Arbitrage : Quesada hausse le ton

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    Arbitrage : Quesada hausse le ton
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Après la défaite contre Toulouse et juste avant le derby face au Racing-Metro, le patron parisien, Gonzalo Quesada brise le silence. Dans son viseur : l’arbitrage français.

La réputation de Gonzalo Quesada n’est pas usurpée. L’homme est profondément gentil, humain. Pas vraiment le genre de manager à vivre dans le conflit. Au contraire. Avec lui, le dialogue est permanent. Jamais un mot plus haut que l’autre. D’ailleurs, depuis qu’il a débuté sa carrière d’entraîneur de club sous les couleurs du Racing-Metro 92, on a eu beau chercher, nous n’avons trouvé aucune trace de déclaration tapageuse. Ni envers un de ses joueurs, ni avec un adversaire. Encore moins avec un arbitre. Il y a quelques semaines, à l’initiative de la Ligue nationale de rugby et de La Poste, Quesada avait même affiché sur scène une réelle complicité avec Pascal Gaüzère au cours de l’opération « Autour des arbitres ». « Au Stade français, on a une consigne en interne, explique Gonzalo Quesada. Faire l’effort de ne pas critiquer l’arbitre dans les médias, de ne pas aller dans le vestiaire de l’arbitre à la mi-temps ou à la fin du match. Et même au bord du terrain où nous devrions avoir un comportement plus zen à mes yeux, car on ne l’est pas assez actuellement. C’est notre philosophie, notre culture. Nous essayons d’abord d’analyser notre performance avant d’analyser celle des autres, surtout celle de l’arbitre. Ce qui n’est pas simple en ce moment. »

Une réaction à froid

Seulement voilà, la dernière défaite à domicile contre le Stade toulousain a fait voler en éclat les déclarations d’intention. À l’issue de la rencontre, Quesada s’est présenté en conférence de presse, le regard noir, la colère enfouie au plus profond de lui. Interrogé alors sur l’arbitrage d’Alexandre Ruiz, il a habilement contourné les questions relatives aux décisions litigieuses. Quesada a préféré dire combien il était fier de la performance de ses joueurs, réduits à quatorze au bout de trente-cinq minutes de jeu. « Je n’ai rien dit au soir du match car je voulais revoir la rencontre à tête reposée, explique-t-il aujourd’hui sans animosité. Mais je suis convaincu que l’arbitre a eu peur de prendre ses responsabilités ce soir-là. Pour moi, l’arbitrage n’a pas été objectif, ni impartial. Nous avons monté un clip vidéo très long que nous devons envoyer à Monsieur Ruiz et Monsieur Mené pour obtenir quelques explications. Il n’y a pas que l’action qui aboutit au carton rouge logique de Jonathan Danty. Celle-là est incroyable car si vous revoyez les images, l’action démarre avec un ballon porté écroulé à cinq mètres de l’en-but toulousain non sanctionné. Ensuite, non seulement Tialata plaque Laurent Sempéré au niveau du cou, mais en plus il lui donne un coup une fois au sol. Évidemment, ça peut arriver, mais cela doit être sanctionné. Si cela avait été le cas, nous avions une pénalité en notre faveur et peut-être trois points mais, une minute plus tard, on est à quatorze. »

Dans la voix de Gonzalo Quesada, aucune colère. Peut-être un peu d’amertume mâtinée d’une pointe de frustration. Gonzalo Quesada a façonné une équipe à son image : séduisante, gentille, bien éduquée. Une équipe également à l’image du président Savare, pas vraiment adepte des coups de gueule contre les arbitres. Mais ce dernier, lundi dernier dans nos colonnes, n’a pas hésité pour une fois à faire part de son courroux. Extraits : « Le match a été faussé » ; « L’arbitre n’a pas pris ses responsabilités » ; « L’arbitre a laissé passer des gestes qui n’ont rien à faire sur un terrain de rugby ». Et Gonzalo Quesada de s’engouffrer dans la brèche ouverte par son président : « Je ne veux pas passer pour une pleureuse, car j’ai toujours fait mon autocritique et j’ai toujours orienté mon énergie vers l’amélioration de nos performances. Mais j’en ai marre de voir mon équipe être arbitrée comme une petite équipe qui ne dit jamais rien, qui est trop respectueuse. On se pose des questions. À force d’être trop gentil, d’être bien éduqué, cela nous porte préjudice. Arbitrer le Stade français, c’est finalement facile car on ne dit jamais rien, on ne gueule jamais. Et quand je vois le comportement de certains présidents ou managers, je me dis qu’on est un peu con de ne pas faire pareil, car on peut constater que ça finit par influencer. »

Un match crucial face au Racing-Metro

Ironie du sort, le coup de gueule de Gonzalo Quesada intervient tout juste avant le déplacement de son équipe au Racing-Metro pour un match décisif. Capital. Et souvenez-vous du match aller. À l’issue de la rencontre arbitrée par le Sud-Africain Van Heerden, Laurent Labit n’avait pas hésité à vivement critiqué l’homme au sifflet : « Tout le monde a vu le match et ce gars qui était au milieu du terrain, qui était bien habillé, avec les chaussures assorties au maillot, avait-il commenté. Il a arbitré tout le match avec le sourire. Il a passé la semaine à Paris, a dû je pense bien visiter et se promener et il s’est aussi promené cet après-midi. Sauf qu’on était là pour faire un match de haut niveau, avec deux belles équipes qui voulaient jouer. Malheureusement, il manquait l’ingrédient principal, et quand on sait l’incidence que cela a. Tout le monde a pu voir une parodie de rugby, un hold-up. Je pense qu’on s’est fait voler […] Je ne sais même pas quel niveau il a. Même en Fédérale, les équipes sont mieux arbitrées. »

Une saillie qui avait valu à l’entraîneur des trois-quarts racingmen quinze semaines de suspension infligée par la commission de discipline de la LNR. Dimanche prochain, l’arbitre de ce nouveau derby parisien devra faire fi de cet épisode. Tout comme il devra s’affranchir des propos de Gonzalo Quesada. Et pour cause. « Même si on a gagné le match aller, je reconnais que l’arbitrage sud-africain n’avait pas été bon, assure Quesada. Je crains l’arbitrage de dimanche prochain. C’est un match à l’extérieur pour nous, avec un enjeu énorme pour les deux équipes. Et entre une équipe qui ne râle pas après l’arbitre et une qui sait les mettre sous pression, l’arbitre a vite fait de faire son choix. » Au moins, après ces déclarations, les deux clubs franciliens partiront, dans l’esprit de l’arbitre de dimanche, sur un pied d’égalité…

Arnaud Beurdeley
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