Champions de Fédérale 2, les Luziens revivent

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    Champions de Fédérale 2, les Luziens revivent
Publié le , mis à jour

Le SJLO n’est resté qu’une saison en Fédérale 2, après son accident de parcours. Redressement spectaculaire doublé d’un plaisir bien exprimé sur le terrain.

En pleine lumière ! Alors, qu’un an plus tôt, le Saint-Jean-de-Luz olympique avait quitté la Fédérale 1 où il était solidement installé depuis des décennies. Comment les Basques, meurtris par une relégation à laquelle ils ne s’attendaient pas, ont-ils pu aller à la conquête d’un bouclier ? De nouveaux dirigeants ont repris les rênes dès la descente en Fédérale 2 actée. Trois hommes à la présidence : Periko Arrieta, Éric Bonachera et Éric Olazabal. Le trio s’est ensuite dépêché de dénicher deux entraîneurs. Éric Balhadère, ancien coéquipier d’Éric Olazabal à l’Aviron bayonnais et… Serge Milhas. L’ancien coach de Top 14 a été approché avec beaucoup de pudeur. Il a fini par répondre positivement. « On avait un peu honte de l’appeler, se rappelle Éric Bonachera. Dans les trois jours, il a accepté. Il est venu pour zéro euro. Un monsieur ! »

Et pourtant, le début de saison a été bien poussif. Trois défaites consécutives. Et le déclic ! Malgré une défaite chez le voisin hendayais. L’équipe s’est révélée à partir de ce derby et l’embellie s’est prolongée jusqu’au titre. Cette renaissance n’est pas étrangère au travail entrepris par le fameux trio pour retrouver un esprit qui s’était délité au fil d’une saison que personne ne pouvait plus contrôler. « Il y avait un traumatisme, explique Éric Bonachera. Le club était touché. Les querelles avaient laissé des déchirures. Alors, on a tout remis à plat. On a évacué les contrats fédéraux et nous avons mis tous les joueurs au même niveau. On a travaillé sur le social, avec des recherches de travail, et non sur l’argent. Même les anciens du Top 14, comme Sergio Valdes, Nicolas Etcheverry et Thomas Soucaze ont été au même niveau que les autres. On leur a assuré une reconversion. »

Vivre simplement

En pratiquant un jeu ambitieux, les Luziens ont aussi jalonné un parcours que, jamais en début de saison, ils n’auraient osé imaginer. « Nous nous en sommes sortis par le jeu, assure le coprésident. C’était monstrueux ! On a marqué beaucoup d’essais. » Une des raisons du succès. Classés premiers de leur poule, le parcours en phase éliminatoire les a alors conduits vers la montée, acquise face à Hendaye, avant de lever le bouclier face à Villeurbanne. Mais cette montée en Fédérale 1, les Basques y ont bien réfléchi avant de l’accepter. Il a fallu d’abord porter le budget de 660 000 € à 750 000 €. Augmentation mécanique, conséquence du changement de niveau. « On a hésité, c’est vrai, avoue Éric Bonachera. La formule ne nous enthousiasmait pas. Maintenant, les poules régionales changent la donne. Et puis, notre parcours a réveillé les partenaires. La municipalité sera là aussi. »

Mais le club ne postulera pas pour une montée en Pro D2. S’ils estiment que leur place est en Fédérale 1, les Luziens refusent de viser plus haut. Les pieds sur terre. « Nous n’avons pas les structures, détaille le coprésident. On n’aura jamais un centre de formation. On veut vivre simplement en Fédérale 1. Du mieux possible. En prenant du plaisir. Mais on veut se maintenir en tenant notre rang. On va recruter des gens du coin, qui nous amèneront une plus-value. On ne fera pas de folies. On refuse les agents… qui n’ont pas tardé à se manifester. » Le SJLO reçoit aussi nombre de CV, venant de toute la France et même du monde entier. La rançon de la gloire. Mais les Luziens préfèrent la gloire locale. Celle qui les a menés au balcon de l’hôtel de ville pour ouvrir les fêtes. Joie simple, partagée avec les leurs et qu’il aura fallu attendre vingt-neuf ans. Quand leurs aînés avaient remporté le titre de Groupe B. Les aînés qui sont aujourd’hui revenus au bord du terrain. Un signe fort !

Le guide David

Enfant de Saint-Jean-de-Luz, David Irazoqui est l’un des artisans de la montée. Revenu aux sources, après un riche périple, il a vécu l’un des meilleurs moments de sa carrière.

Dans une aventure telle que la quête d’un titre, il est toujours des hommes incontournables. Des patrons sur le terrain, des leaders dans le vestiaire, des relais pour les entraîneurs, bref des guides sur le chemin de la victoire. David Irazoqui est de ceux-là. Revenu dans le club de ses origines, la saison passée, le centre, grand ciseleur du redressement luzien, amoureux du travail bien fait, a fait le tour de France, tel un compagnon, avant de mettre sa science du jeu au service de ses copains. Pour certains, rencontrés à l’école de rugby de Saint-Jean-de-Luz. Mais bien vite, ses qualités éveillent les attentions des entraîneurs de Biarritz. Il portera le maillot du BO dès les cadets, gravissant toutes les marches jusqu’à l’équipe espoirs. C’était il y a dix ans, quand Biarritz régnait sur la France du rugby.

Retrourner à la vraie vie

Horizon bouché dans la ligne de trois-quarts coachée par Patrice Lagisquet, il opte alors pour Perpignan, puis Lille et Aubenas, en Fédérale 1 avec un statut de pro. Il profite aussi des plages libres pour passer un DUT Gestion des entreprises. Il sait que le rugby ne sera pas son unique centre d’intérêt. Le Luzien mène sa barque avec discernement. « J’en ai eu marre du niveau pro, raconte-t-il. J’ai passé de belles années, notamment à Lille, mais je voulais revenir à la vraie vie, retourner à une certaine stabilité. J’ai eu la chance de trouver du travail dans l’entreprise Le Helder, tenue par Christian Coeurveillé. Une opportunité rare qui m’a fait revenir aussi dans mon club. » Pour assouvir sa passion du jeu, toujours intacte. « Plaisir a été le mot de l’année, précise-t-il. Cette philosophie nous mène, en plus, au titre qui fera partie de l’histoire du club. »

Le neveu d’un autre Irazoqui célèbre, Daniel, l’arbitre, et fils d’Emile, cheville ouvrière du SJLO, a aussi goûté aux relations privilégiées qu’instaure une telle aventure dans la vie de la cité. Des instants inoubliables. « Ce fut une belle histoire avec Serge Milhas. Avec Eric Balhadère, on a retrouvé de l’enthousiasme. Au retour de la finale, on a été accueilli comme personne. Nous étions sur un tracteur. Nous sommes montés ensuite au balcon avec la maire. L’engouement était extraordinaire. Ce sont des moments marquants ! » à 29 ans, David Irazoqui n’a pas encore tout donné à son club. L’histoire va encore se prolonger, cette fois, en Fédérale 1, la vraie place du Saint-Jean-de-Luz Olympique. Et qui est guidé par David ne regarde jamais en arrière.

Par Edmond Lataillade

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