Où sont passés nos drops : Wisniewski, le grand témoin

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    Où sont passés nos drops : Wisniewski, le grand témoin
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L’ouvreur de Grenoble apprécie ce geste, qu’il décrit de fondamental dans le rugby d’aujourd’hui.

Les meilleurs « dropeurs » ne comptent que deux réalisations sur toute la saison. Comment expliquez-vous cette frilosité soudaine ?

J’ai l’impression que le premier facteur est culturel. Il me semble que les jeunes joueurs n’ont plus vraiment cette culture du drop. C’est pourtant un geste décisif, qui a de grandes conséquences sur le mental des deux équipes. Encaisser un drop est particulièrement frustrant, tandis qu’en passer un donne de la confiance au buteur et récompense les avants. En France, on a tendance à voir le jeu au pied comme le fait de rendre le ballon à l’adversaire, alors qu’il peut être une excellente arme offensive. Le Top 14 est un championnat relativement fermé, où 80 à 90 % des touches sont suivies par des ballons portés, lesquels deux tiers débouchent sur une pénalité… Et généralement, les équipes préfèrent tenter d’aller à l’essai plutôt que de prendre les trois points. Cela n’encourage pas vraiment à en taper. Les entraîneurs ont également une part de responsabilité : peut-être qu’ils ne sont pas favorables aux drops. Certains le sont pourtant : quand j’étais au Racing 92, Pierre Berbizier refusait que nous fassions plus de trois ou quatre temps de jeu dans les 22 mètres adverses. Si nous ne marquions pas, j’avais pour consigne de tenter le drop. Résultat, j’ai dû en passer 16 ou 17.

 

Les défenses toujours plus agressives et organisées sont-elles un autre facteur ?

Oui, mais justement ! Face à des défenses toujours plus performantes, on devrait opter plus souvent pour le drop, qui permet de marquer sans avoir à franchir ! Mais bon, certains trouvent cela frustrant de ne récolter que trois points après treize temps de jeu…

 

Quand faut-il y avoir recours ?

Il y a deux possibilités : soit on le tente dans une situation où il y a beaucoup de rythme, où les avants parviennent à enchaîner les temps de jeu devant mais sans vraiment franchir. Dans ce cas-là, il faut conserver le rythme du jeu, et le taper dans la foulée pour prendre la défense de vitesse. À la rigueur, on peut cacher le drop en faisant une feinte de passe et en changeant au dernier moment. Le second cas de figure, c’est quand le jeu est plus lent. Là, l’ouvreur devient une cible. La défense est dans les starting-blocks, et on peut vite se retrouver sous pression. Il faut alors bien se placer, dans l’axe du ruck est légèrement sur le côté pour allonger au maximum la course du défenseur qui va monter et prendre suffisamment de recul pour se donner du confort.

 

Quelles sont les clés d’un drop réussi ?

 Le relâchement, le positionnement des épaules qui doivent être de trois-quarts par rapport aux poteaux… IL ne faut jamais lâcher le ballon des yeux, et se concentrer sur le rebond, qui est fondamental. Il faut surtout se construire une routine, avec un rythme, un nombre de pas… Il faut le travailler tous les jours, jusqu’à ce que cela devienne naturel et automatique. Pour taper un bon drop, il faut une bonne pré-action, comme sur une pénalité. Une fois que l’on a lancé le processus, on ne peut plus revenir en arrière.

Simon Valzer
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