Le détournement des règles

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    Le détournement des règles
Publié le , mis à jour

Entre limitation du Salary Cap ou du nombre moyen de Jiff par feuille de match, les contrats de jokers Coupe du monde ont un effet pervers, à savoir permettre aux présidents de « jouer » avec les règlements imposés par la LNR. Explications.

Bien au-delà d’une solution sportive à court terme pour les staffs du Top 14 ou du Pro D2, le bénéfice du recrutement de jokers Coupe du monde a également été détourné de son intérêt originel pour devenir une façon aussi maligne que légale de détourner les règlements mis en place par la Ligue nationale de rugby. Premier et principal exemple : le cas du Salary Cap. Chaque club doit respecter une limite en termes de masse salariale pour son effectif. À savoir dix millions d’euros par saison et par club, avec des aménagements spécifiques pour les joueurs internationaux. Mais les rétributions touchées par les fameux jokers Coupe du monde n’entrent pas dans le calcul de ce Salary Cap. Du coup, plusieurs présidents se seraient déjà servis de cette « faille » dans le système pour alléger considérablement leur masse salariale. Ainsi, le contrat de certains joueurs, qui arrivait initialement à son terme en juin 2016, a été modifié pour le transformer en un contrat de joker Coupe du monde et ainsi concentrer l’ensemble de ses émoluments sur seulement trois mois. Voilà comment le joueur en question n’est plus pris en compte dans le calcul du Salary Cap, ce qui laisse libre champ aux dirigeants pour recruter de nouveaux éléments à prix d’or.

L’instauration d’une « période d’essai » ?

Autre détournement : le contrat de joker Coupe du monde s’apparente désormais à une sorte de « période d’essai ». En effet, certains clubs, souhaitant s’offrir un joueur à un poste en particulier, ont d’abord proposé cette solution pour vérifier l’apport de la recrue avant de lui octroyer un véritable contrat. Si l’intéressé ne satisfait pas aux attentes, il se retrouvera à nouveau sur le marché des chômeurs. Aussi, l’autre levier sur lequel jouent les présidents est celui des jokers médicaux. Il suffit d’une blessure dans l’effectif (notamment dans celui des espoirs) pour conserver le joueur en question sous un contrat de joker médical. Ce qui ne manquera immanquablement pas d’arriver dans les prochaines semaines et permettra encore aux clubs de réaliser des économies tout en s’assurant la présence d’un élément confirmé.

Non comptabilisés pour les « quotas » de Jiff

Enfin, dernier point à relever : la limitation du nombre de Jiff (Joueurs Issus des Filières de Formation). La réglementation n’impose pas mais incite à aligner une moyenne de douze Jiff minimum par feuille de match sur la saison, pour se voir reverser des fonds de la part de Ligue. Une sorte de « prime aux bons élèves ». Or, les jokers Coupe du monde n’entrant pas dans le mode de calcul, les managers et entraîneurs savent que, durant la période du Mondial, ils peuvent « jouer » sur cette corde pour aligner un maximum de joueurs non Jiff sans pour autant mettre leur quota final en danger.

Jérémy Fadat
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