Rugby d’hiver, c'est la misère !

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    Rugby d’hiver, c'est la misère !
Publié le , mis à jour

Avec un contexte tendu par les relégations et un climat vénéneux, le rugby français est contrit de minimalismes. Pas simple, dès lors, d’en faire un laboratoire du jeu.

En termes de rugby, les techniciens français ont entre les mains le pétrole et les dollars qui vont avec. En ont-ils perdu toutes leurs idées ? Pas si sûr. Trop facile, en tout cas. Mais reste à savoir quelle latitude leur est offerte pour les développer. La question porte sur le contexte. En la matière, Jean-Baptiste Elissalde donne des réponses, dans les colonnes de Midi Olympique : « D’abord, l’enjeu tue le jeu. Ensuite, c’est un sport d’hiver. De mi-octobre à fin mars, on en reste à du combat collectif, des mêlées et des ballons portés. Cela n’aide pas à développer des joueurs individuellement. Enfin, quand peut-on développer ces joueurs ? En France, on se prépare quatre semaines pour une compétition de dix mois. En Nouvelle-Zélande, ils se préparent trois mois, jouent quatre mois et repartent pour autant de temps de développement. » Une sortie et deux points majeurs qui expliquent la pauvreté du jeu français et le manque d’idées offensives qui semble frapper nos entraîneurs.

Un rugby de fange

C’est, paraît-il, dans notre ADN. En France, on aime le combat, les mêlées et les tas de joueurs dans la boue. À croire qu’un stade bondé boude un essai en première main à la sauce « Joe Schmidt », où l’ailier gauche étire la défense adverse, son pendant de droite vient faire un leurre à l’intérieur du premier centre et l’ouvreur, bénéficiant de toutes ces activités sans ballon, lâche en profondeur pour son second centre qui s’en va un surnombre dans le couloir béni des 15 mètres extérieurs. Pas de blague. Si le rugby français se cantonne « à du combat collectif, des mêlées, et des ballons portés » comme le dit Elissalde, c’est qu’il se dispute aux trois-quarts pendant les mois les plus froids. Lorsque le ballon glisse, que les mains pèsent et que le terrain embourbe. Difficile, pour les joueurs, de développer une routine offensive faite de vitesse et de mouvement. Pas mieux pour les entraîneurs, qui remisent leurs idéaux de grand large pour ressortir le vieux joug de la grange.

La faucheuse à la porte

L’autre point développé par Jean-Baptiste Elissalde touche à la formule de notre championnat, quand il évoque que « l’enjeu tue le jeu ». Dans l’hémisphère Sud comme dans les pays celtes, aucune équipe n’évolue sous la pression d’une éventuelle relégation. En Angleterre, une seule des douze équipes du Premiership connaît ce triste sort. En France, la faucheuse attend à la porte pour six équipes au moins. Elle sonne pour deux d’entre elles. Pour les concernés, l’adage est simple : une bonne conquête, un bon buteur et un don de son corps à la bonne cause pour toutes les rencontres à domicile. Restrictif, vous dites ? Certes, mais la survie passe avant l’esthétisme. Les expérimentations attendront.

Léo Faure
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