée au positionnement de l’équipe adverse. Cette mode s’est estompée pour la simple et bonne raison qu’à une époque, pour défendre sur ces phases de jeu et perturber l’adversaire, on plaçait un relayeur en défense au niveau de la ligne des quinze mètres. Or, difficile de lancer à dix-sept ou dix-huit mètres si le relayeur se situe aux quinze mètres, prêt à intervenir… Sauf que, la mode étant passée, ce positionnement des relayeurs a eu tendance à disparaître. On peut à nouveau d’exploiter cette zone. Avant chaque match, on essaie donc d’observer si la défense a tendance à placer ou non un relayeur aux quinze mètres, afin de s’ouvrir, ou non, cette porte de sortie.

Offensivement, ce genre de touche permet également d’exploiter la zone de fracture entre l’alignement et l’ouvreur adverse. Mais comment le rechercher ?

Laurent Travers : Le gros inconvénient lorsqu’on lance dans cette zone, c’est que dès qu’un joueur passe au-delà des quinze mètres, la touche est terminée et la défense peut monter. En outre, si un joueur sort de l’alignement avant que lancer soit effectué, cela peut se solder par un coup franc contre l’attaque. Du point de vue du règlement, la marge est très étroite. Mais on voit pourtant de plus en plus d’équipes tenter d’exploiter cette zone, tout simplement parce que cela vaut vraiment le coup. Cette zone de fracture de dix mètres entre le fond de l’alignement et le demi d’ouverture est offensivement l’une des plus intéressantes à attaquer, donc si l’on peut y envoyer le ballon directement, il ne faut pas s’en priver. Surtout que si le lancer est bien réalisé, le fond d’alignement permet quasiment de s’assurer la prise de balle, puisqu’il offre de se démarquer complètement de l’adversaire. Les réserves viennent surtout des facteurs extérieurs : si les conditions climatiques ne sont bonnes, si le ballon s’y prête…

Fiche pratique - Lancer lointain : se relâcher pour mieux allonger

On a souvent coutume de dire que les talonneurs sont les buteurs du pack : comme leur coéquipier des lignes arrière, la tâche principale des talonneurs est un exercice de haute précision qui doit, le plus souvent, être effectué en situation de fatigue intense. Dans le cas d’un lancer au-delà de la ligne des quinze mètres, le talonneur va devoir trouver les quelques mètres supplémentaires. Alors, comment faire ? Pour le talonneur du Castres olympique, Marc-Antoine Rallier, la clé réside dans le relâchement : « Il ne faut surtout pas se crisper ou essayer de forcer. Nous sommes dans la même situation qu’un buteur : c’est souvent quand on veut forcer le geste que l’on échoue. » Pour éviter de tomber dans cet écueil, le joueur doit commencer par se représenter mentalement le mouvement, et surtout relativiser sa difficulté : « Il suffit de se dire qu’il faut lancer deux mètres plus loin que d’habitude, pose Rallier, et encore, dans la plupart des lancers visant la troisième zone, on ne vise par comme on le fait sur un premier ou second bloc : c’est plutôt le bloc de saut qui va intercepter le ballon en coupant sa trajectoire. » Si vous voulez lancer loin, lancez relâchés ! Le seul paramètre à modifier intervient au niveau des mains. « Il faut tendre un peu plus le bras de façon à le lâcher le plus tard possible : ainsi on gagnera quelques mètres », assure le Castrais. En effet, le rugby n’échappe pas à la physique : plus le canon d’un fusil est long, plus sa portée est grande… Enfin, la position des pieds peut être importante : « Personnellement, je lance avec les pieds décalés, ce qui fait que je vais produire un effort supplémentaire au niveau des bras ou des épaules. Un talonneur, qui lance avec les deux pieds sur la même ligne, comme c’est souvent le cas chez les Anglo-Saxons, devra courber davantage le dos. »

Nicolas Zanardi
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