Galthié : « Les Jaunards iront chercher quelque chose au fond de leurs tripes »

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    Galthié : « Les Jaunards iront chercher quelque chose au fond de leurs tripes »
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Fabien Galthié, entraîneur du Stade français lors du dernier titre des Parisiens en 2007, revient sur cette incroyable finale et se projette sur celle de ce soir.

Quels souvenirs gardez-vous de la finale de juin 2007, contre Clermont-Ferrand ?

C’était une période faste, pour nous. Contre Clermont, nous jouions en effet notre cinquième finale en quatre ans. Je vous rappelle d’ailleurs que cette saison 2006-2007, nous avons été premiers de la première à la dernière journée.

Et sur les phases finales, alors ?

On s’est présenté à la finale avec beaucoup de joueurs blessés : Sylvain Marconnet s’était cassé la jambe au ski, Pieter de Villiers était touché au mollet, Ignacio Corleto était forfait. Nous avions seulement deux piliers valides, Rodrigo Roncero et Pedro Ledesma, le jeune frère de Mario. David Auradou et Radike Samo, qui revenaient à peine de blessure, devaient quant à eux entrer en deuxième période.

Quid de la physionomie du match ?

C’était incroyable. Nous étions menés 12 à 0 à la cinquantième minute et avons marqué vingt-trois points sur la dernière demi-heure. Je me souviens de la rentrée déterminante de nos cinq avants, Sergio Parisse, Dimitri Szarzewski, Radike Samo, David Auradou et Benjamin Kayser.

Comment avez-vous réagi, à la fin du match ?

Ce fut un énorme soulagement. Il y avait beaucoup de pression sur Fabrice (Landreau) et moi, à l’époque. Nous venions de reprendre une équipe double championne de France et n’avions pas eu de titre. Deux ans plus tôt, nous avions même perdu deux finales dans les prolongations. C’était horrible..

Agustin Pichot, qui fut le grand homme de cette finale, eut pourtant quelques mots avec vous pendant la saison. Que s’était-il passé, au juste ?

Je vais vous raconter l’histoire dans son ensemble. À son arrivée, Agustin a fait deux supers saisons au Stade français. Puis il a attrapé une pubalgie. Ça n’allait pas. Il souffrait. Un jour, les kinés, le staff médical et les préparateurs physiques me disent : « Ça ne va pas. Il ne respecte pas le protocole, il est toujours en retard et fait la gueule aux entraînements. » J’ai dû prendre une décision. Avant un entraînement à la Faisanderie, je lui dis, en lui exposant mes griefs : « je voudrais que tu sortes de l’entraînement. Ça ne va pas. Ton comportement n’est pas le bon. »

Que s’est-il passé, alors ?

Les joueurs savaient qu’il y avait un problème avec Agustin et autour de nous, la tension est un peu montée. Agustin était touché et m’a répondu : « Ok. Mais je veux m’entraîner une dernière fois. »

Et après ?

Agustin s’entraîne et se retire. Pendant deux mois, rien de particulier ne se passe. Vers décembre, les médecins me disent simplement : « Agustin est super, il a changé, nous parle mieux, son comportement est top. » L’entraîneur des Espoirs me lâche même que c’est lui qui tient l’équipe, le week-end. Je décide donc de le relancer sur un match contre Narbonne, parce que Jérome Fillol et Alexandre Albouy étaient blessés. Il fait un super match, est devenu capitaine pendant le Tournoi des 6 Nations qui a suivi et n’a plus lâché le capitanat jusqu’au titre. Sa fin de saison fut d’ailleurs extraordinaire. Agustin était passé de leader d’opposition au leader maximo. Nos rapports avaient beaucoup évolué. L’année d’après, il venait même me chercher pour aller entraîner les Pumas.

Quelle chance donnez-vous au Stade français ce soir ?

Les Parisiens sont jeunes mais bien entourés. Sergio Parisse, Morne Steyn et Julien Dupuy sont aujourd’hui les maîtres du jeu, à Paris. Mais sur une finale, c’est du cinquante/cinquante. Clermont peut d’ailleurs très bien se resserrer autour de sa cascade de blessures et de la fatalité, comme ce fut le cas pour nous en juin 2007. Une équipe en grande difficulté sur le plan de l’effectif peut se sublimer. Les Jaunards iront chercher quelque chose au fond de leurs tripes.

Marc Duzan
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