Les fédérations au pouvoir

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    Les fédérations au pouvoir
Publié le , mis à jour

Si aucun exemple n’est parfait, les autres grandes nations du rugby proposent des modèles efficients, aussi bien pour les sélections nationales que pour les clubs. Une source d’inspiration ?

Par Léo FAURE

Rencontré il y a plusieurs mois, quand il officiait encore à la RFU, Rob Andrew tempérait l’enthousiasme global né de la réussite du rugby anglais : « Dans le monde du rugby, il n’y a pas de système. On peut naturellement penser à la Nouvelle-Zélande, le modèle que tout le monde voudrait copier. Mais c’est en fait une erreur. Leur système n’est pas applicable chez nous, en Europe, où notre héritage est celui de clubs centenaires. Il nous faut construire avec cet héritage, ne surtout pas l’ignorer ». Un peu plus loin, celui qui était le big boss du rugby anglais confiait l’importance, dans notre système européen, de faire concilier l’intérêt des clubs et celui des sélections, dans une logique fédérale. Lui y est parvenu, en 2006. Comment ? « Il a fallu asseoir tous les acteurs autour d’une table et faire en sorte qu’ils se parlent ». L’idée est belle comme une comédie à l’eau de rose. La réalité, c’est surtout que la RFU, toute puissante mais aussi richissime, à « acheter » la collaboration des clubs dans son projet fédéral : 6 millions annuels versés, chaque année, pour obliger les clubs à investir dans leur formation et à faire jouer de jeunes joueurs anglais, plutôt que d’avoir un recours massif à de la main-d’œuvre étrangère. « Les intérêts des clubs et de la Fédération sont compatibles » assurait Andrew. À condition de disposer du nerf de la guerre pour faire plier les clubs : l’argent. La RFU en a beaucoup.

Des clubs populaires et puissants

L’idéal anglais, si prolifique, est-il transposable trait pour trait en France ? Difficile à imaginer. Pour des raisons financières, justement. Cette saison, la Ligue (représente des clubs professionnels) déclare un budget prévisionnel de 129,6 millions d’euros, et chaque club de Top 14 déclare, en moyenne, un budget prévisionnel moyen de 23,38 millions d’euros. La Fédération ? Son budget prévisionnel dépasse péniblement les 100 millions d’euros. Un équilibre en sa défaveur qui ne lui permet que difficilement de faire bouger le rugby français.

Dans son programme, et pour contourner le problème français de l’hydre à deux têtes, Bernard Laporte assure vouloir s’inspirer du modèle irlandais. Viable ? Peut-être, mais à condition de faire disparaître la LNR pour donner des pouvoirs omnipotents à la Fédération. L’IRFU (fédération irlandaise) intervient directement dans les affaires des clubs, ce qui facilite l’émergence des meilleurs talents de l’île. Le projet peut paraître séduisant mais difficilement applicable. Autant juridiquement que politiquement, où il faudrait donc s’asseoir sur « l’héritage de ces clubs centenaires » défendu par Rob Andrew. Pas sûr que la révolution séduise les amateurs de rugby.

Léo Faure
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