Un champion olympique chez les Bleus

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    Un champion olympique chez les Bleus
Publié le , mis à jour

Sacha Valleau, grand espoir à XV du Stade toulousain, a fait le choix l’été dernier de s’engager avec la FFR pour rejoindre l’équipe de France à VII. Désormais il rêve d’une médaille olympique à Rio accrochée à son cou. Rencontre.

Ce vendredi matin, Sacha Valleau sera peut-être sur le terrain pour l’ouverture de la saison lors du tournoi de Dubaï, première étape du circuit HSBC World rugby sevens series. Une première rencontre face à l’ogre néo-zélandais. À 19 ans, le nouveau venu au sein de l’équipe de France à 7 commence une nouvelle aventure. L’été dernier, il a décidé de répondre favorablement à la proposition du manager Jean-Claude Skrela et de l’entraîneur Frédéric Pomarel. « J’ai eu un choix important à faire, explique-t-il. Un choix de carrière. Jusque-là, j’avais toujours joué à XV et toujours au Stade toulousain où j’ai débuté en benjamin. En fin de saison dernière, je me suis retrouvé avec une proposition super intéressante pour un contrat espoir avec mon club. D’autres clubs m’avaient aussi sollicité. Et de l’autre côté, on me proposait un contrat professionnel avec l’équipe de France à VII. J’ai beaucoup réfléchi, beaucoup discuté avec mon entourage proche. Je savais qu’à Toulouse j’aurais peut-être gratté un peu de temps en jeu en Top 14, mais j’avais envie de tenter l’aventure du VII. Je ne pouvais pas laisser passer cette opportunité. »

Le VII, Sacha Valleau connaissait déjà. Il ne s’est pas jeté les yeux fermés dans l’aventure. Le gamin est posé, réfléchi. Il affiche une assurance et une maturité rare à son âge. « J’ai eu un déclic en m’entraînant avec l’effectif professionnel à 7, je me suis senti progresser, je prends vraiment beaucoup de plaisir, j’ai la banane du début à la fin des séances. Il fallait que je fonce dans ce projet olympique pour ne pas avoir de regret. » Le déclic, il l’a peut-être eu également durant l’été 2014. Nommé capitaine de l’équipe de France à VII olympique, il a décroché à Nanjing (Chine) la médaille d’or des Jeux Olympique de la jeunesse avec ses « frères », comme il les appelle. « C’est un souvenir exceptionnel. J’ai eu en plus la chance d’être porte-drapeau. J’avais des étoiles plein les yeux. Inconsciemment, cela a peut-être joué sur mon choix. »

Sacha Valleau a paraphé un contrat de deux ans avec la FFR, avec pour objectif majeur de participer évidemment à un maximum d’étape du circuit HSBC World rugby sevens series. Mais pas seulement. Son rêve, ce sont les Jeux Olympique de Rio. « Je sais que si la liste des joueurs sélectionnés doit tomber demain, je n’y serais sûrement pas, dit-il en toute lucidité. Mais j’ai un an pour apprendre et faire ma place. J’ai les cartes en mains. Et puis, je n’ai que dix-neuf ans. Aujourd’hui, je m’éclate mais si ça ne marche, je pourrai toujours essayer de revenir à XV. » En attendant, il travaille sans relâche, s’investit, écoute les conseils des anciens. « Le VII, c’est une école formidable, souligne-t-il. C’est un accélérateur de formation. À VII, on ne peut pas se cacher. À XV, tu peux rater un plaquage, il y a souvent un partenaire pour rattraper le coup. À VII, un plaquage raté, c’est essai. D’un point de vue physique comme technique, c’est pour moi une plus-value. » Et d’affirmer encore : « Depuis que je suis là, j’ai déjà progressé. Aujourd’hui, si je dois faire dix passes de suite de vingt mètres, ça passe. Avant, j’en aurais raté quelques-unes surtout côté gauche (rires). » Un constat qu’il a pu faire il y a quinze jours notamment lorsqu’il a participé à un stage de préparation avec l’équipe de France des moins de 20 ans à XV. Il raconte : « J’ai senti la différence. Même sur des actions très longues, je suis encore bien alors qu’à côté de moi, je vois des partenaires fatigués. En fin d’entraînement, il manquait un joueur derrière pour faire l’opposition, je me suis mis au centre (N.D.L.R. : il joue troisième ligne à XV) et je me suis senti à l’aise. »

Évidemment, pour Sacha Valleau, le chemin est encore long. Très long. « Il doit apprendre, juge l’entraîneur de France 7 Frédéric Pomarel. Et pour cela, si je peux me permettre, il doit se faire casser la bouche. Jouer contre les meilleurs. Se faire renverser. C’est ainsi qu’il deviendra un vrai joueur de VII. Mais si on l’a choisi, c’est parce que nous avons jugé qu’il avait toutes les qualités pour réussir. »

À Dubaï, Sacha Valleau ne sera pas totalement dépaysé. Ce tournoi, il le connaît. Il y a deux ans, il y a gagné son premier tournoi de VII avec l’équipe de France des moins de 18 ans. Les Blacks, il connaît aussi. Il en garde d’ailleurs un souvenir mémorable : « C’était lors du Tournoi de Tokyo en fin de saison dernière, raconte-t-il. Mano (N.D.L.R. : Manoel Dall’Igna) s’était blessé et Fred (Pomarel) m’avait dit : allez petit, c’est à toi de jouer. J’avoue, sur le coup, j’avais été impressionné. Être titulaire contre les Blacks, c’est quelque chose quand même. J’étais sorti de là en disant : c’est chaud, ça va à dix mille. À la fin de la première mi-temps, je ne savais plus où j’habitais, ni quelle heure il était. » Et de poursuivre par une anecdote croustillante qui illustre parfaitement ce que peut être le rugby à VII : « Avant le match, je m’étais juré de ne pas regarder le chronomètre tant que je n’étais pas dans le rouge. À l’époque je n’avais pas la préparation que j’ai aujourd’hui. Mais, j’ai fini par regarder car je n’en pouvais plus. Et là, le choc : cela faisait seulement une minute et cinquante secondes que le match avait commencé. Là, j’ai compris que ce n’était pas le même sport. »

Ce vendredi, lorsqu’il s’apprêtera à retrouver les Néo-Zélandais, sans doute aura-t-il en mémoire ce souvenir. Alors il repensera sûrement à ces images, qu’il regardait petit devant la télévision, de Brahim Asloum décrocher une médaille d’or aux JO de Sydney en 2000. Peut-être se rêvera-t-il en Usain Bolt qu’il admire. Probablement aura-t-il une pensée pour son papa Pascal, ancien footballeur professionnel qui l’a toujours encouragé à suivre son propre chemin. Un chemin qui le mènera peut-être jusqu’à Rio.

Arnaud Beurdeley
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