Revol : «Urios ? Je savais qu’il reviendrait»

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    Revol : «Urios ? Je savais qu’il reviendrait»
Publié le , mis à jour

Au lendemain de l’officialisation de Christophe Urios comme futur directeur sportif du CO, Pierre-Yves Revol, explique les raisons de cet accord et la nature de sa relation avec celui qu’il avait déjà recruté, voilà vingt-quatre ans, comme talonneur en provenance de Carcassonne.

L’annonce de l’arrivée de Christophe Urios la saison prochaine a été le sujet d’un petit couac (publiée pendant le match Castres-Toulon). Vous attendiez-vous à ce que pareille fuite se produise ?

De notre côté, nous avions tout mis en œuvre pour qu’il n’y ait pas de fuite. Il était prévu que Christophe communique à la fin de son match, mais il est vrai que depuis deux ou trois jours, nous savions que l’information ne tiendrait pas longtemps.

Quand votre accord a-t-il été trouvé ?

La décision a été prise en début de semaine. Cela ne fait pas si longtemps que nous nous sommes positionnés sur le dossier Christophe Urios, trois semaines tout au plus.

Quelles raisons vous ont-elles poussées à travailler sur l’arrivée d’un directeur sportif pour la saison prochaine ?

Il y a eu une double conjonction. En premier lieu la situation de notre club, car dans les périodes comme celles que nous venons de vivre, réfléchir au sujet du futur prend toujours plus de sens. Ensuite, Christophe Urios étant en fin de contrat à la fin de la saison avec Oyonnax, celui-ci s’interrogeait quant à son avenir et souhaitait prendre une décision rapidement. Si jamais Christophe avait souhaité se donner plus de temps, nous aurions probablement attendu.

Vous étiez déjà président du CO quand Christophe Urios en était le talonneur, avec qui vous avez remporté le Brennus en 1993. Quel type de relation entretenez-vous avec lui ?

Notre relation est très ancienne et a toujours été marquée, de mon côté, du sceau de l’étonnement. J’ai toujours été épaté par la force de caractère de Christophe. Je l’avais recruté en 1990 alors qu’il était joueur à Carcassonne et n’avait pas beaucoup de bagage. Je l’ai vraiment vu évoluer à la force du poignet. Il est d’abord entré à Pierre-Fabre, dans l’usine de production de Soual, où il est devenu technicien supérieur en moins de deux ans, en prenant des cours du soir. À l’époque, les joueurs n’étaient pas encore totalement professionnels et avaient deux souvent activités. Lui en avait trois… Cela prouve la force de son caractère, qui se retrouvait sur le terrain.

Avez-vous des souvenirs précis ?

Comme joueur, il est un de ceux qui m’a le plus marqué. J’ai rarement vu quelqu’un s’engager autant sur un terrain, afficher une telle volonté. Il n’avait peur de rien, presque dans un certain excès… Je me souviens d’un match à Grenoble lors duquel il s’était littéralement fait ouvrir le nez en deux. Au milieu de sa figure, il n’y avait plus rien… (rires) Dans le vestiaire, à la mi-temps, il refusait de sortir, ce qui lui avait valu de se fâcher avec notre médecin Jean-François Ferrié. Avec Gérard Cholley, nous l’avions accompagné à l’hôpital d’où il était ressorti trois ou quatre heures plus tard, avec 138 micro-points de suture. Si un souvenir m’a marqué le concernant, c’est bien celui-là.

Après en avoir été le talonneur, Christophe Urios est devenu entraîneur des avants du CO, de 2002 à 2005. Une expérience qui s’est terminée brusquement...

Ses premières armes d’entraîneur, Christophe les a en effet faites à Castres, où il a été directeur du centre de formation, puis entraîneur adjoint. Il était au tout début de sa carrière et à l’époque, nous avions estimé qu’il n’avait pas assez d’expérience pour demeurer au club. Une expérience qu’il s’est depuis forgée, à Bourgoin puis à Oyonnax… Pour vous faire une confidence, je savais que Christophe reviendrait un jour au CO. J’ignorais bien sûr quand, mais je savais depuis longtemps qu’il aurait un jour l’opportunité de revenir.

Quel regard portez-vous sur son parcours depuis bientôt dix ans ?

Connaissant la volonté de l’individu, il ne m’étonne pas. Si on m’avait dit voilà vingt-cinq ans que le joueur que je venais de recruter deviendrait l’un des plus grands entraîneurs français, j’aurais eu des doutes. Mais après avoir vu évoluer l’homme et découvert sa soif d’apprendre et de s’élever dans la vie, j’aurais rapidement changé d’avis. Christophe fait partie des hommes qui ne doivent rien à personne, qui tracent leur chemin à la seule fore de leur poignet et de leur volonté.

Laurent Cabannes et Pierre-Yves Revol

En quoi était-il l’homme de la situation pour le CO ?

Au-delà de ses qualités d’entraîneur, c’est un homme qui colle parfaitement à la politique de Castres. Le CO est un club en quête de sens, qui a besoin de par ses structures de s’installer dans la durée, de faire fructifier une dynamique de groupe. Il est évident que le duo Travers-Labit a obtenu de bons résultats après avoir travaillé sur le long terme. Avec un profil différent, la mission de Christophe Urios sera la même car dans notre club, les succès passent par le collectif.

Pardonnez-nous de parler de malheur, mais en cas de descente…

(il coupe) Même si le club descend, Christophe Urios demeurera en charge du projet. Les deux parties sont prêtes à prendre ce risque, et c’est d’ailleurs une des raisons qui nous a permis de nous mettre d’accord.

Au-delà du cas Urios, il s’agira de construire un staff autour de lui…

Comme Christophe l’a dit lui-même, rien n’est arrêté quant au staff qui l’accompagnera. La seule certitude, c’est que Matthias Rolland va rester dans un rôle important, où il sera chargé du développement du club ailleurs que dans le secteur sportif.

Quid de vos actuels entraîneurs Serge Milhas et David Darricarère, toujours sous contrat ?

Pour l’instant, ils sont nos entraîneurs jusqu’à la fin de la saison. Pour la suite, rien n’est arrêté. No comment.

Castres a connu un début de saison difficile dû à des impondérables : les blessures et les sélections aux postes de piliers, l’opération de Sivivatu… La question du recrutement d’un directeur sportif se serait-elle posée dans le cas d’un début de saison plus apaisé, ou le constat aurait-il été le même ?

Ce n’est pas une question que je me pose. Si nous avions été premiers du classement, les choses auraient pu être différentes, mais il ne sert à rien de réécrire l’histoire.

On sent néanmoins une volonté de rupture, alors que l’après Travers-Labit avait été placé sous le signe de la continuité.

La saison dernière a été positive, celle-ci un peu moins… Par rapport à l’année du titre, l’effectif a déjà bien évolué. Il est probable qu’à partir de maintenant, nous allons nous attacher à le fortifier encore. Pour cela, Christophe Urios aura du temps. Je suis confiant en sa capacité à s’inscrire dans la durée et dans le haut niveau, en nous retrouvant sur ce que je n’appellerai pas pompeusement des «valeurs», mais une politique sportive qui correspond à l’identité du club.

Avez-vous d’ores et déjà une idée du nombre de changements qu’il faut attendre au sein de votre effectif ?

Non, absolument pas.

Est-il imaginable de voir Urios emmener dans ses bagages des joueurs de l’USO, où des cadres comme Figuerola, Tichit ou Urdapilleta se trouvent en fin de contrat ?

Là encore, il ne s’agit pas d’une question que je me pose en ce moment. On vient tout juste de trouver un accord avec un directeur sportif, ce sera à lui de constituer son groupe. Ce n’est pas une question d’actualité.

Nicolas Zanardi
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