Les Tigres vus de Paris

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L’ancien directeur du centre de formation du Racing 92, Adrien Buononato, aujourd’hui adjoint de Gonzalo Quesada au Stade français,a affronté Leicester à trois reprises cette saison. Il décrypte ici les forces et les faiblesses des Tigres.

Ayerza, le maillon faible ?

De prime abord, la mêlée de Leicester n’est pas des plus impressionnantes. En quart de finale, le Stade français a longtemps pris le dessus sur les Tigres dans ce secteur de jeu. Durant les vingt premières minute, trois mêlées se sont disputées pour une même conséquence : pénalité pour le Stade français. à chaque fois, le même scénario. Le gaucher Ayerza s’est retrouvé au supplice de Rabah Slimani, contraint de s’enrouler vers l’intérieur pour pousser vers le talonneur. « On avait vu qu’il refusait le combat frontal, confirme Adrien Buononato. Ça s’est vérifié. Seulement, Nigel Owens avait prévenu que si la balle était jouable, il laisserait jouer le ballon. Du coup, après trois pénalités contre le même joueur, on pensait qu’il aurait sévi plus fortement. » Las, l’arbitre gallois ne l’a pas fait et a effectivement souvent ordonné de jouer le ballon dès lors qu’il se trouvait dans les pieds du troisième ligne centre. En revanche, à droite Dan Cole ne s’est pas du tout montré dans ce registre. Dès lors qu’il parvient à s’allonger, Cole pousse dans l’axe. « Lui, ce n’est pas le genre à tricher », juge Buononato. Le jeune Géorgien Zhvania a su le contrer, en réduisant souvent l’espace avant l’impact. Une piste à suivre pour les Racingmen mais ce n’est pas la seule. Les Tigres de Leicester ont cette culture qui pousse les troisième ligne aile — en l’occurrence Fitzferald et O’Connor — à rester liés jusqu’à la fin de l’épreuve de force. « Ils n’hésitent pas lorsque leur pilier est un peu en difficulté à venir pousser un peu dans les côtes du pilier adverse. Ça nous a parfois surpris et mis en difficulté car une fois le ballon sécurisé dans les pieds de Sergio (Parisse), on s’est relâché et on a subi une fois ou deux la deuxième poussée de Leicester. » Nul doute que cela n’aura pas échappé à Laurent Travers. Et si le Racing reste vigilant sur ces éventuelles deuxièmes poussées, la volonté des flankers de Leicester à rester collés à leur pilier peut ouvrir des espaces intéressants, ce dont n’avait pas réussi à profiter le Stade français.

Kitchener fait la cuisine en touche

Selon les statistiques, une équipe perd en moyenne 10 % de ballon en moins en Coupe d’Europe qu’en Top 14. La raison ? Sans doute y a-t-il une vitesse d’exécution et une maîtrise plus grande qu’en championnat. Ce fut vrai pour les Tigres en quart de finale contre les Parisiens. Et dans ce registre, Graham Kitchener est clairement le maître de l’alignement, le roi des airs dans les Midlands. Avec ses 198 centimètres, il régente tout : les annonces en attaque, le contrôle du contre en défense. Et c’est lui, le plus souvent, qui est visé par le lanceur. Sur sept lancers gagnés (pour un perdu) contre le Stade français, Kitchener s’est trouvé quatre fois à la réception du lancer. « On l’avait identifié avant la rencontre, souligne Buononato. Mais ils n’ont pas beaucoup joué le contre. Nous avons perdu qu’un seul ballon, mais il était important à dix mètres de leur ligne. Et ce n’est pas dû à un contre de Leicester mais à une erreur de notre part. »

Les Tigres déplument les cocottes

Inutile de présenter la qualité du Racing 92 sur les ballons portés. Ce secteur de jeu est quasiment devenu une marque de fabrique. Ça tombe bien car dans ce secteur, Leicester est armé en défense. « Les Anglais sont bien organisés, juge Buononato. En fait, ils acceptent de perdre un peu de terrain, mais ils parviennent presque tout le temps à s’infiltrer et à venir tuer le ballon. Ils sacrifient un peu de terrain, mais derrière ils récupèrent le ballon ou une mêlée. En fait, ils sont moins inquiets que nous lorsqu’ils reculent sur ce type d’action. Et ils sont très peu sanctionnés sur les ballons portés de l’adversaire. Aucune pénalité pour nous sur nos ballons portés alors que nous les avons testés dans ce domaine. » Et l’adjoint de Quesada de conclure sur le sujet : « Le Racing, qui est très puissant dans ce secteur de jeu, posera plus de problèmes à Leicester.»

Youngs, un poison

dans la zone d’affrontement

Il est certainement le joueur le plus pénible à surveiller. Le demi de mêlée Ben Youngs est un poison pour les défenses. « Il porte le ballon un peu en travers pour obliger un joueur de la ligne à sortir, souligne Buononato. Et dès qu’un défenseur sort de la ligne c’est fini. L’espace est ouvert et il s’engouffre dedans. » C’est pourquoi il y a toujours un des deux ailiers Goneva ou Veianu qui traîne dans l’axe des zones de combat au sol pour offrir une solution à l’intérieur de Youngs. Et l’adjoint de Quesada d’insister : « Il faut savoir être patient et ne pas être naïf pour ouvrir une brèche. »

Un plan anti-Tuilagi ?

Il est considéré comme l’arme fatale des Tigres. Celui qui permet de jouer constamment dans l’avancée, celui à qui on donne le ballon quand les solutions font défauts. Paradoxalement, en quart de finale contre le Stade français, Manu Tuilagi s’est révélé d’une extrême discrétion. La raison? « Ils ont eu très peu de ballons propres pour leurs lancements, explique Buononato. Ils ont joué sur nos fautes. En revanche, il est, avec Betham (le deuxième centre, N.D.L.R.), très efficace en défense, notamment sur les troisième ou quatrième temps de jeu en retour de zone large. Ils anticipent la montée défensive. Ces deux-là lisent très bien les structures offensives adverses. À plusieurs reprises, ils ont d’ailleurs pris nos joueurs en même temps que le ballon. Jules (Plisson) s’est fait prendre de cette façon, Morné (Steyn) et Rabah (Slimani) aussi. Et on a pris deux essais en contre sur ce genre d’action alors que nous avions l’initiative. » Parce que la force de Leicester se situe finalement dans cette complémentarité dans la ligne de trois-quarts. Grâce aux deux centres qui pressent énormément en défense, les ballons de récupération sont légions et très bien exploités par le triangle du fond Goneva-Tait-Veainu. Les deux ailiers ont d’ailleurs inscrit trois des cinq essais anglais sur des ballons de récupération. à méditer…

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