Courteix : « Des body-buildeuses ne marquent pas d’essai »

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    Courteix : « Des body-buildeuses ne marquent pas d’essai »
Publié le , mis à jour

David Courteix - Entraîneur de la sélection féminine de rugby à VII avec une méthode d’entraînement axée très fortement sur le rugby, l’ancien troisième ligne détonne quelque peu dans un rugby d’aujourd’hui physico-physique. Il défend avec vigueur ses convictions.

Etes-vous satisfait de ces quinze premiers jours de stage à Tignes ?

Ce stage et son contenu n’étaient pas le projet d’un entraîneur mais celui de tout un groupe. Les filles ont été associées à notre venue à Tignes notamment sur la durée que je souhaitais la plus longue possible. Mon staff est également intervenu sur le programme. Nous nous étions fixé des objectifs à atteindre et je crois que nous sommes dans les temps. L’enjeu numéro un était rugbystique, parce qu’il y avait la volonté de réaliser un gros effort sur le plan technique et tactique. Je crois qu’il y a des progrès notables notamment dans notre circulation de balle et des joueuses dans les zones de fatigue. Selon moi, le secret de la réussite en rugby à VII, c’est la capacité à faire des choses simples proprement mais très vite.

Votre équipe a-t-elle franchi un palier sur ce plan-là ?

Nous sommes sur une progression constante depuis plusieurs mois. Il y a une époque où chaque semaine, on se disait, on avance à 300 à l’heure. Cette fois-ci, pour gagner les petites choses qui feront qu’on décrochera le truc, c’est plus dur. J’ai l’impression que l’on y arrive, mais l’entraînement est une chose mais la vérité appartient à la compétition. Techniquement et au niveau individuel, on a fait un grand pas en avant, physiquement aussi. Les filles ont encaissé de belles charges de travail et malgré cela, les derniers entraînements sont toujours vifs, alertes et intelligents dans le jeu.

Pourquoi avoir axé votre stage en altitude sur le rugby, et pas comme bon nombre d’équipes sur de la préparation physique pure et dure ?

C’est un pari de départ du fait de mes convictions. Quand on fait du rugby, on doit s’entraîner essentiellement au rugby. Ce n’est pas avec des body-buildeuses que tu vas marquer des essais. à Rio, elles ne feront pas du saut en longueur ou en hauteur, où du 100 mètres mais des matchs de rugby. Alors toucher du ballon à chaque séance ne me semble pas choquant. Nous avons des outils modernes de mesure qui nous permettent de faire de la préparation physique intégrée de façon assez pointu, en ayant le moyen de réguler de manière individuelle, de fixer des attentes précises, alors pourquoi s’en priver. Dans mon groupe, à l’exception de deux ou trois, les filles ont très peu de rugby derrière elles et ce qu’elles aiment c’est pratiquer. Alors pourquoi ne pas lier l’utile à l’agréable ! Et puis, je vais être honnête, je préfère les entraîner et les voir s’amuser même quand elles en bavent, que de les voir répéter une leçon par cœur.

Les joueuses parlent ouvertement de médaille comme objectif. Validez-vous ce discours surprenant de la part de sportives françaises ?

En France, parfois on a une mentalité quelque peu curieuse. On a de grandes ambitions et on n’ose pas les afficher. Qu’elles se mouillent sur les objectifs, cela me va. Elles savent que le challenge à relever sera énorme mais c’est très bien qu’elles s’affirment aussi ouvertement. Cela fait deux ans que nous tournons auto de la quatrième place mondiale, alors ce n’est pas illogique de vouloir doubler la formation qui est juste devant nous, et lui souffler au moins la troisième place.

Pourquoi avoir choisi d’affronter cinq fois la Grande Bretagne la semaine prochaine ?

L’une des particularités du VII, c’est qu’il n’y a pas cette rencontre hebdomadaire qui rythme le XV. L’entraîneur de Top 14 a une évaluation toutes les semaines. Il régule son entraînement en fonction. Il a un plan à long terme. Nous, très clairement, la compétition, c’est très souvent seulement une fois tous les mois, ou tous les mois et demi. C’est un rythme particulier. Alors choisir une confrontation amicale face à la Grande Bretagne qui prétend aussi à la médaille, et qui, comme nous, a les moyens de très bien se préparer, était indispensable. Après, on l’a organisé au format jeux Olympiques, c’est-à-dire, un match le matin puis un l’après-midi ce qui nous laisse une amplitude nouvelle. à Rio, il y aura cinq heures entre chaque rencontre alors que nous avons l’habitude d’enchaîner les matchs toutes les deux heures. Il nous fallait donc l’expérimenter tout comme un Tournoi en trois jours. Pouvoir les affronter est une vraie chance. C’est l’occasion de mettre les gants. Est-ce qu’un boxeur qui va faire un championnat du monde peut se contenter d’aller à la salle et de frapper uniquement contre un sac qui ne rend pas les coups ! Non.

Certes, mais vous travaillez aussi pas mal en opposition déjà, même si parfois vous utilisez les boucliers de protection ?

Dont je ne suis pas fan. Pour reprendre une expression de Michel Peuchlestrade, les boucliers n’ont pas de tête, pas de bras, pas de jambes, et sont donc inoffensifs. Et puis, je les ai rarement affrontés sur un terrain. Et même jouer entre nous, c’est se confronter à nos repères offensifs et défensifs, donc même si on cherche à se rapprocher au plus près de la compétition, ce n’est pas tout à fait satisfaisant. Alors qu’affronter la Grande-Bretagne, c’est faire face à une certaine incertitude qui est primordiale pour réussir sa préparation.

Pourquoi aussi avoir choisi d’arriver au tout dernier moment à Rio ?

C’est une proposition du staff que les filles ont aussi validé. Nous sommes une équipe qui a l’habitude de vivre dans l’anonymat le plus complet. Qui a choisi comme point de repère et de camp de base, Bugeat, sur le plateau des mille vaches en Corrèze. Donc, on veut fuir le tumulte du village olympique que l’on ne connaît pas, éviter la dispersion du groupe. On m’a souvent dit que c’était un trouble potentiel pour les équipes de sports collectifs, notamment. On a donc cherché à reproduire ce que nous avions fait en début d’année, à savoir vivre une longue préparation en altitude avant de basculer sur la chaleur pour s’acclimater à Rio et entretenir les bienfaits de Tignes avec une arrivée tardive pour nous prémunir de chose que l’on ne connaît pas, sans doute féerique mais possiblement déstabilisant.

Vous allez très prochainement devoir trancher dans le vif et passer de 19 à 14 filles. Comment envisagez-vous ce moment forcément particulier ?

Même si on a un fonctionnement très proche ce celui d’un club, en vivant ensemble tout au long de l’année, avec tous les avantages (complicités, repères…) que cela induit, nous devrons assumer le fait d’avoir à trancger comme dans une sélection. N’empêche, l’annonce sera particulière. Je le répète, notre proximité sent le quotidien ; nous sommes dans un club, et le moment où le groupe va se scinder en deux sera difficile. C’est une évidence.

Savez-vous déjà comment vous allez l’annoncer ?

J’y réfléchis encore... Je vais essayer de faire au plus simple, de manière spontanée, afin de ne pas compliquer les choses. Ce que j’espère, et je l’ai demandé à la FFR, c’est terminer l’aventure à Tignes à 19. De toutes façons, je compte solliciter les joueuses qui ne seront pas dans les quatorze sur notre série de matchs face aux Britanniques. Parce que si en Martinique il y a un pépin physique, je ferai appel à l’une de celles qui seront restées en métropole.

Pierre-Laurent Gou
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