• Béchu, à cœur et à cri
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Publié le / Modifié le
Top 14

Eric Béchu, à cœur et à cri

Il se présentait tel un doryphore, toulousain débarqué en Ariège pour mieux y cultiver ses jardins secrets : la musique, l’écriture, la nature et la défense d’une certaine idée du rugby. Autant de mondes à partager avec ceux qui l’entouraient, dont les lecteurs de Midi Olympique qui apprécièrent ses chroniques. Profondément humain, Eric Béchu, décédé en janvier 2013 à l’âge de 53 ans, a mené son parcours à la force de ses convictions. L’Ours, un de ses surnoms, griffait pour défendre son territoire, et son équipe. En 2009, nous l’avions rencontré alors qu’il menait les Albigeois sur les chemins de la reconnaissance. L’occasion d’esquisser un portrait qui débutait ainsi : «Caractériel, gueulard, fou furieux... Au vrai, Eric Béchu est simplement un homme exigeant. Un affectif qui a fait de sa vie un combat contre l’injustice.» Peu de temps après, il quittait Albi ramené dans l’élite. Puis, avec Montpellier, il échouait de justesse en finale du Top 14 face à Toulouse. Autant de récompenses. Quand le masque tombe...

On ne met pas Eric Béchu à la porte. C’est lui qui s’en va. Les ruptures ne sont pas forcément définitives mais l’homme sait choisir son destin. Quitte à se fâcher. Quitte à se réconcilier. Affectif, hyper-sensible, Béchu n’a, de sa vie, jamais évité les conflits. «Changement ! Dit à Weber de sortir.» Les hurlements de Fabien Galthié dans le talkie-walkie ont résonné dans les gradins albigeois. Ces cris, qui remontent au mois d’avril 2007 lors du premier Albi/Stade français, Eric Béchu ne les a pas entendus. Mais il comprit vite que son ami, l’enfant qu’il accompagna à l’école de rugby de Colomiers, lui jouait un mauvais tour. En «blessant» de son pilier, Galthié forçait l’arbitre à simuler les mêlées. Il rendait stérile la domination du pack albigeois qui courrait en vain après un succès capital dans la course au maintien. Béchu savait mais ne pouvait se résoudre à l’évidence. C’est Daniel Blach, son adjoint, qui tonna. «J’espère que votre joueur est vraiment blessé.» L’amitié Béchu/Galthié fut un temps mise à mal. Il fallut l’intervention de Pierre-Henri Julien, éducateur columérin et pote de toujours, pour les réconcilier après un mois et demi de silence et d’incompréhension. Deux ans ont passé. Eric Béchu a pardonné.

Casque bleu

L’ancien troisième ligne élancé, est l’une des figures du rugby pro. Un technicien reconnu, formé à la culture columérine par José Osès, «le père de l’USC», passé entre les mains expertes de Robert Bru au Creps de Toulouse. Un meneur d’hommes, passionné et passionnant. «C’est un vrai manager. Exigeant, qui t’impose parfois un rapport de force pour arriver là où il veut. Mais c’est toujours dans l’intérêt du joueur et du groupe.» note Pierre Correia, pilier du SCA qui l’a quitté cet été pour Paris. «Quand j’étais gosse, les jours d’entraînements, il venait me chercher et me ramenait ensuite à la maison. Parfois, il restait goûter avec moi. Il possédait une grande qualité d’éducation et ce n’est pas un hasard si l’USC a eu cette génération de joueurs dans les années 90. A Albi, il est parvenu à reproduire avec des pros ce qu’il avait fait avec les enfants de Colomiers.»

Fabien Galthié pourrait parler des heures du phénomène. Il lui suffit d’une minute pour affirmer que son image est loin de correspondre à la réalité. Ecornée par des coups de gueule. L’homme a souvent endossé le rôle de bouclier afin de protéger ceux qui l’entourent. «Eric nous a fait et c’est nous qui avons fait Eric.» En quittant le club, Philippe Guicherd, l’ancien deuxième ligne albigeois, résumait une aventure humaine qui dura plus de cinq ans, mêlant les destins autour de l’emblématique manager du SCA.

Son œuvre brisée

Galthié encore : «Il défend tellement ses hommes que parfois il dérape. Joueur, ce n’était pas un méchant, plutôt un casque bleu. Et il n’a pas changé.» Pierre-Henri Julien : «C’est un affectif, il déteste l’injustice. Et comme il dit ce qu’il pense, ça peut faire mal. Et s’il a souvent raison sur le fond,il peut se tromper sur la forme.» Comme le 7 février (2009), après une défaite à Narbonne (9-10) quand il fustige l’arbitrage de M. Gauzins.

Bilan : 40 jours de suspension, plus 20 d’un sursis qui tombe. Béchu est interdit de banc de touche et de vestiaire d’arbitres. C’est le point culminant d’un début de saison où Albi sera sans cesse placé au cœur de l’actualité. Sa performance sportive, d’abord louée, est occultée par les accrochages. Le SCA est toujours présumé coupable. «J’ai horreur de l’injustice, plus encore quand elle est d’origine sociale.» avoue Eric Béchu. «Je crois à l’autorité sauf que je ne supporte pas l’autoritarisme. Mais si on m’explique, je comprends.»

Au mois de juin, Albi fut relégué pour raisons administratives. Une sanction jugée disproportionnée par les Tarnais, qui n’a toujours pas été digérée même si Béchu porte le projet d’une remontée immédiate. «Imaginez l’œuvre d’un compagnon du devoir, bâtie année après année, que l’on casserait à peine terminée. Eric, cela faisait plus de sept ans qu’il construisait cette réussite et, finalement, on a cassé son jouet.» explique Bernard Archilla, président du SCA. «Je ne souhaite à personne de vivre ce que l’on a vécu. Le club n’a jamais été relégable. Alors oui, je trouve que la sanction est disproportionnée par rapport à la faute commise.» dit Béchu, qui ne sera véritablement en paix qu’au terme de la saison. Quand il aura tout donné pour ramener Albi dans l’élite.

«Mes colères ne salissent que moi»

Les sorties de son manager ont contribué à brouiller l’image du SCA. Du pain béni pour les adversaires. «Une équipe a laissé une feuille dans le vestiaire où figuraient les consignes. Il était écrit : faire disjoncter Albi.» raconte Archilla, désabusé. Béchu refuse l’idée de porter préjudice à son équipe. N’empêche, il tempère au sujet des arbitres. «Je suis pour surprotéger les arbitres, qu’ils aient un vrai statut. En revanche, on doit pouvoir dire quand ça ne va pas. L’arbitre a toujours raison dit-on, il n’y a pas plus grosse connerie.» Philippe Laurent, son fidèle adjoint, témoigne : «C’est un perfectionniste, jamais satisfait, qui cherche sans cesse. Son exigence rejaillit sur son entourage.» Bernard Archilla : «Il est attaché aux choses justes, il adore les gens. C’est un passionné, franc, très engagé. Alors, il peut sur-réagir. Il doit arriver à plus de recul, à moins nourrir les autres.»

Il est question de l’entraîneur, qui passe cinq jours sur sept à plancher sur le rugby, du technicien qui encaisse les critiques à propos du jeu restrictif de son équipe. «On caricature le jeu d’Albi. La saison de notre accession en Top 14, si nous avions copié les autres, nous courrions à l’échec. Mais la deuxième, nous avions pratiqué un rugby total, en gardant c’est vrai des fondements qui sont plus humains que rugbystiques. Moi, je n’ai aucune certitude, je pense toujours que les autres font mieux que nous.» Et d’ajouter : «Nous ne remonterons qu’en maîtrisant toutes les formes de jeu. Depuis peu, nous avons relâché un peu l’engagement physique pour aller vers plus de mouvement. Les joueurs m’ont demandé si je n’étais pas allé faire un stage à Dax.» Sourires.

«Les soirs de colère, je ne suis pas fier de moi. Mais je ne peux pas dire que je ne recommencerais si je croise l’injustice.»

Il est surtout question de l’homme, calme, qui profite de sa famille sur les hauteurs de Saint-Girons. Un passionné de BD (Thorgal, Jeremiah). Un fondu de musique, qui adore la chanson française et regrette le silence de Goldmann. Un guitariste qui enregistra trois disques et fit quelques concerts avec son ami Arnaud Duplan. Un amoureux de la nature. Un homme qui puise sa force au contact de son entourage. Sa garde rapprochée est fournie ; ses sources d’inspiration encore plus grandes. Il cite les Vincent, Arnaud, Pierre, José, Robert, Jean-Pierre, Bernard, Jo, Daniel, Jean-Michel, Jean-Christophe, Philippe, Sébastien, Laurent. Et tant d’autres.

L’image du combattant lui colle à la peau. Son look, cheveu ras et barbe drue, renforce l’idée d’un ours mal léché. Comme Chabal, Béchu n’a rien prémédité. «Cela fait partie de mon personnage mais il ne faut pas croire que je sois un abruti. Les soirs de colère, je ne suis pas fier de moi. Mais je ne peux pas dire que je ne recommencerais si je croise l’injustice.» Il se tait, puis reprend : «Elles ne salissent que moi.»

Eric Béchu a arrêté de fumer il y a six mois. Pas pour lui, pour Lili-Marie, sa fille. Celui qui a dessiné la Colombe du logo columérin a toujours porté les valeurs de l’USC. Il affirme croire à l’instinct grégaire, se dit fier d’être Albigeois, «professionnel avec l’esprit amateur». Affectif jusqu’au bout : «L’homme est plus important que tout. Le rugby, la musique ne sont que des prétextes.»

Son parcours : de Colomiers à Montpellier

Eric Béchu est né le 9 janvier 1960 à Toulouse. Dernier d’une famille de six enfants, il habite Toulouse, quartier Empalot jusqu’à l’âge de 10 ans, avant de déménager à Colomiers où son père est chef du personnel chez Dassaut. Il a deux filles : Manon (24 ans), Lili-Marie (9 ans). Marié à Isabelle depuis l’été 2006. En troisième, il est exclut du collège pour raison disciplinaire, dirigé vers un CAP. Il en décrochera trois (tourneur, mécanicien monteur, dessinateur industriel) plus deux BEP et un Baccalauréat technique. Il rentre ensuite au CREPS de Toulouse et deviendra professeur de sport. En 1984, il rejoint la Direction régionale de la jeunesse et des sports qu’il n’a plus quittée. Il est en disponibilité depuis trois ans.

Il débute au rugby au FCTT avant de jouer au TOAC et Colomiers où il joue jusqu’en 1987 (en cadets 2e année, il joue son premier match en équipe première, face à Elne). Troisième ligne et capitaine, il quitte un club stabilisé en Groupe B après une saison blanche (trois opérations au genou droit). Il a des contacts avec Brive, Carcassonne et Toulouse mais signe deux ans à Saint-Gaudens (Groupe B). «Malgré Alex Martinez, je ne parviens pas à m’impliquer.» En suivant, il rejoint Saint-Girons comme entraîneur, mais cumule les fonctions : joueur, capitaine, entraîneur. «C’est ma première expérience de doryphore en Ariège, ce fut extrêmement formateur.» Trois ans plus tard, il signe à Cazères (Fédérale 2), toujours entraîneur-joueur. En 1995, il raccroche les crampons et revient entraîner Saint-Girons. «On joue la montée tous les ans (en six saisons passées au club, il disputera cinq finales, toutes perdues». En 1999, après une année sabbatique, il s’engage à Albi. Il dispute trois finales de Fédérale 1, sans titre. Il décrocher la montée en ProD2 en 2002. Le 4 juin 2006, le SCA dispute la finale -sans titre- de ProD2 face à Dax (28-27) et accède au Top 14. «Je ne voulais pas venir au stade, j’avais peur d’être le chat noir...». Albi passe deux ans dans l’élite avant d’être rétrogradé administrativement l’été dernier. «Nous avons disputé 52 matchs, dans jamais être relégable sportivement. Ça, personne ne nous le prendra.» En suivant, Béchu et Albi luttent pour remonter directement, ce qu’aucun club n’a jamais fait. Pari gagné au terme d’une finale d’accession gagnée de haute lutte face à Oyonnax en juin 2009. Dix mois plus tard, quand le SCA s’enlise dans les profondeHall, Liebenberg et De Villiersurs du Top 14, promis à la relégation, l’aventure du technicien se termine dans le Tarn. Thierry Pérez, président de Montpellier, flaire le bon coup. Il recrute Béchu, fait venir Galthié et rassemble les amis. Dès la première saison (2010-2011), le MHR séduit par un jeu ambitieux et alerte. Les résultats suivent : Montpellier accède à la finale du Top 14 et s’incline de justesse devant le Stade toulousain. Sacré meilleur entraîneur (avec Bez et Galthié) par Midi Olympique, honneur confirmé par ses pairs et la LNR, Eric est opéré en décembre 2011 d’un cancer du pancréas. Il lutte pendant un an avec l’espoir de revenir sur les terrains. Sa passion est intacte et ses coups de gueule font mouche : «On triche tous» affirme-t-il à propos de la mêlée lors d’un débat Midi Olympique. Il décède le 15 janvier 2013 à Toulouse.

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