Szarzewski : « J’espère que Jacky dansera encore sur les tables… »

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    Szarzewski : « J’espère que Jacky dansera encore sur les tables… »
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Lâcher de poules, 4L de Jacky, Bernie le Dingue, roman d’amitié et Guilhem Guirado : avant d’affronter le Rct au Camp Nou, le capitaine du club francilien fait le point. et nous livre ses réflexions. Non sans humour !

Comment appréhendez-vous cette finale ?

Déjà, c’est une très belle affiche. Racing - Toulon au Camp Nou, c’est magnifique. Dans la semaine, j’ai eu des frissons rien qu’en la préparant. Je n’imagine même pas ce que ce sera au moment d’entrer sur la pelouse…

Quelle opinion avez-vous du RCT ?

J’ai beaucoup de respect pour Toulon. Cette équipe m’a d’ailleurs beaucoup impressionné contre Montpellier, samedi soir (27-18). Quand on connaît la densité du MHR en conquête et autour des zones de ruck et la puissance que dégage cette équipe héraultaise, la performance varoise prend une lumière nouvelle. Bouger le MHR de cette façon, il faut le faire !

A ce point ?

Je n’ai jamais senti les Toulonnais en danger. Ils étaient plus forts, plus rapides et mieux organisés. à Rennes, Toulon est redevenu Toulon ! La joie contenue de nos adversaires après le match me fait pourtant penser que leur objectif était la finale à Barcelone, pas l’avant-dernière marche de l’escalier…

Votre duel avec Guilhem Guirado s’annonce alléchant. Que savez-vous de lui ?

Depuis deux ans, il est monté en puissance et a pris confiance en lui. C’est un autre homme, à la fois capitaine de l’équipe de France et de Toulon. Sur le terrain, Guilhem est un sacré client. Balle en mains, il avance. Au plaquage, il fait mal. C’est un gros défi qui m’attend.

Steffon Armitage a réalisé une performance époustouflante en Bretagne. Comment empêcher le numéro 8 du RCT de briller dans le jeu au sol ?

Chez nous, les soutiens offensifs devront être parfaits. Il faut arriver avant lui sur la zone de ruck sinon la soirée risque d’être longue… Toulon se nourrit beaucoup des ballons de récupération offerts par Steffon Armitage, Juan Martin Fernandez Lobbe ou Mamuka Gorgodze. J’ai côtoyé Bernard Laporte en équipe de France. Je sais à quel point il est attaché au plaquage à deux, le premier défenseur aux chevilles et l’autre au ballon. Dans la zone d’affrontement, il nous faudra donc être plus agressifs qu’eux.

Qu’appréciez-vous chez Bernard Laporte ?

J’ai toujours eu de très bons rapports avec lui, en équipe de France ou plus tard. J’ai d’ailleurs commencé ma carrière internationale à ses côtés. C’est le premier sélectionneur à m’avoir fait confiance, à m’avoir lancé dans le grand bain. Bernard, je ne pourrai jamais l’oublier. Même s’il ne m’a pas raté, parfois…

À quel sujet ?

La discipline, le respect de la stratégie, le déplacement, les attitudes… Tout, en fait. Les séances vidéo avec Bernard n’épargnaient personne. Avec lui, tu n‘avais pas le droit à l’erreur. Les secondes chances étaient rarissimes.

Gardez-vous des souvenirs précis de l’ère Laporte ?

J’ai beaucoup d’anecdotes à ce sujet et, entre nous, joueurs, on reparle encore des débriefs de Bernard. Mais là où il était le plus fort, c’était dans les vestiaires. Ses discours d’avant-match nous faisaient grimper aux rideaux.

Il y a quatre ans, vous avez quitté le Stade français pour gagner des titres. L’heure est-elle enfin venue ?

J’ai choisi le Racing parce que le club était ambitieux et, surtout, mieux structuré. Au Stade français, on s’entraînait toujours à droite et à gauche. C’était fatigant, à la longue. Six ans plus tard, ils s’entraînent d’ailleurs toujours sur les installations de l’ACBB (le club de Boulogne-Billancourt, dans le bois de Boulogne, N.D.L.R.), pas à Jean-Bouin. À mon arrivée au Racing, j’ai donc trouvé au Plessis-Robinson une structure exceptionnelle, digne à celles du Super Rugby. Et chaque année, le club évolue, grandit, franchit un palier. L’an prochain, nous entrerons d’ailleurs dans une nouvelle dimension avec la construction de l’Arena.

Est-ce excitant ?

C’est stimulant. Je n’aime ni le hasard, ni les projections. J’ai besoin de concret. Et j’aime quand les faits me prouvent que mon choix était le bon : deux finales en une saison, ce n’est pas anodin.

À Rennes, vous disiez ressentir de l’amour dans ce groupe du Racing. Y a-t-il encore de la place pour ce genre de considérations dans le rugby pro ?

Oui, bien sûr. C’est ce supplément d’âme qui fait la différence sur les matchs de phase finale. Je ne sais pas si cet état d’esprit nous permettra de gagner la finale. Mais ça nous a en tout cas permis d’y accéder.

Votre saison a débuté en juin dernier, avec le stage de préparation du Mondial à Marcoussis. Comment vous sentez-vous, un an plus tard ?

Franchement, ça va… Début juin, j’ai senti un coup de fatigue général au Racing, lequel correspondait peut-être avec la défaite en finale de Champions Cup. J’ai alors réuni les mecs et j’ai dit : « Les gars, il reste vingt jours ! Trois semaines pour se vider les tripes. C’est quoi, dans une carrière ? » Le danger, en fait, serait d’avoir des regrets. Il faut tout donner. On aura le temps de se reposer la semaine prochaine.

Avez-vous été surpris de voir Jacky Lorenzetti danser sur la table du vestiaire, à Rennes ?

Non, c’était déjà arrivé cette saison. Quand il est heureux, le président se lâche. J’espère donc que Jacky dansera encore sur les tables vendredi soir.

Est-il vrai que vous chantez parfois « la 4L de Jacky », dans les vestiaires, en hommage à votre président ?

Cela nous arrive, oui…

Vous êtes un capitaine respecté. Vos coéquipiers ont-ils pourtant déjà dépassé les bornes ?

Un jour, Camille Gérondeau m’a chambré. Pour me venger, j’ai été acheté des poules dans une ménagerie. Puis je les ai lâchées dans son appartement. Ça a fait du grabuge, croyez-moi… Depuis, on me laisse en paix (rires).

Yannick Nyanga, votre meilleur ami, vous a rejoint à l’intersaison. Pouviez-vous rêver plus belle aventure ?

Terminer sur un titre serait la cerise sur le gâteau, quelque chose d’exceptionnel… Quand Yannick était en contacts avec le Racing, je lui ai dit que ce club lui offrirait la possibilité de disputer de gros matchs. Ça y est, on y est !

Depuis quand vous connaissez-vous ?

À l’époque où il jouait à Agde et moi à Béziers, nous nous connaissions déjà. Lui, c’était le seul « black » de l’équipe. Moi, j’avais les cheveux longs, j’étais blond et mes adversaires disaient que je ressemblais à une fille. Mais la première fois où nous avons vraiment parlé, nous devions avoir 15 ans. On venait d’intégrer le lycée Jean-Moulin de Béziers. Avec Yannick, nous avons eu notre Bac en même temps. Plus tard, on a même vécu ensemble.

Où ?

À Montpellier. Chez nous, le perdant à la console de jeux vidéo faisait le ménage et cuisinait les raviolis. Notre relation dépasse le cadre de l’amitié. Entre nous, c’est fraternel. On s’est toujours dit : « On a commencé notre carrière ensemble ; essayons de la terminer tous les deux. »

Vous avez été formé à la dure, à Béziers. Reparlez-vous encore de la bagarre générale contre Perpignan qui avait tant fait de bruit, en 2004 ?

C’était une année particulière. Il n’y avait pas que des tendres à Béziers, à l’époque. On se battait souvent. Je me souviens de Guy Jeannard, Murat Ouembaev, Abraham Tolofua. Les anciens n’avaient peur de rien. Ça ne rigolait pas. La semaine précédant le derby, Jean-Pierre Elissalde nous avait aussi remontés comme des pendules. Mais tout ça est dépassé. Aujourd’hui, tu prends plusieurs semaines pour un plaquage appuyé. Avec une telle bagarre, on prendrait beaucoup trop cher. Ce serait idiot.

Qu’appréciez-vous le plus chez Yannick Nyanga ?

Je ne m’ennuie jamais avec lui. Yannick a toujours une histoire à raconter.

Marc Duzan
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