Une Argentine nouvelle

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Publié le , mis à jour

À quelques jours du coup d’envoi de l’édition 2015 des Four-Nations, présentation des Pumas du capitaine Agustin Creevy qui peaufinent leur préparation avec en ligne de mire la Coupe du monde en Angleterre qui débutera en septembre.

Nous avions laissé les Pumas sur une victoire 18-13 face au XV de France le 22 novembre dernier au Stade de France. Une victoire que les Argentins ont notamment décrochée grâce à trois drop-goals de Nicolas Sanchez et un de Juan Martin Hernandez. À quelques encablures de la prochaine Coupe du monde en Angleterre, les protégés de Daniel Hourcade s’apprêtent à entamer ce vendredi les Four-Nations face aux All Blacks à Christchurch à 9 h 35 heure française. En guise de préparation à la compétition suprême de cet automne, celui qui est appelé aussi le Four Nations est allégé cet été. Les quatre équipes engagées ne se rencontreront effectivement qu’une seule fois.

Comme chaque année avant de commencer, l’Argentine apparaît comme la Nation la plus faible des quatre. Son bilan depuis 2012 peut en témoigner avec la dernière place chaque année ainsi que seize défaites, un nul et une seule victoire historique décrochée face à l’Australie en octobre dernier à Mendoza (21-15). Il semble toutefois qu’un nouveau vent souffle sur les Pumas depuis l’arrivée aux manettes de Daniel Hourcade pour remplacer Santiago Phelan en 2013. Le groupe des trente-six joueurs sélectionnés pour ces Four-Nations 2015 apparaît être dans la lignée de celui retenu lors la précédente édition et lors de la dernière tournée automnale. On retrouve donc un savoureux mélange entre des jeunes joueurs évoluant dans le championnat argentin et des joueurs plus confirmés qui font leurs armes en Europe et dans le Super 15. En effet, une bonne partie des joueurs est née après 1988 et composera l’effectif de la future province argentine qui s’engagera dans le Super 18. Trois cadres des Pumas ont d’ailleurs signé récemment, à savoir Nicolas Sanchez, Joaquín Tuculet ainsi que le talonneur et capitaine argentin Agustin Creevy. Le projet de la Fédération argentine emmené politiquement par Agustin Pichot et sportivement par Hourcade n’a donc pas changé, il est en marche et il s’inscrit dans le long terme.

La touche Graham Henry

Côté terrain, Hourcade prône depuis son arrivée un jeu aéré. Les conseils distillés par Graham Henry, sélectionneur champion du monde avec les All Blacks en 2011, n’y sont peut-être pas pour rien. Dans le groupe, neuf joueurs évoluent en Top 14 (Fernandez Lobbe, Hernandez, Herrera, Imhoff, Leguizamon, Lavanini, Macome, Sanchez, Tetaz Chaparro) un en Angleterre (Marcos Ayerza à Leicester) et enfin un en Super 15 (Manuel Carizza avec les Stormers). Pour ce début des Four-Nations contre la Nouvelle-Zélande, Hourcade a préféré mettre au repos certains cadres comme Hernandez ou Imhoff. Si l’ambition affichée est de ne laisser passer aucun match de ces Four-Nations notamment contre les Blacks comme l’a déclaré Juan Manuel Leguizamon à nos confrères argentins de La Nación : « Chaque match [contre la Nouvelle Zélande] nous le préparons comme si c’était le dernier » ; le principal objectif est de se mesurer aux trois meilleures nations du monde pour continuer à préparer la Coupe du monde et donner notamment de la confiance aux plus jeunes et prometteurs joueurs tels que Isa, Petti, De La Fuente ou encore Cordero. La mission pour Hourcade, au regard du jeu ambitieux « à la sudiste » qu’il prône, est donc de tout mettre en place pour que l’osmose se crée entre tous ces jeunes et les vieux « briscards » dont Marcos Ayerza est le meilleur exemple.

L’effectif argentin

La conquête reste d’ailleurs un point fort des Pumas. Un paquet d’avants solide et prometteur qui sera sûrement à la hauteur des Roncero, Albacete, Ledesma, Hasan… d’antan. En première ligne, Creevy, talonneur, capitaine et fer de lance de cette équipe qui a récemment affiché l’ambition de son équipe de remporter la Coupe du monde cet automne, sera chargé de mener son équipe et « ses gros » aux côtés de l’expérimenté Ayerza ainsi que du pilier droit Herrera, découvert avec Castres. Ces trois hommes seront les hommes de base de cette première ligne après la blessure du pilier des Saracens, Juan Figallo. Pour les épauler, on peut noter la présence de Cortese et Tetaz Chaparro qui ont souvent foulé les pelouses du Top 14 mais aussi, deux jeunes âgés de 22 ans avec le talonneur Julian Montoya et le pilier gauche Lucas Noguera.

Manuel Carizza apparaît comme l’homme fort de la deuxième ligne et un des cadres de ce groupe, précieux en touche et dans le combat. Lavanini arrivé au cours de la saison passée au Racing, semble être le plus expérimenté derrière Carizza. Ils amèneront dans leur sillage les jeunes deuxièmes lignes notamment Petti, 21 ans qui était titulaire aux côtés de Lavanini contre la France en novembre dernier. Enfin, on pourra observer une probable très belle troisième ligne avec Juan Martin Fernandez Lobbe l’infatigable et souvent irréprochable flanker de Toulon, un des « anciens » et cadres de ce groupe. On retrouvera aussi Juan Manuel Leguizamon, le joueur de Lyon. Plus utilisé en flanker qu’en troisième ligne centre avec la sélection, il a relativement progressé en simplifiant son jeu. Il est aujourd’hui un peu moins fantasque qu’auparavant. Mais le plus attendu de tous, est le jeune Facundo Isa. Ce beau bébé d’1m88 et 106 kg âgé de 21 ans, est passé par Toulon mais il a toutefois préféré repartir en Argentine pour bénéficier de plus de temps de jeu. Un choix qui peut s’avérer judicieux au vu de la politique actuelle de la Fédération argentine. Il lui reste donc à confirmer. À noter que Macome entre autres sera là aussi pour leur prêter mains fortes.

À la charnière, Cubelli et Landajo sont au coude à coude pour cornaquer le paquet d’avants argentin. Alors que Nicolas Sanchez, qui a assuré un intérim de quelques mois à Toulon cette saison, semble avoir les faveurs d’Hourcade par rapport à Iglesias. On peut cependant donner un léger avantage à la charnière Cubelli-Sanchez qui a notamment permis aux Pumas de vaincre les Coqs français au Stade de France, lors du dernier test-match disputé par les Argentins. Quant aux lignes arrières, autour des très expérimentés Hernandez, Agulla, Tuculet, Bosch et Imhoff le jeune arrière-ailier Santiago Cordero, qui évolue souvent avec l’équipe de rugby à VII argentine ainsi que le centre Jeronimo De La Fuente seront notamment des éléments à suivre. Si ces trois-quarts sont bien alimentés par leur paquet d’avants et leur charnière, il est certain qu’ils pourront faire parler leurs appuis et leur vitesse. Le jeu au pied de Hernandez et celui de Bosch seront aussi précieux. On aurait également apprécié observer l’ailier Montero mais il sera malheureusement forfait pour cause de blessure à un genou.

Il serait donc faux de dire que les Pumas n’ont aucun atout pour ces Four-Nations 2015. Cependant s’ils restent certes sur une victoire contre la France. Beaucoup d’incertitudes demeurent autour de cette équipe, à commencer par la valeur de cette victoire contre un XV de France en difficultés. Par ailleurs, le manque d’expérience de certains joueurs et le fait que beaucoup jouent encore en Argentine porteront peut-être préjudice aux Pumas. Enfin, leurs adversaires représentent leur principal os et pas le moindre qui se profilera face à eux. Contre la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud, les Argentins manqueront peut-être de puissance et de rigueur tactique. Concernant l’Australie, il reste des interrogations mais les retours de certains joueurs protées pourraient faire la différence.

L’ambition des Pumas est donc de prendre confiance, de se préparer pour le Mondial et pour cela ils veulent faire aussi bien voire mieux que la saison dernière. Entre deux déplacements « périlleux », respectivement en Nouvelle-Zélande puis en Afrique du Sud, ils recevront l’Australie à Mendoza… de quoi leur donner des idées comme l’an dernier et ce malgré le probable retour de Giteau à la baguette des Wallabies ?

Ces Four-Nations s’annoncent donc riches d’enseignements pour les coéquipiers de Creevy. Allier le court et le long terme pour hisser le rugby argentin au plus haut ; la tâche s’annonce ardue mais quoiqu’il arrive, on peut être sûrs que sa réalisation ne se fera pas sans du sang, des larmes et de la sueur comme à l’accoutumée avec nos amis argentins. M. L.

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