Wattbike : «Je ne connais rien au rugby»

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    Wattbike : «Je ne connais rien au rugby»
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Interview fiction ! Témoin privilégié des «trois mois de préparation en commun qui doivent nous permettre d’être champions du monde» (dixit Saint-André), le désormais légendaire Wattbike, ou vélo d’appartement des temps modernes destiné à la préparation des cyclistes et autres sportifs autrement appelé ergo cycle, a choisi Midi Olympique pour se confier. Entre regrets et lucidité. La preuve que le muscle ne fait pas le rugbyman. On nous aurait menti ?

Pourquoi choisir de vous exprimer aujourd’hui ?

Déjà, pour des raisons pratiques. J’ai un calendrier hyper chargé. Tous les étés, je chauffe dans tous les clubs de Top 14. En cette période de préparation de Coupe du monde, j’étais aussi sur le pont chez toutes les nations qualifiées. Il ne faut pas se leurrer, je ne suis pas une exclusivité française contrairement à ce qui fut largement dit. Les autres nations n’ont pas tapé le carton tout l’été pendant que vous, Français, vous suiez sang et eau ! Enfin, bref, j’étais pas mal occupé. Ensuite, j’ai été beaucoup mis en avant. C’était le plan de communication du XV de France. J’étais devenu la star ! J’ai voulu me protéger en me faisant discret.

Quel sentiment prédomine, au lendemain de cette défaite historique des Bleus face à la Nouvelle-Zélande ?

Je suis effondré. Franchement. Je n’en ai pas dormi de la nuit. Ave ce groupe de mecs, nous avons passé un été fabuleux. On se voyait tous les jours et cela crée forcément des liens. J’étais devenu leur confident. Pour certains, j’étais même la solution à tous leurs problèmes. C’était un leurre.

Avez-vous été surpris de ce fiasco ?

Je ne peux pas dire cela. Tout l’été, tous les jours, j’ai vu tous ces mecs s’envoyer comme des fous sur ma selle. Uini Atonio deux fois par jour, j’en avais plein le dos ! Mais cela ne suffit pas. J’ai tenté d’en parler à Philippe (Saint-André, N.D.L.R.). Je lisais la presse, je voyais qu’il me mettait toujours en avant. J’étais devenu la star, un peu comme des épisodes de Martine : « Le Watt Bike à Marcoussis. Le Wattbike à Tignes. Le Wattbike en altitude. Le Wattbike à Londres et à Cardiff ». De retour à Marcoussis après le stage de Falgos, je suis allé le voir. Je lui ai dit : « Philippe, il faut que tu arrêtes. Tu es dans une logique de déni. Tu ne va pas solutionner tous tes problèmes en te reposant uniquement sur mes pédales... » Comprenez-bien : j’ai des domaines de compétences. Mais je ne connais rien au rugby ! Je ne sais même pas faire une passe. Je ne vais pas apprendre aux mecs à se baisser pour plaquer Savea, ni leur donner un plan de jeu et de circulation sur le terrain. Philippe était en difficultés, dans les cordes avant ce Mondial. Il n’a pas été lucide et m’a tout mis sur les épaules. C’était beaucoup trop pour moi.

En avez-vous parlé avec lui depuis le coup de sifflet final ?

Oui. Il est venu me voir après notre retour en France, à Marcoussis. Les mecs m’avaient foutu dans un hangar du CNR. Il est venu discrètement. Il ne veut pas trop se montrer en ce moment, encore moins quand on est ensemble.

Que vous a-t-il dit ?

Pas grand-chose. Je crois qu’il est encore dans le déni. Il m’a parlé du carton jaune de Louis Picamoles qui nous coûte cher, a divagué sur les détails qui font la différence au très haut niveau. Je n’ai même pas osé lui dire qu’on avait été ridicules, qu’on en avait pris soixante. Il avait la tête dans le seau. Je n’ai pas voulu en rajouter.

Quel souvenir garderez-vous de votre collaboration avec le XV de France ?

J’ai envie de garder le meilleur.

C’est-à-dire ?

Le vélo ! Je vous le disais : au rugby, je suis un outil mais je ne vous ferai jamais gagner un match. En vélo, par contre, j’en connais un rayon ! Et notre collaboration a payé. Vous auriez vu Kockott dans la montée de l’Iseran... Stratégiquement, le mec a livré une course parfaite : il a accéléré juste avant le virage des caméras, sous les yeux des journalistes de la France entière. Il s’est retrouvé isolé et s’est donc laissé reprendre. Ensuite, il a laissé travailler ses coéquipiers avant de remettre une attaque à deux virages du sommet, pour finir le torse bombé sous les yeux des coachs, médusés. C’était du grand art !

Léo Faure
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