Denis Troch : « Les sportifs n’ont pas de cerveau… Et heureusement ! »

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    Denis Troch : « Les sportifs n’ont pas de cerveau… Et heureusement ! »
Publié le , mis à jour

Ancien joueur professionnel de football, puis entraîneur, notamment du PSG, Denis Troch est aujourd’hui coach mental. Il intervient à Clermont et à Provale, afin d’accompagner les joueurs dans leur reconversion. Il a participé à la rencontre « Ma vie après le rugby » organisée mardi à Toulouse par le syndicat des joueurs, en collaboration avec Axa. Rencontre.

Vous êtes coach mental. En quoi cela consiste-t-il ?

J’accompagne des hauts dirigeants, des sportifs de haut niveau, des personnes lambda ou des équipes, sportives et d’entreprise, pour tirer la quintessence de leur potentiel. Ceci par le biais d’outils liés essentiellement au bon sens. Pour avoir évolué dans le monde du sport et notamment du football, je peux comprendre et connaître ce que représente une reconversion, car je l’ai moi-même vécue. Je pense qu’il m’a manqué certaines choses dans ma construction à titre personnel. On ne m’a pas appris à prendre des décisions, on ne m’a pas appris à me sublimer. Ces choses qu’on n’apprend pas à l’école et pas forcément dans la vie, je les ai comprises et théorisées par la suite alors je souhaite les transmettre pour aider des personnes à faire des meilleurs choix, à changer ou à mieux appréhender l’avenir… Mais remettons immédiatement les choses en place : le mental à lui seul n’apporte rien. J’ai beau être fort mentalement, je ne peux pas faire une mêlée ou répondre à des questions sur l’économie mondiale. Le mental est normalement utilisé en association avec la technique, le physique, la stratégie ou la tactique. Plus on va s’en servir dans chacun de ces domaines, meilleur on sera et plus on va réussir. C’est ce vers quoi nous essayons de tendre.

Cette approche n’est pas très répandue dans le rugby…

C’est le cas dans le sport en général mais cela change petit à petit. Aujourd’hui, je travaille pour deux universités, une quinzaine d’entreprises et des fédérations sportives pour accompagner des entraîneurs et des joueurs. Le football est revenu vers moi après que j’ai arrêté et j’accompagne aujourd’hui les entraîneurs de Ligue 1 et de Ligue 2 qui sont en formation. J’accompagne aussi une équipe de cyclisme professionnel, des petits rats de l’opéra ou des équipes de football et de rugby.

En rugby, vous travaillez avec Clermont. On parle souvent d’un problème mental pour cette équipe qui enchaîne les défaites en finale. Comment l’expliquez-vous ?

Je n’ai pas la réponse à cette question. Non, je n’ai pas la solution… Seuls les résultats apportent des solutions. Je n’ai d’ailleurs pas été sollicité par les Clermontois pour leur faire gagner des finales, mais pour aider les joueurs et les entraîneurs à tirer le meilleur d’eux-mêmes. Mais concernant ces finales, la seule chose que je peux dire, c’est qu’il n’est pas inscrit dans les gènes d’une équipe ou d’une personne de perdre en finale. En fait, il y a un moyen de ne pas perdre en finale et je le connais.

Quel est-il ?

Il en existe un seul et je l’ai exposé : c’est très simple, le meilleur moyen de ne pas perdre en finale et de ne pas se faire ridiculiser par les autres parce qu’on a perdu en finale, est de ne pas y aller. Maintenant, il faut se demander si on veut en jouer une, ou non. Si vous êtes braves, vous allez vous hisser en finale. Si vous n’êtes pas braves, vous n’y retournerez pas parce que vous allez écouter les sirènes malsaines qui jugent votre équipe, qui a perdu beaucoup de finales en l’occurrence. Mais vous savez, se moquer d’une équipe qui perd ses finales arrange finalement les autres qui ne sont pas parvenues à se qualifier pour cette finale. Je me pose donc la question : vaut-il mieux ne pas y aller comme 95 % des clubs, ou y aller ?

Le rugby est-il un sport particulier dans l’approche mentale qu’il requiert ?

Pas du tout. Il y a des différences, bien sûr, entre le football et le rugby par exemple. En rugby, il y a des valeurs déjà intégrées de manière beaucoup plus forte, comme la solidarité ou le courage, que nous allons rechercher dans le football. Mais on va chercher d’autres choses au rugby. Tous les sports sont différents.

Vous participez aux rencontres sur la reconversion organisées par Provale et Axa. Le mental est-il primordial dans un projet de reconversion ?

Il est hyper important dans la mesure où l’on se dirige vers quelque chose que l’on ne maîtrise pas et qui va vers une finalité. Et l’être humain a peur du changement et de la finalité, à savoir ni plus ni moins que la mort. Le sportif en reconversion a besoin d’être accompagné pour lui faire comprendre qu’il a de grandes capacités, de rebond, de courage, d’abnégation, qu’il vit au quotidien. Pour lui, c’est une normalité d’être courageux, c’est une normalité d’être humble, c’est une normalité de changer, de poste, de changer de club etc. Il croit que, pour tout le monde, son domaine d’expertise n’est qu’une normalité alors il se dit qu’il ne sait rien faire d’autre. Alors qu’il sait faire des choses extraordinaires dont il n’a pas conscience à l’instant T. Vous savez, on rappelle souvent, de façon sournoise, que les sportifs n’ont pas de cerveau. Mais heureusement qu’ils n’ont pas de cerveau : ainsi ils vont à l’essentiel et ils gagnent du temps. C’est une grande faculté. Mais ça, il faut l’expliquer pour le faire comprendre. C’est le message que j’essaie de faire passer.

Emilie Dudon
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