Dominici : « Boudjellal ne respecte pas Dominguez »

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    Dominici : « Boudjellal ne respecte pas Dominguez »
Publié le , mis à jour

Christophe Dominici, ancien coéquipier de Diego Dominguez décrypte son arrivée à Toulon et ses débuts compliqués.

Présentez-nous Diego Dominguez, tel que vous le connaissez.

Diego a été un formidable joueur, un grand professionnel, passionné du rugby et obnubilé de la performance. De plus, sa culture latine lui permet d’être très proche du rugby français. Je pense qu’il deviendra un grand manager.

Alors comment expliquez-vous ce début de saison poussif ?

Le vrai souci à Toulon est le recrutement ! En deux saisons quand tu perds Hayman, Botha, Williams, que Fernandez Lobbe et Smith ont plus de 35 ans et que Vermeulen, le dernier troisième ligne toulonnais qui comprend le rugby est blessé, tu n’as plus la même équipe. Il faut savoir que sans les grands joueurs, les grands managers ne sont que moyens. De plus, Diego a quitté le rugby pro il y a plus de dix ans. Entre-temps, les mentalités ont changé, et il faut être prêt à accepter que Diego ait une période de compréhension.

Pensez-vous que Boudjellal aura la patience d’attendre ?

Mourad Boudjellal a eu énormément de chance pendant des années. Mais il faut qu’il accepte que d’autres clubs comme Montpellier, Clermont ou même Toulouse aient pu se structurer. S’il n’y a pas une remise en question très importante de son système, Mourad Boudjellal s’apercevra que son club ne fera plus de finale, quel que soit le nom de son manager.

La solution passe donc par une restructuration complète ?

Impérativement. Ces quatre dernières saisons, le RCT avait les meilleurs joueurs du Top 14 poste par poste. Mais cette génération est partie et leurs successeurs doivent comprendre que l’on ne devient pas meilleur joueur du monde par hasard. Il faut un esprit compétiteur, vouloir être le meilleur à son poste et avoir envie de gagner des titres. Les gens pensent qu’en mettant des joueurs moyens dans un maillot à trois étoiles les mecs vont se transcender. Mais un joueur moyen, peu importe la tenue qu’il enfile, ça reste un joueur moyen. Le RCT a besoin de très grands joueurs, de joueurs rares. Aujourd’hui Diego Dominguez est le nouveau patron du RCT mais Mourad ne lui a pas réellement laissé les clés du camion, notamment sur le choix des hommes.

C’est-à-dire ?

Le meilleur exemple est celui de Marc Dal Maso qui a été imposé à Diego, alors qu’il n’était pas encore en poste. Ce désaccord l’a déstabilisé d’entrée de jeu. Mais au-delà du staff, il faut regarder l’effectif pour se rendre compte que les choix de Diego sont limités. Aujourd’hui le RCT ne fait plus peur. Ce n’est pas parce que Boudjellal explique qu’il a 800 sélections sur le terrain que c’est gagné d’avance. 800 sélections avec des joueurs qui ont tous 35 ans, ça n’est pas une garantie… S’il veut rajouter 65 sélections, il n’a qu’à me faire jouer. Pour autant je ne suis pas sûr que le RCT serait meilleur.

Où se situe le RCT à présent ?

Sur le papier, Toulon n’est pas plus fort que le Racing, Montpellier, Clermont ou Toulouse. Toulon est aujourd’hui rentré dans le rang et est un outsider. C’est pour ça qu’il ne faut pas tirer sur Dominguez.

Boudjellal devrait-il laisser plus de temps à Diego Dominguez ?

Oui. Malheureusement le haut niveau ne le permet plus. En l’état, si un fusible doit sauter, ce sera Diego. Mais Mourad Boudjellal se trompe… Lorsqu’il a recruté Diego Dominguez il savait qu’il n’avait pas d’expérience de manager mais n’a pas hésité à faire le pas. Donc si au premier abord il a été immédiatement convaincu que Diego était le manager idéal, il doit lui laisser le temps de bâtir une équipe, un état d’esprit et un style de jeu avec ses propres armes.

Bâtir avec du vieux et un peu de neuf…

L’effectif qui fait le doublé en 2014 et celui qui démarre la saison n’ont rien à voir ! À l’époque, c’était une Ferrari, avec les meilleurs joueurs du monde, auxquels on ajoutait quelques jeunes à dose homéopathique. Aujourd’hui les remplaçants sont devenus des titulaires, pourtant on ne devient pas le meilleur deuxième ligne du monde en claquant des doigts. Quand tu ne compenses pas les départs, ça pose problème. Aujourd’hui, on recrute un joueur en pensant que c’est « le futur untel ». Mais les futurs Habana, Wilkinson et Dominici, il y en a eu des dizaines. Et s’il s’avère qu’ils sont moins forts qu’on ne l’imagine, Boudjellal accusera Dominguez de ne pas être au niveau.

Ce qui le fragiliserait à nouveau…

En mettant la faute sur son entraîneur, Boudjellal le décrédibilise vis-à-vis de son groupe. Se serait-il permis de dire ça avec Bernard Laporte ? Non, car il avait un passif d’entraîneur et a réussi de partout où il est passé. En prenant Diego Dominguez il sait que c’est un manager sans référence et c’est pour ça qu’il se permet de critiquer son jeu, c’est un manque de respect. Boudjellal ne respecte pas Dominguez ! Aujourd’hui il doit trouver une explication à son échec, alors il se protège en mettant son manager en porte à faux.

Diego Dominguez a-t-il les épaules pour résister à la pression ?

Diego Dominguez connaît ce sport mieux que tout le monde. Il doit continuer de croire en lui. S’il a accepté ce défi c’est qu’il s’en sentait capable. En observant Bernard Laporte pendant six mois il a fait ça progressivement mais on a refusé de lui laisser faire le recrutement. Sans le choix des hommes, à quoi ça sert d’être manager du RCT ? Il faut que les joueurs que tu mets sur le terrain te ressemblent et pour ça il faut les choisir… Bernard Laporte était un gagneur irréprochable, avec un véritable charisme. Avec son départ le RCT a perdu son guide et doit en retrouver un. Est-ce que ce sera Dominguez ? Peut-être, si Boudjellal cesse de le délégitimer.

 

Par Pierrick Ilic-Ruffinatti

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