Guy Novès : «Se concentrer sur le contenu...»

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    Guy Novès : «Se concentrer sur le contenu...»
Publié le , mis à jour

Guy Novès, l’homme fort des Bleus entend maintenir le cap de son projet de jeu ambitieux. Pour lui, le seul espoir est d’être conquérants à moyen terme.

Après cette ultime rencontre face à l’Angleterre, vous affirmiez regarder le contenu plutôt que les résultats…

(il coupe) Ce n’est pas que je m’échappe ! Les résultats ne me satisfont pas, bien évidemment. Mais dès le début, j’ai beaucoup plus parlé du contenu que des résultats. Je reste convaincu qu’il faut se concentrer sur le contenu pour avancer et non pas changer notre fusil d’épaule en fonction des résultats. Nous ne le ferions que si nous sentions un réel échec, si les choses ne prenaient pas et n’avançaient pas. Avec beaucoup d’humilité, j’ai vraiment la sensation que du premier au dernier match, il y a eu une véritable évolution. Les joueurs se sont appropriés le projet de jeu. Je ne dis pas qu’ils sont aujourd’hui comme des poissons rouges dans un bocal mais on les sent de plus en plus à l’aise, entreprenants. Même si les trois derniers matchs sont trois défaites. J’ai tout de même une vision d’une progression constante.

Dans quelle mesure cette posture, celle du contenu plutôt que du résultat, est-elle tenable pour vous à moyen terme ?

Pour la faire valider par le plus grand nombre et à commencer par le grand public, il faut que les résultats arrivent. C’est une certitude. Mais en tant que manager, je prends le problème à l’envers et je me dis que c’est la maîtrise de notre projet de jeu qui amènera les résultats. Je vais peut-être décevoir du monde mais je resterai fidèle à mon projet parce que ce rugby-là, j’y crois. Jeff (Dubois) et Yannick (Bru) aussi. D’autres ont été fidèles à des contenus différents, ça ne les a pas empêchés d’être en échec ! Permettez-moi d’être fidèle au mien qui, au moins, procure visiblement un certain plaisir malgré les résultats. Franchement, j’ai envie de vous dire que toute façon, je ne sais pas faire autre chose. Mais je suis surtout certain que le rugby d’avenir passe par cette ambition. Mais cela ne m’aveugle pas. Si ce rugby-là n’est pas servi par des fondamentaux rigoureux comme une bonne touche, une bonne mêlée ou une défense agressive, nous pourrons proposer le rugby le plus ambitieux du monde, on se plantera ! Je le sais. Le chantier est énorme.

Le principal défi de l’équipe de France, aujourd’hui, est-il celui du temps ?

Je ne veux pas me réfugier derrière le temps. Mais bien sûr que c’est une composante qui pèse beaucoup. Lors du premier match face à l’Italie, nous avons disposé d’un jour et demi d’entraînement. C’est évidemment très peu. Contre l’Irlande, je nous ai trouvés bien mieux organisés. Nous réglons les problèmes de défense mis à jour face à l’Italie. Nous leur faisons mal, je pense même que nous les avons mâchés physiquement. Puis les joueurs sont repartis en club pour une semaine et ont perdu quelques repères. C’est une gymnastique très particulière qui provoque des retards. Je savais cette contrainte, ce n’est pas une complainte de ma part. Juste une constatation. Mais je sens notre progression. Nous maîtrisons mieux les situations de jeu. Nous avons joué avec plus d’alternance le dernier match, en conservant notre volonté de porter la balle. Le déplacement des joueurs se faisait dans des zones plus précises.

Au travers de ce projet de jeu, la réconciliation entre cette équipe et son public est-elle, finalement, la véritable réussite de ce Tournoi ?

C’est surtout une question d’attitude. Le jeu est très important, mais la communion entre ce public et cette équipe, c’est surtout parce qu’elle est valeureuse sur le terrain. Elle ne craque que quand elle n’en peut vraiment plus, ce qui nous permet de n’être pas si loin de nos adversaires, y compris d’une équipe qui vient de remporter le grand chelem. Cela, c’est une petite forme de fierté. Et le public le ressent. Cette communion, ces gens qui soutiennent leur équipe dans les moments les plus critiques, cela me plaît. Je remarque que le public anglais chante quand son équipe vient de marquer, en forme de récompense. Samedi, j’ai vu un public chanter dans les moments durs, quand on avait besoin de lui. Je trouve cela un peu plus marquant.

D’où cette idée de réconciliation…

Ça, je n’en veux pas. Je ne fais aucune référence à ce qu’il s’est passé hier. Je m’en fous, cela ne m’intéresse pas du tout. Même si sur le fond, cela existe, je ne peux pas en porter tout l’héritage.

Vous avez utilisé 34 joueurs. Dans quelles proportions souhaitez-vous ouvrir ce groupe ?

Je ne l’ai pas arrêté numériquement. Mon idée, c’est d’avoir le minimum de joueurs. Par de principe. Nous n’avons pas beaucoup de temps, je l’ai déjà dit. Si je prends des joueurs nouveaux, ils vont repartir à zéro par rapport au projet de jeu. Nous allons retrouver les mêmes problèmes d’adaptation et nous allons repartir en arrière. C’est une perte de temps. La tournée argentine va nous inciter à prendre des joueurs nouveaux puisque certains seront bloqués par leur club. Les objectifs de cette tournée seront adaptés puisqu’il n’y aura pas de travail dans la continuité. Nous allons déjà repartir en arrière. Cette tournée servira donc à évaluer de nouveaux joueurs, par la force des choses. Ensuite, on restreindra.

Vous avez choisi d’effectuer beaucoup de turnovers dans ce Tournoi, d’un match à l’autre. Est-ce une politique appelée

à durer ?

Cela dépend des postes. Certains sont durs et la rotation y est nécessaire. Il y a aussi l’adaptation au profil de jeu de l’adversaire. Je parlerais là d’un turnover intelligent. Mais nous le ferons avec parcimonie, c’est certain. Là-dessus, il y aura du changement. La revue d’effectif va ralentir.

La tournée en Argentine ne revêt-elle pas déjà une forme d’urgence, avec le classement World Rugby qui décidera des chapeaux pour le tirage au sort de la prochaine Coupe du monde et pour laquelle la France, actuellement 8e, est sous la menace de se retrouver dans le chapeau 3 ?

Je ne veux pas me bloquer avec ça. Ce serait freiner nos ambitions d’évolution dans le jeu. On chercherait le résultat à très court terme mais nous ralentirions nos résultats à long terme. Je le répète, je veux être fidèle à nos notions actuelles de jeu, qui nous semblent être les mieux adaptées pour prétendre rivaliser au plus haut niveau. Si on gagne une place au classement mais qu’on ne progresse absolument pas dans notre jeu, cela ne m’intéresse pas. Ce serait la meilleure manière de mourir.

Potentiellement, croyez-vous que ce groupe de joueurs que vous dirigez depuis cinq matchs peut rivaliser, à moyen terme, avec l’Angleterre ou les grandes nations du Sud ?

Cette question me fait plaisir, puisqu’elle induit que nous rivalisons déjà avec le pays de Galles, l’Écosse ou l’Irlande, ce que je m’évertue à répéter après ce premier Tournoi. (il rit) Pour répondre à la question : oui, je pense que cette équipe, renforcée par deux ou trois éléments supplémentaires qui auront leur mot à dire, aura la capacité de rivaliser avec les meilleures nations. Que ce soit l’Angleterre, qui ne nous a pas surclassés samedi, ou les nations du Sud.

À quel poste cherchez-vous à renforcer particulièrement votre groupe ?

Je ne vais pas trop en dire. Mais déjà, il y a 63 % de joueurs étrangers dans le championnat français. Donc il reste seulement 37 % de Français. Entre les très vieux, que nous ne considérons plus sélectionnables, et les très jeunes qui doivent encore apprendre, il ne reste plus un choix immense…

Léo Faure
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