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Laporte - Boudjellal : « On ne supporte pas de perdre »

Par Pierre-Laurent Gou
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Publié le Mis à jour
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Mourad Boudjellal et Bernard Laporte sont associés depuis 2011 à la tête du RCT. Un duo qui a véritablement transformé le club toulonnais avec un titre de champion de France et trois Coupes d’Europe remportées depuis. Série en cours.

Ils forment, depuis quatre ans, l’axe majeur du RCT. Depuis que Boudjellal a osé relancer Laporte après deux échecs à Bayonne et au Stade français. Chacun dans son domaine : Laporte a fait de ce club une machine à gagner des titres, Boudjellal se consacrant au budget. Ensemble, ils ont tout gagné. Alors que leurs chemins pourraient se séparer dans les prochains mois, les deux hommes ont accepté une interview croisée moins de 24 heures après le sacre de Londres. L’entretien débute sur la plage, au Mourillon et se termine au téléphone : Laporte est en partance pour Paris, Boudjellal attendant ses joueurs pour lancer les courtes festivités du titre...

Comment avez-vous fait pour vous entendre rapidement ?

Bernard Laporte Parce que nous sommes tous les deux, des personnes excessives. Chez Mourad, j’ai tout de suite aimé sa capacité à ne jamais se prendre au sérieux, son autodérision. Il aime la vie, le bon vin, et veut en profiter.

Mourad Boudjellal Déjà, quand Bernard est allé à Bayonne, j’ai eu peur. J’étais très heureux de son échec chez les Basques (rires)... Je m’explique, j’étais persuadé que le relationnel d’Alain Afflelou et les compétences rugbystiques de Bernard pouvaient faire de l’Aviron l’un des très gros clubs français. Ils n’en ont pas voulu, tant mieux pour nous. Je crois que le secret de notre entente, c’est la franchise. Dès que l’un n’est pas d’accord avec l’autre, il le dit dans l’instant. Entre nous, il n’y a pas de non-dit.

Bernard m’a obligé à aller vers les autres. A m’ouvrir à eux. Il peut rester un quart d’heure après un match à discuter rugby avec un spectateur, à écouter ses arguments. J’ai beaucoup appris en l’observant au milieu des foules.

Qu’avez-vous appris l’un de l’autre ?

B. L. La remise en question. Mourad m’a montré que malgré un caractère fort et des idées bien arrêtées, il savait écouter les autres même s’il n’en donne pas l’air. C’est une éponge, il apprend de ses expériences, il ne commet jamais deux fois les mêmes erreurs.

M. B. Aimer les gens. Moi qui suis réservé, Bernard m’a obligé à aller vers les autres. A m’ouvrir à eux. Il peut rester un quart d’heure après un match à discuter rugby avec un spectateur, à écouter ses arguments. J’ai beaucoup appris en l’observant au milieu des foules.

Quel est votre fonctionnement ?

M. B. Informel, et il doit le rester. On ne prend jamais rendez-vous. Chacun aussi à ses domaines réservés.

B. L. (Il coupe) Et ça, c’est très précieux et je dois le dire. Mourad m’offre chaque saison une formule 1 à conduire, et je dois me transformer en Sebastian Vettel. Surtout, il me laisse entièrement la main sur le sportif.

M. B. Et toi tu me laisses tranquille sur les dossiers impossibles en matière de transfert.

B. L. Mourad a aujourd’hui un œil avisé dans ce secteur, il connaît tous les joueurs de la planète. Il sait ce qu’ils peuvent apporter sportivement mais aussi quelle est leur force médiatique.

M. B. Bernard est tenu au courant de chaque dossier. Il me donne son avis. Il a aussi compris que j’aimais mettre les mains dans le cambouis dans ce domaine.

B. L. On ne souligne pas assez l’économie qu’il a créé à Toulon. Les instances nationales devraient plus écouter des gens comme lui, Max Guazzini ou Mohed Altrad. Mais le rugby est très conservateur, notamment chez ses dirigeants.

M. B. J’espère que tu m’ouvriras des portes quand tu seras à la FFR. Plus sérieusement, c’est incroyable que Toulon n’ait aucune représentation à la LNR ou même à l’EPCR. D’ailleurs, les dirigeants français de cette institution sont des nuls. Comment ont-ils pu laisser les Anglais décider d’organiser la finale à Londres ?

Je serai Toulonnais à vie ! Chaque année, je vais prendre ma licence au RCT.

Vous ne maniez pas la langue de bois. Est-ce un défaut commun ?

B. L. Non, c’est une qualité !

M. B. Le seul reproche que je peux faire à Bernard, c’est qu’il est toujours un incorrigible sélectionneur. Il cherche toujours à aligner les quinze joueurs qu’il estime être les meilleurs.

B. L. Parce que comme toi, je ne supporte pas de perdre. Que ce soit aux cartes, à la pétanque, je veux toujours battre mon adversaire. On est dans un monde professionnel et tous les matchs sont importants. Regarde, Virgile Bruni ; c’est à La Rochelle qu’il gagne sa place dans le groupe pour la finale. Après une telle prestation, je ne pouvais pas priver ce garçon de Twickenham !

Mourad, êtes-vous résolu à laisser partir Bernard en fin de saison prochaine ?

M. B. Il y a quinze jours, Bernard m’a dit qu’on se reverrait plus souvent que je ne le pensais. Donc, peut-être que notre histoire ne va pas se terminer…

B. L. Je serai Toulonnais à vie ! Chaque année, je vais prendre ma licence au RCT. Toulon, c’est mon club.

M. B. Ça fait plaisir d’entendre ça :quand tu es arrivé, tu parlais du Stade français et tu disais «nous». Je suis persuadé que j’arriverai à remplacer l’entraîneur que tu es, peut être le meneur mais l’homme va me manquer.

Ce troisième titre de champion d’européen est-il le plus beau ?

B. L. On a toujours l’impression que le dernier est le plus beau. Surtout, nous avons réussi à gagner sans Jonny (Wilkinson). Croyez-moi, la chose n’était pas aisée. D’ailleurs, cette saison a été à la fois difficile mais aussi fabuleuse en termes de management. J’avais un groupe avec des joueurs à très forts caractères... Tenez, après la demi-finale vous avez parlé de la frustration de Michalak, mais croyez-moi, la discussion que j’ai eue avec Drew Mitchell, qui ne comprenait pas pourquoi il n’avait pas joué a été plus houleuse... Je lui avais donné rendez-vous à Twickenham, Drew a répondu en champion.

M. B. On doit être toujours plus fort que l’an passé. Je déteste être le premier qui freine au virage pour reprendre une image de F1. Bernard sait te convaincre de toujours faire un petit peu plus. Avant notre finale en 2013, il m’a affirmé que si Sivivatu et Nalaga étaient avec nous, la Coupe était dans la poche. Il a donc eu sous ses ordres : Habana, Mitchell, et l’an prochain Nalaga !

Quels sont vos prochains rêves ?

M. B. Organiser un match de Top 14 aux Etats-Unis, un de Coupe d’Europe au Japon. C’est ce que je dis à mes confrères du Top 14. Au lieu de me mettre des barrières pour empêcher de développer le rugby, écoutez-moi, parfois je ne dis pas que des conneries…

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