Saint-André : «J’endosse la responsabilité de l’échec»

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    Saint-André : «J’endosse la responsabilité de l’échec»
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La nuit de samedi à dimanche n’a pas été réconfortante. Au contraire. Contraint de laisser au Pays de Galles sa famille, Philippe Saint-André était toujours très abattu dimanche matin. Conscient d’avoir réalisé des erreurs, il est revenu sans faux-fuyant sur sa mission de sélectionneur, inaboutie et ratée dans ses grandes largeurs.

Propos recueillis par Pierre-Laurent GOU, envoyé spécial à Cardiff.

Quel sentiment prédomine après la défaite ?

De l’abattement par rapport à l’ampleur du score. Après, je crois qu’il faut de la dignité quand on gagne mais aussi quand on perd. Il faut féliciter les Néo-Zélandais pour leur performance exceptionnelle. On savait que contre eux, on devait les faire douter, coller au score pour les mettre en difficultés. À partir du moment où l’on rate l’opportunité de recoller à 10-9… Les Blacks sont les Brésiliens du rugby, ils vont vite, ont gagné 80 % des duels et sont beaux à regarder jouer. Le fossé avec nous est important.

Comment le combler ?

Sincèrement, je n’ai pas envie de parler de ça. Déjà je suis mal placé pour donner des leçons. Ensuite, j’en ai parlé et j’ai perdu trop d’énergie sur mes premières années de mon mandat.

Avez-vous eu honte en sortant du terrain ?

En tant qu’entraîneur, bien sûr que c’est plus que difficile. Après, je veux quand même remercier mon staff, les joueurs qui depuis le 5 juillet ont travaillé comme des fous. J’ai pris énormément plaisir avec eux. Peut-être que maintenant, avec 3 mois tous les quatre ans, le retard commence à être irrémédiable. Samedi, c’était le dernier match de certains joueurs qui ont beaucoup donné au rugby français. Et la nouvelle génération qui a beaucoup appris, sera des victoires prochaines pour le XV de France.

« À partir de là, les joueurs vont se relever, continuer à se battre pour l’équipe de France. »

Vous avez été sifflé à la fin du match par tout un stade ?

Tu préférerais te faire applaudir que siffler. Surtout j’étais déçu pour les joueurs parce que samedi ils ont tout donné. Le scénario du match fait qu’on recolle au score et l’on prend un essai assassin en fin de première mi-temps qui nous tue.

Peut-on parler d’échec pour le rugby français ?

Oui et j’en assume énormément. Aucun problème là-dessus. J’ai pris beaucoup de coups pendant 4 ans mais il y a aucun problème. À partir du moment où j’ai accepté cette position, cela faisait partie du paquet cadeau… J’ai quand même vécu des moments très forts avec les joueurs, le staff… À partir de là, les joueurs vont se relever, continuer à se battre pour l’équipe de France.

N’avez-vous pas trop axé votre stratégie sur le physique ?

Bien au contraire, pour moi c’est un jeu mais il faut jouer avec ses points forts. Je crois que face aux Blacks on a mis du rythme, on a tenté énormément de choses. Mais quand tu perds 80 % des duels… Quand on perdait le ballon on retrouvait les Néo-Zélandais avec derrière la ligne.

« C’est très dur. Je vis dans un cauchemar ! »

Après ce match, réalise-t-on que votre mission de sélectionneur s’arrête sur un désastre immense ?

C’est très dur. Je vis dans un cauchemar ! Jusqu’au bout, j’ai pensé qu’avec trois mois de préparation, on pourrait rattraper au moins une grande partie de notre retard. Depuis le 5 juillet, nous avons travaillé comme des fous mais maintenant cela ne suffit plus. Ce dimanche, je suis énormément peiné pour le rugby français que je laisse dans un état de désolation. Pour ses supporters qui m’ont sifflé samedi soir et qui ont cru en nous, qui ont économisé durant quatre ans pour venir suivre l’équipe de France. On a -j’ai- failli dans ma mission.

Est-ce le moment le plus dur de votre carrière rugbystique ?

Bien sûr. J’ai du mal à réaliser.

Que voulez-vous faire maintenant ?

Être auprès de ma famille. Ils ont besoin de moi et je me dois de les protéger dans ces moments difficiles. Je vais couper du rugby. Changer de milieu, m’aérer l’esprit au moins quelque temps. L’échec n’est pas de tomber mais c’est de rester où l’on est tombé.

Le résultat n’était-il finalement pas inévitable ?

Non car nous avons toujours cru en ce que nous faisions. On fait de bons matchs de préparation, un début de Mondial satisfaisant mais dès que l’on a joué des nations du top 4 mondial, ou assimilé, on a perdu à la régulière. Il ne faut donc pas prendre de faux-semblant. Je prends ma part de responsabilité, elle est importante mais il faut aussi que le rugby français se pose les bonnes questions. J’assume beaucoup de choses mais je ne crois pas qu’en changeant une seule personne, tout va être bouleversé.

Quelles sont les questions qui doivent être posées ?

Je suis mal placé pour venir faire la leçon.

« Guy Novès ferait bien de faire l’inverse de moi (rires) »

Un mot pour votre successeur Guy Novès ?

Je lui souhaite bonne chance et énormément de victoires. Il va coacher une jeune génération avec un vrai potentiel et l’expérience d’une Coupe du monde ratée, certes, mais cela va leur servir. Si la Fédération me demande d’avoir un entretien avec lui, comme j’avais pu l’avoir avec Marc Lièvremont, je lui donnerai quelques ficelles. Encore que, il ferait bien de faire l’inverse de moi (rires).

Pierre-Laurent Gou
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