La grande crainte de l’après-rugby

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    La grande crainte de l’après-rugby
Publié le , mis à jour

C’est la crainte numéro un des mamans de rugbymen interrogés. Quid du retour à la « vraie vie « une fois la carrière finie ?

« Ce qui me fait peur, c’est l’après. La chute va être brutale. Du jour au lendemain, tout s’écroule, tu deviens quoi ? ». Guylène Panis exprime une préoccupation largement partagée. Son fils Laurent Panis est un jeune talonneur. Il vient de signer son premier contrat espoirs au Stade français. « Je dis tout le temps à Laurent : « Garde bien les pieds sur terre. ». Dany Rabadan, la mère du joueur emblématique du club parisien Pierre Rabadan, passait le même message à son fils : « Pierre avait démarré très fort dans le rugby. À la suite d’une première grosse blessure, nous avons bien compris qu’on peut très vite devenir un joueur dont on parle, mais ça peut s’arrêter tout aussi vite. » Maryline Mignot estime que sa fille Gaëlle, capitaine du XV de France féminin « a conscience qu’un jour elle ne sera plus sur le devant de la scène. ».

Une bulle privilégiée

D’autant plus que le monde du rugby professionnel paraît à plusieurs de ces mamans évoluer dans un certain décalage avec la réalité. « Ils sont portés aux nues. Ce n’est pas la vraie vie », souligne Marie-Ange Chalureau, mère de Bastien, deuxième ligne à l’Usap. « La vie de rugbyman est dure mais c’est aussi une bulle très privilégiée lorsque le sportif est en phase ascendante, remarque Dany Rabadan. J’en ai vu quelques-uns avoir beaucoup de mal à oublier cette famille. » L’argent pose également question. Le salaire moyen en Top 14 étant dix fois supérieur au smic. « C’est un sport où ils gagnent bien leur vie assez jeune. Comment vont-ils gérer tout ça ? En tant que parents, nous avons un peu d’appréhension, même si comme tout parent, il faut les lâcher à un moment donné », déclare Corinne Bezy, maman de Nicolas (Brive) et Sébastien (Stade toulousain).

« Le rugby, c’est bien joli… »

C’est pourquoi l’apprentissage d’un métier, des études, sont pour ces mamans un viatique indispensable à l’après-rugby. Ici comme ailleurs, c’est passe ton bac d’abord. « Le rugby, c’est bien joli, mais quand ça s’arrête, il faut qu’il ait un métier entre les doigts », rappelle Marie-Ange Chalureau. Son fils Bastien a réalisé plusieurs formations et se forme encore aujourd’hui. Corinne Bezy abonde dans le même sens : « Pour nous, il était important que Sébastien et Nicolas aient leurs diplômes. » Quitte à prendre davantage de temps pour décrocher un diplôme universitaire et technologique pour l’un, une licence universitaire pour l’autre. « Le monde professionnel est de plus en plus compliqué, mais quand vous êtes armé de diplômes, c’est mieux, confie Dany Rabadan. J’ai souhaité que Pierre obtienne son bac avant de partir pour le Stade français. Puis j’ai tenu à ce que mon fils poursuive des études, mais il était déjà conscient de cette nécessité. »

Les filles déjà dans l’après

Chez les filles, encore dans un monde amateur, avoir un emploi est une nécessité : « L’objectif c’est d’avoir un métier, quelque chose à faire. Car le rugby ne permet pas de gagner sa vie », souligne Gaëlle Mignot, qui occupe la profession d’éducatrice sportive au MHR. Selon sa mère Maryline, ce contact avec le monde professionnel « normal » est indispensable : « Cela lui fait du bien de revenir dans la vie réelle. » De manière plus globale, Guylène Panis, mère de Laurent, talonneur espoir au Stade français, pointe un certain retard sur le sport dans l’hexagone : « Mon fils suit une formation dans une école de commerce mais il ne peut pas faire des études poussées en faisant du rugby professionnel, malheureusement. En Angleterre, ils ont une culture différente avec des structures qui permettent que les gamins s’entraînent et se forment. »

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