Servat : «Heureux de prolonger avec mon club»

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    Servat : «Heureux de prolonger avec mon club»
Publié le , mis à jour

Après la démonstration de force de ses hommes à Nice, William Servat, l’entraîneur des avants du Stade Toulousain se livre à cœur ouvert au sujet de sa prolongation de contrat pour les deux prochaines saisons, de l’avenir du club et de sa volonté de miser sur la notion de transmission entre les générations.

En battant Toulon pour la deuxième fois cette saison, votre équipe s’est relancée dans la quête d’un barrage à domicile. Un succès qui doit beaucoup à votre conquête et notamment à votre mêlée, qui a contraint Bernard Laporte à changer ses piliers dès la 27e minute. Aviez-vous particulièrement ciblé ce secteur ?

Nous n’avons pas bouleversé nos habitudes parce que nous affrontions Toulon. La séance de mêlée collective a eu lieu comme toutes les semaines le mardi, comme d’habitude… En revanche, nous rajoutons à cette séance beaucoup de travail individuel, notamment avec les plus jeunes comme Cyril Baille, Dorian Aldegheri, Julien Marchand ou Christopher Tolofua. Et ce travail commence à porter ses fruits.

On avait cru comprendre que Thierry Dusautoir avait déclaré forfait après une séance de mêlée. Cela ne signifie-t-il pas que vous ayez travaillé plus que d’habitude ce secteur ?

Non, Thierry avait simplement mal au pied du fait de sa blessure (fracture d’un os sésamoïde du pied, N.D.L.R.). Au bout de sept ou huit mêlées d’affilée avec le pied replié en appui, sa douleur s’est réveillée, tout simplement. Mais il ne devrait plus tarder à revenir.

À vous écouter, on ne ressent pas plus de fierté que cela à avoir bousculé sur son point fort le triple champion d’Europe sur ses terres…

Bien sûr que cela fait plaisir de voir l’équipe performante en mêlée, et prendre le dessus de la sorte. D’après ce qu’on m’en a dit, certains se sont interrogés jusqu’au bout si nous allions pouvoir conserver le bonus défensif, même lorsque nous menions 12 à 3… Par rapport à ceux qui ne croient pas en nous ou en notre travail, c’est un sentiment particulier, bien sûr. Lorsque le travail est récompensé, ça fait du bien au moral.

Voulez-vous dire que votre équipe a été vexée par les critiques, ou par le fait de ne plus être considérée par le grand public comme un des gros bras du championnat ?

Au Stade, nous sommes habitués… Quand on parle de l’équipe, c’est soit pour l’encenser, soit pour la mettre plus bas que terre. Il me semble qu’un juste milieu doit exister, même si je sais bien que cela permet de vendre du papier…

Vous parliez tout à l’heure de juste milieu concernant le niveau actuel du Stade. Où résiderait-il, selon vous ?

Je pense que nous sommes à peu près à notre place au classement. Nous ne sommes pas dans le ventre mou, comme certains semblent le penser. Nous allons probablement participer aux phases finales, avec l’ambition en cette fin de saison d’aller chercher un quart de finale. Ce n’est pas si mal…

En ce qui vous concerne, le sujet de votre prolongation demeure flou. Serez-vous Toulousain la saison prochaine ?

Il y a eu quelques discussions qui ont un peu traîné en longueur, mais oui. J’ai prolongé de deux saisons avec le Stade toulousain, avec des prérogatives différentes, notamment dans le secteur de la mêlée. L’objectif serait de créer une culture toulousaine de la mêlée, au niveau du club en général. La mêlée est un exercice très spécifique qui ne se travaille pas qu’à huit. Au-delà de l’effort collectif, il y a également tout un travail individuel à fournir en termes de liaisons, d’attitudes, qui ne peut pas être laissé au hasard quel que soit le poste. Je suis très heureux de poursuivre ma carrière en demeurant fidèle à mon club de toujours.

Même s’il échoue depuis quatre ans dans la quête d’un titre…

Oui, le club stagne un peu depuis quatre ans. Mais ce n’est pas non plus un hasard. De nombreux joueurs importants ont arrêté ces dernières années, comme Yannick Jauzion, Jean Bouilhou, Jean-Baptiste Poux… On ne s’en relève pas en claquant des doigts. Mais entre-temps des joueurs sont arrivés, d’autres arriveront l’an prochain tandis que d’autres comme Florian Fritz, Gillian Galan ou Jean-Marc Doussain restent au club, et continuent à transmettre ses valeurs à d’autres générations. Et je ne parle pas de joueurs comme Thierry Dusautoir ou Patricio Albacete, qui ont beaucoup donné à ce club et continueront à se battre. Je mentionnerai aussi la montée en puissance d’un garçon comme Joe Tekori, qui a mis du temps à prendre ses marques mais est aujourd’hui vraiment devenu Toulousain, un joueur important dans le vestiaire. Tant que le Stade toulousain disposera de joueurs de valeurs de la sorte, nous essaierons de nous en sortir.

Au sujet de la future génération, un joueur comme Louis Picamoles évoluera à Northampton la saison prochaine, ou Christopher Tolofua aux Saracens. Forcément préjudiciable pour l’avenir, malgré tout…

Peut-être que Christopher n’est pas encore parti aux Saracens… (sourire) C’est vrai que samedi, il s’est avéré très performant. Dans tous les secteurs du jeu, il a répondu présent. Il n’y a pas de secret : il bosse ! Lui aussi fait partie de ceux qui consentent à un lourd travail individuel toutes les semaines… Après, pour répondre à votre question concernant Louis, il est évidemment douloureux de voir partir un élément comme lui. Il a des qualités qui le rendent hors-norme, et cela conjugué à l’état d’esprit ultra-positif qu’il nous démontre, ce sera très difficile de se passer de lui. Mais tout le monde a bien compris les raisons de son départ, et il n’y a pas d’autre choix que de s’y résoudre.

Les « anciens » comme Census Johnston, Grégory Lamboley ou Imanol Harinordoquy ont également pesé sur la rencontre. Mais leur fraîcheur ne doit-elle pas justement beaucoup à cette jeunesse toulousaine, qui leur a permis de mieux récupérer en cours de saison ?

Bien sûr. Dorian Aldegheri devait quitter le club pour aller à Carcassonne l’an dernier, heureusement que nous avons pu le retenir. Avec des garçons comme Cyril Baille ou Julien Marchand, cette jeunesse se donne les moyens de réussir. Christopher Tolofua était physiquement prêt un peu plus tôt qu’eux, il est désormais mature. On peut également évoquer Yacouba Camara, qui s’est malheureusement blessé mais demeure le joueur d’avenir du Stade toulousain, de par ses qualités d’homme et de rugbyman. Avec eux, le meilleur est à venir, d’autant que d’autres pointent le bout du nez.

Justement, en fonctionnant de la sorte, le Stade se condamne à attendre avant de toucher son meilleur rendement. Déplorez-vous cet anachronisme au niveau du Top 14, ou cela constitue-t-il un motif de fierté ?

Oui, nous sommes très fiers de sortir des jeunes issus de la formation du club ! Comme nous ne disposons pas de mécène, il nous est difficile de nous positionner sur les numéros un mondiaux dès lors que leurs CV arrivent sur le marché du Top 14. Toulouse peut s’appuyer sur de très gros partenaires dont je suis persuadé qu’ils peuvent à tout moment lui venir en appui du club, mais en attendant, il faut bien trouver des solutions pour fonctionner. Notre dernier titre remonte à 2012, il y a eu un changement d’ère. Après le changement de staff, il y a eu un peu d’inertie dont il nous faudra peut-être encore une ou deux saisons pour ressortir. La transition n’était pas facile et ne permet pas de se montrer efficace tout de suite. Il faut juste que tout le monde en ait conscience, dans l’entourage proche ou même à l’intérieur du club, afin que tout ne soit pas remis en question à la moindre contre-performance. Comme au moindre succès, d’ailleurs…

À ce titre, au-delà de la formation, le Stade s’applique à restaurer hors du terrain des liens entre les générations. Notamment sous votre influence, paraît-il…

C’est un peu vrai… (rires) J’ai organisé une journée à la chasse avec beaucoup d’anciens mélangés aux plus jeunes (lire ci-contre). Cela permet d’échanger, de recréer des liens entre les générations. Depuis, certains anciens reviennent manger avec nous, assistent à certains entraînements… Je suis persuadé que cela contribue à notre différence et à faire du Stade un club unique au plus haut niveau. Quand on parle d’ADN d’un club, il me semble que ce n’est pas mal…

Nicolas Zanardi
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