C’était 2015 : Le Stade français champion de France

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Publié le , mis à jour

Meurtri par la désillusion vécue la saison précédente, le Stade français est devenu à la surprise générale, un magnifique « Champion de France » 2015. Retour sur une épopée aussi belle que rafraîchissante.

Qui l’eût cru ? Que les menteurs lèvent le doigts. Et pour cause. Rares étaient ceux, au début de l’exercice 2014-2015, qui auraient parié ne serait-ce que quelques euros sur le Stade français soulevant le bouclier de Brennus le 13 juin 2015. Pourtant, le capitaine Sergio Parisse et ses partenaires ont tout haché sur leur passage au cours d’une phase finale maîtrisée de bout en bout. Les mastodontes du Racing en barrage (38-15), les Galactiques de Toulon en demi-finale (33-16) et donc les volcaniques Auvergnats, maintenus en sommeil et laissés à leurs cauchemars peuplés de finales ratées, n’ont rien pu faire pour endiguer la marche en avant du club de la capitale. Une véritable surprise. Mais pas seulement. L’épopée du Stade français est avant tout une magnifique aventure humaine.

C’est probablement au cours d’une soirée de l’été 2014, sur une péniche privatisée pour les quarante ans de Gonzalo Quesada, que se niche le secret de la réussite parisienne. Flashback. Au terme de cette célébration, le technicien argentin, flanqué de ses adjoints Adrien Buononato et Jeff Dubois, et armé d’un millésime de Bourgogne, se retrouvaient sur le pont à disserter avec ses amis Marc Lièvremont et Didier Retière. Il était question de carrière et d’ambition, du jeu et des hommes. « Mais qu’est ce que vous êtes venus foutre au Stade français ? », lançait alors, taquin, l’ancien sélectionneur des Bleus. Instant de flottement. Silence. « On va être champion de France, Marc », rétorquait finalement Quesada. La réponse de l’Argentin provoquait inévitablement le sourire de l’ancien staff des Bleus. « Si si, je vous jure », reprenait Dubois à la volée. Dans la soirée post-Brennus, Adrien Buononato racontait : « Cette soirée-là fut comme un déclic. En gros, c’était parti ! Restait plus qu’à convaincre les joueurs de leur potentiel ». Antoine Burban confirmera : « Ils sont dingues, ces mecs du staff. Ils ont su nous redonner confiance, nous faire croire que tout était possible. Ils ont su créer cet état d’esprit qui nous a animé durant toute la saison. Toute l’année, ça a vraiment été un bonheur quotidien de travailler tous ensemble. » Jusque dans les toutes dernières heures de la préparation de cette finale, le Stade français a conservé son identité, son esprit bohème, sa joie de vivre. « À l’hôtel, la veille du match, c’était hallucinant, expliquait encore un peu plus tard Burban. Ça rigolait de partout. J’avais l’impression d’être en cadets. C’est ça, le Stade français. » Dans cette douce folie, même le président Thomas Savare quittait sa réserve habituelle. Au soir du sacre, lui l’ingénieur, Centralien, tournait autour du podium central d’une célèbre discothèque parisienne, se déhanchant aux pieds d’un cracheur de feu à demi-nu. L’image avait quelque chose d’irrationnel. Loin, très loin, de son statut de capitaine d’industrie. Son épouse Sylvie, elle, ne quittait pas sa perruque rose, ni sa bonne humeur coutumière. Elle fût d’ailleurs la première à former la haie d’honneur et acclamer les joueurs à leur arrivée au VIP, sur les coups de deux heures du matin. Souvent, la famille Savare est réduite à son portefeuille. Au Stade français, elle est bien plus que ça. Elle s’inscrit, à sa façon, au cœur de cet héritage « guazzinien ». Le secret de la réussite stadiste en 2015, il était donc peut-être-là.

Avant la finale, il y a la saison

Sur le plan sportif, évidemment, rien ne fût simple. Avant d’en arriver à cette marche triomphale durant les phases finales, le Stade français est passé par tous les états. D’abord, Gonzalo Quesada et son staff se sont attachés à redonner confiance à un groupe de joueurs traumatisés par les années de galère. Ensuite, ils ont su offrir à cette équipe une identité, un style de jeu séduisant et efficace. La conjugaison de tous ces paramètres n’a pas tardé à se matérialiser sur le terrain. Dès la première journée du Top 14, les Parisiens ont donné le tempo. Tenez-vous bien. Castres, finaliste 2014 du championnat, vainqueur du bouclier 2013, tombe d’entrée à domicile (nldr : à Béziers en raison de travaux opérés au stade Pierre-Antoine). À cinq reprises, le Stade français s’imposera loin de Jean-Bouin durant la saison. Seulement voilà, le Stade français a, dans le même temps, failli à domicile à trois reprises. Trois défaites qui sont venues parfois remettre en cause la confiance du groupe stadiste. « Ces défaites auraient pu tout remettre en cause, reconnaissait Quesada a posteriori, mais elles sont intervenues à des moments charnières où le groupe n’avait pas toutes ses forces. »

Le véritable tournant de la saison parisienne est intervenu au printemps et s’est déroulé sur la pelouse du Racing-Metro 92 (devenu depuis le Racing 92). Souvenez-vous. Après seulement vingt minutes de jeu, Sergio Parisse écopait d’un carton rouge pour avoir déstabilisé en l’air l’arrière Brice Dulin. L’arbitre vidéo oubliait toutefois de signaler le tirage de maillot entrepris par Bernard Le Roux sur l’international italien. Qu’importe, le mal était fait. Ou plutôt, le bien. En suivant, le Stade français se resserrait autour de ses valeurs et affichait une défense ultra-agressive qui, même en infériorité numérique, étouffait les joueurs de Laurent Travers et Laurent Labit. « On a pris conscience à l’issue de cette rencontre de nos capacités racontera plus tard le troisième ligne Antoine Burban. Gagner au Racing-Metro en jouant à 14 contre 15 durant une heure n’est pas anodin. C’est sûrement ce jour-là que nous avons gagné le titre de champion de France. »

Arnaud Beurdeley
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