Arrière intercalé, mode d’emploi

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    Arrière intercalé, mode d’emploi
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Face à des défenses toujours plus agressives et organisées, le simple intercalage de l’arrière dans la ligne d’attaque ne suffit plus. Mais son rayon d’action n’en n’est pas pour le moins pas limité...

Qui ne se souvient des courses fulgurantes de Pierre Villepreux qui, au début des années 70, affolait les défenses en jaillissant dans la ligne d’attaque pour profiter du moindre intervalle laissé par la défense ? Cette époque est malheureusement révolue, ou presque, tant ces fameux espaces sont devenus rares: «Les défenses sont si agressives et rigoureuses que le simple fait de s’intercaler dans la ligne ne suffit plus à l’arrière de créer un déséquilibre. Aujourd’hui, une grande majorité des espaces sont fermés en bout de ligne. Du coup, il n’y a pas vraiment d’espace entre le centre et l’ailier», note Nicolas Leroux, l’ancien arrière très offensif du Racing et de Brive. Pour autant, d’autres zones sont laissées libres: «après l’ailier, par exemple, ou tout simplement derrière, sur le deuxième ou le troisième rideau, des zones qui sont sous-utilisées. De fait, l’arrière doit aujourd’hui apporter de la diversité dans le jeu, de l’alternance grâce à son jeu au pied.» Car certes, si les premiers rideaux sont toujours plus denses (cf. la finale de Coupe d’Europe et la défense des Saracens qui avait pris le parti de laisser un mininum de joueurs dans les rucks pour privilégier la redistribution défensive, en fait foi), le rugby se joue toujours à quinze. Par conséquent, les arrières modernes doivent être capables d’intervenir au dernier moment pour porter le ballon là où l’adversaire n’est pas. 

Une question de profil d’arrière

Bien sûr, cela ne veut pas dire que les autres zones ne sont plus exploitables. En réalité, tout dépend des profils des joueurs qui composent la ligne de trois-quarts, et de leur points forts: «Si l’on dispose de centres très physiques, capables de jouer dans la défense, un arrière du profil de Scott Spedding, grand et puissant pourra tout à fait se frayer un chemin dans la défense. D’autres arrières, plus créateurs comme Brice Dulin ou même Johann Goosen, quand il évolue à ce poste, vont préférer prendre davantage de profondeur et travailler sur la finesse des angles de courses afin de contourner.Associé à des centres plus créateurs, qui vont travailler les défenseurs avec leurs appuis, ce type d’arrière peut rester davantage en retrait et jaillir quand il voit la fracture apparaître », ajoute Leroux. Dans tous les cas, les arrières concernés seront avisés de prendre les informations nécessaires sur la défense: «avant de se proposer, il devront identifier le comportement de la défense: si elle monte fort, si elle glisse... Cela déterminera leur placement et la profondeur qu’ils devront prendre.»

Si les prérogatives des arrières sont plus limitées qu’auparavant sur les lancements en première main, celles-ci ont été en revanche élargies sur les ballons de récupération, lesquels sont aujourd’hui clairement les meilleures munitions à exploiter. De par son positionnement au fond du terrain, l’arrière est le mieux placé pour  évaluer la situation globale, mesurer la densité du premier rideau, ainsi que la couverture du fond de terrain adverse. C’est probablement là que l’arrière peut causer le maximum de dégâts dans les défenses, comme l’indique l’arrière oyonnaxien Florian Denos: «Une ou deux passes après le turnover, l’arrière qui vient du fond du terrain a eu le temps d’anlyser la situation, repérer les points forts et points faibles de l’adversaire. Il remplit alors le rôle de second ouvreur.» Que les nostalgiques de l’époque Villepreux se rassurent, le poste d’arrière est toujours aussi riche.

Simon Valzer
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