Et le rugby devint universel

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    Et le rugby devint universel
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En 1985, l’IRB (devenu World Rugby) vota enfin le principe d’une Coupe du monde. La pression des projets pirates était trop forte.

22 mars 1985. Réunies pour la première fois à Paris, les huit nations membres du très conservateur Board marquaient l’histoire. Elle ne le savait pas encore, mais l’institution reine, qui faisait pour le coup l’effort de sortir des salons feutrés de l’East India Club de Londres, venait de signer un document fondateur qui allait bouleverser à tout jamais l’histoire du rugby, en donnant son aval pour l’organisation de la première Coupe du monde de rugby. Tout était parti d’un rapport des Fédérations australienne et néo-zélandaise. « L’International Tournament », selon la dénomination officielle, voyait enfin le jour, permettant au rugby de devenir un jeu pratiqué à l’échelle mondiale et jouissant d’un retentissement planétaire, sortant du corset d’anachronisme sclérosant dans lequel il se débattait.

Le Board a fait des efforts

Paris ne s’est pas fait en un jour. Cette fameuse réunion du Board non plus et la Coupe du monde encore moins. Dans un monde alors gangrené par les conflits géostratégiques et par le conservatisme des représentants du rugby britannique, les différentes réunions préparatoires du Board ont souvent pris la tournure de sommets politiques. Dans cette affaire, les Néo-Zélandais et les Australiens étaient moteurs. Mais des interrogations restaient en suspens. L’Afrique du Sud, dévorée de l’intérieur par son régime d’apartheid, participera-t-elle ? Qui seraient les huit équipes conviées à venir compléter le tableau final (les huit membres du Board étant d’office invités) ? Finalement, l’IRB a décidé de faire passer les intérêts premiers du rugby avant ses propres idées. Lui qui craignait que le rugby ne perde son identité en devenant professionnel à terme, lui qui courrait contre la notion d’argent, qu’il jugeait incompatible avec ce sport de gentlemen (ah ! « Le manque à gagner »…), lui qui craignait que le rugby ne se meure à devenir un sport trop physique, a fait entrer le loup dans la bergerie en autorisant la tenue de cette première Coupe du monde, en 1987, aux antipodes.

L’ère de l’expansion

Mais au fond, pourquoi une Coupe du monde ? Pourquoi le Board, si conservateur, si centré sur les Îles britanniques et leurs proches voisins, a-t-il décidé de donner son aval pour l’organisation de cette compétition à l’opposé de ses principes ? Dans l’hémisphère Sud, la puissance des treizistes commençait à faire peur aux Fédérations quinzistes. Les voix les plus alarmistes imaginaient déjà les perles all blacks ou australiennes glisser vers cet autre sport résolument professionnel depuis longtemps. En Europe, la demande des dirigeants et des joueurs se faisait de plus en plus pressante. L’envie de disputer une compétition majeure comme cela pouvait se faire au football avait fait son chemin. Beaucoup y voyaient le meilleur moyen de développer le rugby, comme le disait Didier Codorniou, talonneur de l’équipe de France, sous la plume de Jacques Verdier dans Midi Olympique, en mars 1985 : « Je suis certain qu’une Coupe du monde servirait de promotion au rugby. À longue échéance, ce serait fabuleux. […] Je serai favorable à l’arrivée de pays supposés plus faibles qui gagneraient énormément à se confronter aux nations du Board. Et je ne donne pas dix ans pour qu’une Coupe du monde de rugby concurrence vivement celle du football. L’opposition entre les écoles de jeu prendrait un éclat particulier. Ce serait fantastique… »

Albert Ferrasse, président de la FFR à l’époque, faisait partie des principaux « pro »-Coupe du monde. Il avait vu d’un mauvais œil débarquer, en 1983, l’Australien David Lord et son projet éponyme. L’homme d’affaires avait senti le bon coup et voulait créer de toutes pièces un tournoi mondial privé. Ce dernier a battu campagne, contacté des joueurs de toutes les nations majeures, leur offrant des sommes faramineuses pour l’époque. Pierre Salviac, commentateur vedette de France 2, fut même sondé pour savoir si la télé française serait prête à suivre le projet. Un projet qui ne vit finalement pas le jour mais qui eut le mérite de pousser le Board dans le bon sens en lui montrant qu’un individu fortuné pouvait sans peine lui damer le pion. Il y avait aussi le rôle trouble de l’Afrique du Sud, boycottée par les autres nations et prête à jouer les trouble-fête en invitant par exemple une équipe pirate des All Blacks moyennant finances. Ce fut le fameux épisode des « Cavaliers » prévu pour 1986. Bref, la situation était mûre pour que l’IRB allume un contre-feu. Le vote eut lieu finalement à l’unanimité. Même les plus conservateurs - les Irlandais, Écossais et Anglais - ont voté pour, conscients que cela se ferait avec eux ou sans eux. Leurs représentants, hostiles à titre personnel, usèrent d’un dernier argument pour justifier ce vote contraire à leurs idées. « Nous sommes libres, sauf si nous recevons des instructions précises de notre Fédération et nous les avons reçues. » Finalement, les Sud-Africains ne participeront pas : la politique de boycott sera plus forte que la solidarité de la famille du rugby. Par David BOURNIQUEL (avec J. P.)

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