De la Fédérale au Mondial : Moeakiola, sa dernière ivresse ?

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    De la Fédérale au Mondial : Moeakiola, sa dernière ivresse ?
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Destin mondial. Matekitonga Moeakiola, l’habile pilier des États-Unis aux 27 sélections avec les Eagles, rêve de s’offrir un jubilé exceptionnel lors de la Coupe du monde 2015.

Une Coupe du monde comme un dernier défi. Matekitonga Moeakiola dit « Mate », 36 ans, a l’occasion de disputer, pour la troisième fois consécutive, la plus prestigieuse des compétitions pour couronner une carrière bien remplie. Sa trajectoire est semblable à celle de beaucoup d’autres de ses copains iliens. Né en 1978 sur l’archipel du Tonga, il débute le rugby sur les plages de l’île Tongatapu. Très vite, il migre aux États-Unis où son père se marie avec une autochtone résidente de l’état de l’Utah. Loin de céder aux tentations du football américain ou du basket, sports rois aux USA, le jeune homme joue toujours au rugby en parallèle de ses études, menées à l’université d’Utah de Salt Lake City. Là, dans cette ville quelque peu austère, plus grand foyer de Mormons du monde, le joueur façonne ce qui sera sa marque de fabrique, sa qualité de percussion. Il démonte à coups de plaquages ravageurs quiconque ose entrer dans sa zone d’action. C’est le temps des Parc city Haggis, formation avec laquelle Mate écume les moindres recoins des USA. Partout où ballon ovale ne rime pas avec quaterback.

Arrive 2007, le tournant de sa carrière. Moeakiola, 29 ans à l’époque, est en pleine force de l’âge et impressionne à chacune de ses sorties. C’est tout naturellement que l’on songe à lui afin d’intégrer le squad américain appelé à disputer la Coupe du monde 2007, organisée en France. Le 8 septembre, face à la prestigieuse Angleterre, pour le premier match de son équipe dans la compétition planétaire, le pilier — qui connaît par la même occasion son baptême international- entre en jeu en remplacement de Chris Osentowski. Il connaît la joie suprême d’inscrire dans la foulée son premier essai sous la bannière étoilée. Oh ! Ce jour-là, Mate Moeakiola n’a pas empêché le XV de la Rose de s’imposer largement, 28 à 13. Mais il a posé les premiers jalons d’une longue histoire d’amour avec sa sélection. Ses qualités d’impact-player, capable de concrétiser le travail de sape des titulaires et son habileté balle en main parlent pour lui. Dès lors, le puissant pilier ne quittera plus les Eagles, devenant un membre incontournable de l’effectif.

Les dernières cartouches

Mieux, cette Coupe du monde réussie sur le plan personnel (le collectif, lui, a sombré : les USA terminant derniers de poule avec zéro point) lui ouvre les portes de l’Europe. En 2008, il débarque à Albi, en Pro D2, sous la direction de Daniel Blach et Éric Béchu, qui ambitionnent alors de remonter leur équipe en Top 14. Las, le niveau professionnel français représente un vrai cap que le joueur a du mal à franchir. Il ne totalisera « que » sept feuilles de match. Albi franchit la marche et atteint son objectif tandis que lui n’est pas conservé et file en Fédérale 1, à Bobigny, puis à Nevers, où son épouse, une Française, travaille dans une grande boîte de télécom. En 2011, pour la World cup aux antipodes, en Nouvelle-Zélande, Mate prend du galon : il débute deux matchs en tant que titulaire (contre la Russie et l’Italie) et le naufrage des siens est moins franc qu’en 2007. Les Eagles remportent un match de poule (contre la Russie) et évitent la cuillère de bois dans leur poule C. Finalement, le joueur débarque à Castanet-Tolosan. Jean-Louis Dessacs, l’entraîneur principal du club de la banlieue toulousaine, reconnaît les points forts de son droitier : « C’est un joueur très fort du haut du corps. Il est capable de casser les plaquages, de mettre constamment son équipe dans l’avancée. Le bonhomme est vraiment solide et aime faire valoir ses qualités de percussion… » Malheureusement, la pendule tourne pour tout le monde et le franco-américano-tonguien tire sûrement ses dernières cartouches. Né en 1978, il aura 37 ans au mois de mai prochain. Pas de quoi remettre en cause son statut chez les Eagles ? « Il a été sélectionné pour jouer les tests de novembre et a participé aux trois rencontres (il était, notamment, de la déroute néo-zélandaise, 6-74, N.D.L.R.). Je pense que pour la Coupe du monde, Mate ne sera pas titulaire. Il aura toutefois un rôle important à jouer dans l’encadrement, la transmission de l’expérience, détaille Dessacs. Son âge ne parle pas forcément en sa faveur. Dans les matchs très rythmés, il est parfois un peu court physiquement. Mais en mêlée et dans le duel, c’est une valeur très sûre. » Titulaire ou pas, Matekitonga Moeakiola a tout à gagner en Angleterre à l’automne prochain. Une dernière ivresse internationale, cela n’a pas de prix.

Une correction pleine de souvenirs

C’était le 1er novembre dernier, dans la bouillante enceinte du Soldier field (le champ des soldats, dans la langue de Molière) de Chicago. Les États-Unis recevaient l’invincible armada all black dans un match comptant pour la tournée de novembre. Devant 65 000 spectateurs, les Eagles, alors titulaires, n’ont pas pesé bien lourd face aux stars à la fougère. Bilan sans appel : défaite 74 à 6, douze essais contre deux transformations. L’essentiel était ailleurs. Mate, entré à la 72e minute en remplacement de Olive Kilifi, a pu croiser sur le terrain Dan Carter, Kieran Read, Israël Dagg ou encore Sonny Bill Williams… De quoi faire rêver les copains de club lors de la reprise le dimanche suivant.

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