Ugo Mola : « Des joueurs intelligents sur un terrain, ça pèse »

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    Ugo Mola : « Des joueurs intelligents sur un terrain, ça pèse »
Publié le , mis à jour

Pour le manager du Stade toulousain, Ugo Mola, l’émergence au sein du XV de France de plusieurs joueurs plus « intelligents » que « physico-physiques » dans le projet de jeu prôné par Guy Novès n’a rien d’une surprise. Au contraire.

Avez-vous été surpris de voir des joueurs comme Ledevedec, Bonfils ou encore Gourdon rivaliser au niveau international malgré des physiques en dessous des standards ?

Non, mais le dire aujourd’hui, c’est facile. Seulement, Kévin Gourdon est performant tous les week-ends en Top 14. Et je ne pense pas que le championnat français, même s’il est parfois un peu triste en termes de rugby, est une compétition sans intensité physique. Au contraire. Si tu n’es pas présent dans le combat, tu n’existes pas. Franchement, « Lede » s’il ne se blesse pas jeune, il a aujourd’hui 40 sélections. Voilà pourquoi je ne suis pas étonné. En revanche, ce qui est étonnant, c’est d’avoir réussi de telles performances avec autant de joueurs de ce même profil. Qu’il y en ait un ou deux, c’est assez fréquent. Mais là, ils étaient nombreux et au final, ils ont réalisé une chouette tournée.

Vous avez entraîné à Brive Julien Ledevedec. Pourquoi parvient-il à ce niveau à 30 ans ?

Il a souffert de plusieurs opérations aux genoux qui l’ont lourdement handicapé. Ensuite, c’est un mec qui n’est orienté que sur le jeu. Il a besoin de prendre du plaisir. Il est dans cette démarche, ce qui le rend parfois déconcertant. Quand j’ai été le chercher à Toulouse pour le faire venir à Brive, tout le monde m’avait déconseillé de le faire, mais je croyais en sa capacité à jouer ce rugby qui permet d’assurer la continuité du jeu, d’être performant en touche, d’avoir de l’intelligence sur le terrain. C’est un mec un peu différent. Si tu l’enfermes dans la préparation physique et dans les tâches obscures, tu le perds. Ce qui ne l’empêche pas d’assurer ses missions dans le combat.

La France n’aurait-elle pas oublié que le rugby est avant tout un sport faisant appel à l’intelligence ?

On a tellement voulu développer les performances individuelles qu’on en a oublié que le rugby était un sport collectif et qu’au milieu des tous ces garçons à forts potentiels physiques, il est nécessaire d’avoir des joueurs intelligents. Ces joueurs-là, c’est l’opposition au tout statistique, au tout physique. à un moment, il ne faut pas qu’on perde de vue que des joueurs intelligents sur un terrain, ça pèse. Après, on ne peut pas jouer qu’avec des garçons comme Ledevedec ou Bonfils. Il faut un juste équilibre, mais il y a de la place pour ces joueurs. Et puis, tout dépend du jeu que l’on veut pratiquer. Je ne suis pas sûr que dans certains clubs, des garçons comme Gourdon, Ledevedec ou Bonfils existent. Quand je vois certaines compositions d’équipes, des joueurs comme eux, il n’y en a pas. Mais si on veut jouer au rugby, ces mecs-là sont importants.

Justement, ne collent-ils pas au plus près du projet de jeu porté par Guy Novès ?

J’écoute et je lis ce que Guy (Novès) a pu dire, mais je n’ai pas le recul suffisant pour répondre. Après, je connais un peu l’état d’esprit des hommes. Guy (Novès) a toujours eu dans ses équipes ce profil de joueurs. Ils n’étaient peut-être pas les joueurs les plus tonitruants, mais dans un collectif, ils avaient une réelle importance.

Mais, c’est quoi le juste équilibre entre ces joueurs intelligents et les joueurs physico-physiques ?

L’équilibre, il est difficile à maîtriser. C’est une histoire de complémentarité entre les hommes. Ça me fait penser au grand débat philosophique : est-ce que ce sont les hommes qui font le projet ou est-ce que c’est le projet de jeu qui fait les hommes ? Un bon entraîneur, ça reste celui qui a des bons joueurs. à lui de trouver le bon amalgame. Quand je vois une association Maestri-Ledevedec, je suis sûr de la complémentarité de la deuxième ligne. Et ça s’est vu en Argentine.

Mais ces joueurs comme Ledevedec, Bonfils ou Gourdon ont-ils un avenir international ?

Je n’ai pas le recul nécessaire pour juger. Sur un « one shot », ils ont su hisser leur niveau. Après, sur l’enchaînement des prestations de haut niveau comme le Tournoi des 6 Nations, je n’en sais rien. Mais dès l’instant où tu fais toucher le très haut niveau à des garçons comme ceux-là, je pense qu’ils ont cette faculté, cette intelligence, de s’adapter et de jouer en fonction des adversaires, des situations.

Pensez-vous donc qu’il faut les tester sur un enchaînement plus long de matchs de haut niveau ?

C’est une évidence. Ces joueurs-là sont capables de s’adapter, de prendre conscience de l’exigence du haut niveau, mais il n’est pas écrit non plus qu’ils auront soixante sélections à venir. Il y a ceux qui passeront le cap et ceux qui ne le passeront pas. Je pense que, grâce à cette tournée, le staff s’est autorisé le droit de revoir ces joueurs une fois de plus. Il me tarde d’ailleurs de voir quelle liste (liste des 30 joueurs « élite », N.D.L.R.) le staff de l’équipe de France va pondre. Est-ce qu’ils vont oser faire confiance à ce genre de joueur ? On verra bien. Mais ces joueurs-là ont su saisir une opportunité et c’est tant mieux pour le rugby français.

Arnaud Beurdeley
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