Peyronnet : un titre pour deux

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    Peyronnet : un titre pour deux
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Championnes de France du challenge Armelle-Auclair depuis le dimanche 3 mai (victoire contre Bayonne 16-13), les filles du Stade toulousain ont obtenu leur accession en Top 8 dimanche 10 mai, en remportant leur duel face à La Valette (27-15). Marion et Morgane Peyronnet ont 22 ans. Ces jumelles sont capitaine et vice-capitaine de cette équipe, née il y a un an de la fusion entre Fonsorbes et Toulouse. Portraits croisés.

Si, dans la vie quotidienne, il est très compliqué de dissocier Marion et Morgane, la méprise est impossible sur le terrain. Marion est troisième ligne aile, alors que Morgane évolue au centre de l’attaque toulousaine. « Avant on jouait toutes les deux troisième ligne aile, donc on veut bien comprendre que c’était compliqué pour les gens. Mais maintenant une arrière, une devant c’est plus facile », explique Morgane. Mais alors qu’est-ce que ça change de jouer avec sa jumelle ? « On n’a pas besoin de se regarder pour savoir quoi faire sur le terrain, on se trouve immédiatement », argumente Morgane. Mais plus qu’une complicité sur les prés, cette passion commune renforce leur proximité en dehors des terrains : « Si on ne faisait pas le même sport, on ne partagerait sûrement pas autant de choses, pas autant d’aventures. Là on est ensemble, on a les mêmes amis et que ce soit au quotidien ou sur les terrains, on vit tout à deux, c’est génial ! »

100 % amateurs

Comme les masculins, les filles du Stade toulousain s’entraînent plusieurs fois par semaines (trois entraînements hebdomadaires, l’accès à la salle de musculation tous les jours entre midi et deux, plus le match du week-end). Mais contrairement à leurs homologues du Stade toulousain, les filles sont 100 % amatrices. « Aujourd’hui on ne prend pas un seul euro. Si un jour on devait venir à parler d’argent, pourquoi pas avoir des primes de matchs, être dédommagées des frais d’essence ou de licence, mais juste ça. Parce qu’après, toucher des milliers d’euros, ça enlèverait quelque chose, toutes les valeurs du rugby. On ne ferait plus ça uniquement pour notre passion ! »

Marion et Morgane sont toutes les deux titulaires d’un Bac + 3, respectivement en gestion et en chimie des matériaux. Entre le travail et le rugby, les sœurs Peyronnet n’ont donc que très peu de temps libre. C’est pour cette raison que même si elles avaient déjà soulevé deux boucliers en cadettes, celui-ci a une tout autre saveur. Pour Marion, c’est tout simplement le « premier qui a vraiment de l’importance ». Elle explique que plus que les autres, « ce bouclier est l’aboutissement de beaucoup de travail sur la saison […]. L’année dernière après la défaite, on s’était promis de revenir mais finalement on n’y croyait peu. Nous étions tellement abattues il y a un an, qu’on ne pensait pas y arriver si vite. Alors imaginer qu’on serait championnes était utopique ». Si les joueuses du STRF étaient heureuses après le titre et la montée qui a suivi, les jumelles Peyronnet l’ont, à coup sûr, vécu encore plus intensément. « On se comprend et on partage la même joie ! Les autres sont heureuses mais elles ne peuvent pas comprendre. Elles sont avec leurs potes mais pas leur sœur. C’est encore plus fort pour nous. »

« Le rugby ne nous fera jamais vivre, qu’on soit en Top 8 ou non ne changera rien. D’ailleurs les filles sont logées à la même enseigne que nous, on ne se fait pas d’illusion », confie Marion Peyronnet. Photo : Facebook du STRF

Et maintenant ?

Après une saison quasi parfaite (seulement un nul et une défaite sur l’ensemble des matchs), ponctuée d’un titre et d’une montée dans l’élite du rugby féminin, le STRF va devoir trouver un équilibre entre l’euphorie de découvrir un nouveau championnat et l’appréhension d’affronter les meilleures joueuses de l’Hexagone. « Maintenant, on va prendre un peu de vacances, mais dès qu’on va reprendre le chemin du travail, on va être à fond. Il faudra tout donner pour se maintenir en Top 8. » Si en rencontrant La Valette, elles ont pu avoir une idée du niveau de la première division, elles ne savent pas vraiment à quoi s’attendre. Pour Marion, l’objectif est clair : « Il faudra se maintenir et se forger une expérience en Top 8. Au final, on ne connaît pas du tout le niveau, la seule chose qu’on sait c’est qu’il y a un certain écart entre la deuxième et la première division. »

À titre personnel, Marion et Morgane rêveraient de connaître le XV de France. Si elles ont toutes les deux connues des sélections en moins de 20 ans, elles savent qu’elles doivent encore travailler pour être un jour appelé. « Dans deux ans, il y a une Coupe du monde. Ce serait génial d’être appelé, mais c’est compliqué alors on n’essaye de pas trop y penser, on se concentre déjà sur notre club, on travail de notre côté et si ça doit arriver ce sera la cerise sur le gâteau. Mais on ne se fait pas trop d’illusions pour l’instant ! » explique Marion avant que Morgane complète : « On est jeune, on prend du temps de jeu au plus haut niveau et on verra après… Dans tous les cas, on reste prêtes et s’ils nous appellent on sera là. Après ce sera plus facile pour moi qui évolue au poste de centre que pour Marion. » Morgane a d’ailleurs déjà été appelée en stage de préparation mais elle n’a jamais pu défendre le maillot tricolore. C’est pour ça qu’elle n’en fait pas un objectif : « Si ça doit venir, ça viendra, après si la porte reste fermée, on ne sera pas déçu. »

Si elles ont des étoiles dans les yeux quand on leur évoque leur parcours, Marion et Morgane Peyronnet ont la tête sur les épaules. Ce n’est plus contre Bayonne ou Gaillac mais bien face à Lille ou Montpellier qu’elles joueront dès la saison prochaine. Elles savent donc qu’elles devront redoubler d’efforts, mais comme elles le disent si bien « à deux, on est plus fortes. ». P. I.-R.

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