• Etcheto « À part notre honneur on n’a rien à perdre »
    Etcheto « À part notre honneur on n’a rien à perdre »
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Pro D2

Etcheto « À part notre honneur on n’a rien à perdre »

Lyon (1er) – Bayonne (3e) est le choc de cette onzième journée de ProD2. Pourtant, le coach basque, Vincent Etcheto semble assez fataliste quant aux chances de ses joueurs de s’imposer au Matmut Stadium jeudi soir (19 heures). Interview.

Vous vous rendez chez le leader jeudi, dans quel état d’esprit sont vos joueurs ?

Les mecs sont hypersereins. C’est agréable pour nous d’aller dans un match comme ça. À part notre honneur on n’a rien à perdre. Quoi que… on peut aussi être ridicules mais je n’y crois pas. On a un effectif correct et une marge de points supérieure à ce qu’on espérait. Pour le moment, presque tous les voyants sont au vert, même si on reste perfectibles à tous les niveaux. On va à Lyon pour se mesurer à la meilleure équipe de ce ProD2. Ils le sont trop facilement d’ailleurs. Ils ont de la marge. Pour moi c’est une équipe de Top14, avec un budget, un staff et des joueurs de Top14. C’est l’équipe au dessus et je dis ça sans ironie ni langue de bois. Je le pense sincèrement. Donc on ne risque rien, si ce n’est d’être ridicules comme à Mont-de-Marsan.

Des internationaux comme Nalaga ou Bonnaire, 19 millions d’euros de budget, cette équipe du LOU a-t-elle sa place en ProD2 ?

Ils n’ont pas su se maintenir en Top14 donc évidemment qu’ils ont leur place en ProD2. Le LOU est forcé de repasser par la case départ, sans toucher les 20 000 euros (N.D.L.R. Comme au Monopoly). Quoiqu’il me semble que la prime de descente est à 500 000 alors bon ! (rire) Non mais ils sont obligés d’en passer par là. C’est une ville qui a les moyens de ses ambitions et j’apprécie particulièrement Pierre Mignon et Sébastien Bruno. Je pense qu’ils ont fait le choix d’un staff jeune et équilibré, tout en recrutant des joueurs expérimentés et en conservant l’ossature d’une équipe qui évoluait en Top14 l’an dernier et qui tenait la route. Donc je ne suis pas inquiet pour eux. Ils vont vite remonter en Top14 et j’espère juste qu’on les empêchera de faire l’ascenseur trop rapidement. On sait que pour contrer cette équipe pendant 80 minutes il faudra être très costaud et je pense qu’on ne l’est pas suffisamment.

En cas de défaites, comme vous le présagez, vous pourriez être à seize points du LOU, en revanche si vous l’emportez vous pouvez n’être qu’à trois points du fauteuil de leader, y pensez-vous ?

Sincèrement, et c’est ce que j’ai dit à mes joueurs, jusqu’à fin janvier on n’aura pas sauvé le club. Mon ambition quand je suis arrivé à Bayonne c’était de pérenniser le club, après la fuite des capitaux et des joueurs, en le sauvant de la relégation. Si on réussit nos deux blocs à venir, en remportant à peu près 50 % des matchs, on aura quasiment réussi ce pari. Et après on pourra envisager plus. Mais pour le moment parler de l’accession directe c’est évidemment prématuré. Après j’ai demandé à mes joueurs de se rappeler d’où on venait… Il y a trois mois on ne se connaissait pas. Je venais de me faire virer, les joueurs étaient au chômage, ou remplaçants dans des grands clubs, et maintenant on construit une équipe. En trois mois on ne va pas faire des miracles, faut pas non plus se mentir. Mais on y croit et, même si on a très peu de chance, on espère s’imposer à Lyon.

Objectivement vous ne pouvez pas clamer que vous luttez pour le maintien en étant troisième du championnat et avec déjà vingt points d’avance sur premier relégable… Vous ne pouvez pas vous rendre à Lyon sans l’intention de l’emporter…

On travaille pour gagner le match et aucune équipe n’est injouable… si ce n’est ce Lyon là ! Après l’avoir vu et revu à la vidéo le LOU est au-dessus de nous. Que ce soit dans la densité physique, dans l’équilibre de l’équipe, dans sa capacité à imposer son jeu et même en termes de réussite. Ils ont le rebond qui va bien, les turnovers au bon moment et pour l’instant ils ont tout pour eux. Donc bien sûr qu’on a envie de les contrer, mais on n’en est pas encore de là. De plus on arrive avec une équipe remaniée. Du Plessis et Monribot sont blessés par exemple…

Justement, vous perdez Willem Du Plessis qui vous faisait le plus grand bien depuis son arrivée. Lucas Méret saura-t-il se hisser au niveau ?

Il a disputé les huit premiers matchs de la saison et nous a mené six fois à la victoire. Il a donc largement les capacités pour évoluer en ProD2. Puis les blessures font partie intégrante des aléas de début de saison et il est hors de question de s’en plaindre. On alignera en tout cas l’équipe la plus fraîche et la plus forte possible. En revenant à Lucas Méret il est plein d’envie, plein d’enthousiasme, mais reste conscient des progrès qu’il a à faire. Il sait qu’il peut devenir un joueur de haut niveau mais qu’il doit confirmer. Willie du Plessis a fait des bons matchs avec Toulon même s’il n’a pas été transcendant. Avec nous il a été juste correct, parce qu’il faisait 100 % au pied mais c’était déjà le cas avec Bustos Moyano… Non mais Lucas sait que pour faire une saison pleine il faut deux ou trois ouvreurs, or nous n’en avons que deux et qui sont de qualités. Mais Lucas a tout à gagner, que ce soit pour son expérience personnelle et pour son épanouissement en tant que jeune joueur. Il a du temps de jeu et aucune pression et semble ravi à Bayonne. La preuve c’est qu’il était heureux de s’entraîner aujourd’hui, heureux de savoir qu’il était titulaire, et je crois même qu’il va prendre le rôle du buteur, puisqu’il me l’a demandé, donc c’est parfait.

Et en tant qu’ancien demi d’ouverture, que pensez-vous de ce joueur ?

Moi j’adore Lucas. Il doit encore améliorer sa capacité à mettre du jeu au pied. Il est toujours prêt à attaquer, à prendre la ligne d’avantage et il ne prend pas le temps d’ajuster ses coups de pieds. Mais il a une panoplie plus qu’intéressante, avec une qualité de passe exceptionnelle, c’est un joueur intelligent. C’est vraiment un bon ouvreur et si on a fait un bon début de saison c’est en grande partie grâce à lui.

Le LOU est très dense au milieu du terrain, avec des joueurs comme Paea ou Regard, ne craignez-vous pas que Pierre Mignoni ait demandé aux Lyonnais de viser Lucas Méret ?

Il a des progrès à faire en défense mais il est courageux. Puis il a des troisièmes lignes, des centres costauds qui sont payés pour ça. Pour être solides dans le premier rideau défensif et pour aider leur dix. Ça n’a jamais été une faille dans notre système et je pense que ça ne le sera pas jeudi. Comme beaucoup d’ouvreurs il est courageux, mais comme beaucoup d’ouvreurs ce n’est pas le meilleur plaqueur de l’équipe. J’ai entièrement confiance en lui.

En cas de victoire le LOU s’envolerait au classement et pourrait logiquement envisager l’accession directe en Top 14. Est-ce, selon vous, une bonne formule et une forme de logique que le premier n’ait pas a disputé de phases finales ?

Demandez aux Montferrandais. Je pense qu’ils préféreraient sûrement cette formule, eux qui finissent souvent premiers de la phase régulière avant de s’incliner en demie ou en finale. (rire) Mais oui cette formule, en tout cas pour le ProD2, me paraît logique. Si Lyon finit en tête du classement, les Lyonnais auront la légitimité pour monter sans qu’on n’ait rien à dire, et je pense qu’on n’aura rien à dire ! Personnellement je trouve logique que l’équipe la plus régulière accède à la division supérieure en fin de saison. Après c’est sympa de se battre à quatre pour la dernière place et de voir que la dynamique d’une saison n’est pas la même que celle d’un match.

Mais est-ce que ça ne peut pas vous pousser à demander à vos joueurs de gérer leurs matchs, afin d’arriver plus frais au moment des phases finales ?

En tant qu’entraîneur de Bayonne, avant de penser aux phases finales, je pense déjà à finir dans les cinq, ce qui ne sera pas chose aisée ! Après, avec mon statut de manager, je peux demander beaucoup de choses à mes joueurs mais pas de gérer. Je veux qu’ils jouent, qu’ils soient généreux. Des fois on sera obligé de renoncer, parce qu’on n’aura pas les capacités physiques ou rugbystiques d’aller accrocher la victoire mais je veux que mes joueurs donnent le maximum à chaque fois. On représente un club, une ville. On fait 10 000 supporters à chaque match. On a fait plus de 14 000 pour le derby, ce qui est exceptionnel en ProD2, donc rien que pour ces gens-là, qui croient en nous, on doit tout donner à toutes les rencontres, et même à Lyon. Et parfois, mais ça, c’est la définition du sport, et bien on perdra. On prendra même parfois des roustes mais il faudra l’assumer jusqu’au bout, mais jamais en expliquant qu’on a géré ou qu’on a renoncé à quoi que ce soit. Propos recueillis par Pierrick Ilic-Ruffinatti.

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