L’équation surprise

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    L’équation surprise
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Toulon - Confronté à la convocation de Duane Vermeulen avec les Boks, le RCT se retrouve affaibli au plus mauvais moment à un poste crucial. Qui pour remplacer le Sud-Africain ? Éléments de réponse.

Les malheurs de Toulon, épisode 26. Après avoir brisé Halfpenny, Mitchell, Manoa, avoir terrassé Paul O’Connell et s’être acharné sur les adducteurs de Matt Giteau, les Dieux du rugby ont rapatrié Duane Vermeulen au plus inopportun des moments. À moins d’un revirement, le Sud-Africain devrait quitter le Var en cette fin de semaine pour rejoindre sa sélection, article 9 oblige. Le RCT se retrouve soudainement privé de son meilleur joueur de la saison, son fer de lance et son assurance tous risques, à l’approche des phases finales. « Son activité et sa régularité sont remarquables et tellement précieuses pour l’équipe, nous déclarait Jacques Delmas après le match à Agen, au moment où l’hypothèse de son départ pour les test-matchs de juin avait surgi de nulle part. Il ne cesse de m’épater, match après match. Il nous met constamment dans l’avancée, remporte le moindre de ses duels, joue juste balle en main… Et en défense, il est très efficace dans les plaquages et dans le jeu au sol. Il apporte même sa réflexion lors de la préparation des rencontres : il analyse, soumet des idées… C’est un bonheur de joueur complet. » L’élogieux portrait brossé par Bernard Laporte lors de l’arrivée du Mondialiste avait, semaine après semaine, pris forme sur le terrain : « Duane est un joueur énorme et complet. Un combattant qui plaque, gratte, porte le ballon. C’est du très haut niveau. » À Montpellier, dimanche, le Springbok a remporté la bataille des géants en dominant ses adversaires physiquement et en enchaînant les actions positives sans sourciller.

Ollivon forfait, Armitage favori

Son absence imprévue place l’encadrement varois face à une équation inattendue : qui pour remplacer le colosse de Nelspruit au cœur de la troisième ligne ? Ou plus exactement comment tenter de compenser du mieux possible l’improbable doublon ? Sur le papier, une évidence s’impose : elle est nommée Charles Ollivon. Le Basque d’origine, numéro 8 de formation, est resté, des mois durant, dans l’ombre, cet hiver, avant de revenir dans la lumière à Lille puis à Colombes en quart de finale de Coupe d’Europe. Mais l’international a, depuis, subi une opération de l’épaule droite, avec la pose de vis. Son retour à Agen a de nouveau laissé entrevoir son immense talent, sa panoplie technique mais aussi sa fragilité physique. De nouveau touché, il n’est pas opérationnel pour la réception de Bordeaux-Bègles et reste incertain pour les phases finales. Avec la convocation de Duane Vermeulen, une formidable opportunité s’offre à l’international français. Ne pas pouvoir la saisir constituerait un véritable crève-cœur.

Pour cette dernière journée de la saison régulière, l’encadrement doit choisir entre Steffon Armitage, régulièrement décalé à ce poste, et Samu Manoa, uniquement utilisé en deuxième ligne par le RCT et tout juste revenu de blessure après trois mois à l’infirmerie. En milieu de semaine, l’Anglais était fortement pressenti pour prendre le relais du Sud-Africain. Son dynamisme, ses aptitudes de gratteur et sa couverture de terrain constituent de solides arguments en sa faveur : face à une équipe bordelaise sans nul doute décomplexée et animée par un désir de mouvement, ces qualités peuvent se révéler bienvenues. Samu Manoa, considéré comme un des numéros 8 les plus performants du championnat anglais avec Northampton, reste une alternative envisageable et intéressante pour l’avenir. L’Américain présente un profil diamétralement différent avec son redoutable rapport vitesse-puissance, son agilité balle en main et sa grande taille. En phases finales, il pourrait être sollicité en troisième ligne centre si le défi physique l’impose.

Sans son Springbok, référence mondiale, sous la main, le RCT possède des plans B, C et D pour le moins viables. Pour autant, il y perd dans tous les cas en termes de profondeur, d’expérience et de maîtrise. Le triple champion d’Europe n’aura décidément jamais été épargné cette saison avec une succession de pertes et fracas en tous genres. Des problèmes de riches, peut-être. Mais de sacrés soucis, tout de même, à l’heure de se lancer à la conquête du Bouclier.

Vincent Bissonnet
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