« On a été champions du Languedoc »

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Publié le , mis à jour

Dimanche au Vélodrome, François Trinh-Duc et Fulgence Ouedraogo s’affronteront pour la première fois depuis qu’ils sont devenus professionnels. Un moment forcément à part pour ces deux amis très longtemps coéquipers. Nous les avons réunis, en milieu de semaine dernière pour un entretien chargé de souvenirs et d’émotions. Le plaisir avant les retrouvailles,

Tout le monde sait que vous êtes amis depuis longtemps mais vous rappelez-vous de votre première rencontre ?

Fulgence OUEDRAOGO : C’était à l’école de rugby du Pic-Saint-Loup (région de Montpellier, N.D.L.R.), nous avions six ans. J’étais venu essayer le rugby, je ne savais pas ce que c’était. François était déjà là depuis deux ans alors il était un peu plus habitué que moi. Au début, j’étais un peu timide et il a fallu du temps mais nous sommes vite devenus amis.

François TRINH-DUC : Je m’en souviens très bien. Comme j’étais là depuis deux ans, j’avais déjà mes copains et mes habitudes. Je me rappelle parfaitement de « Fufu ». Nous l’avions vite remarqué. Par sa couleur de peau d’abord (rires), mais aussi par sa technique : il essayait de taper dans le ballon, ça faisait rire tout le monde.

Quels souvenirs gardez-vous de cette époque ?

F. T-D. Uniquement de très bons souvenirs. J’adorais aller m’entraîner. C’était une échappatoire à l’école, j’allais jouer au rugby et m’éclater avec mes copains. En plus, le club organisait beaucoup de voyages, à Eurodisney ou au Futuroscope, qui ont permis de tisser des liens d’amitié très forts entre nous, mais également avec d’autres joueurs de cette époque. Elle nous a beaucoup marqués, en tant que rugbymen mais en tant qu’hommes, surtout.

F. O. C’est vrai. Nous avons gardé le même cercle d’amis que nous continuons de côtoyer. Notre attachement est très fort et il y a toujours le même plaisir à se remémorer nos aventures quand on était petits.

Avez-vous toujours joué ensemble ?

F. O. Non, François est parti à Montpellier un an avant moi. J’étais très content de le retrouver l’année d’après. Nous étions plusieurs joueurs du Pic-Saint-Loup à rejoindre Montpellier alors les bonnes habitudes ont vite été reprises…

Vous avez donc déjà joué l’un contre l’autre.

F. O. Une fois, en cadets. Cela avait été un match épique, au Pic-Saint-Loup. C’était particulier. Beaucoup de joueurs étaient partis à Montpellier et c’était bizarre de jouer les uns contre les autres. Au final, Montpellier avait gagné…

F. T-D. Je m’en souviens très bien et ce n’est pas un très bon souvenir d’ailleurs. à Montpellier, nous étions nombreux venus du Pic-Saint-Loup alors nous voulions vraiment gagner ce match… C’était étrange de jouer là-bas, contre eux. Malgré la victoire, je n’avais pas aimé affronter des joueurs que je connaissais bien. Surtout, tout l’extérieur était ligué contre nous… Je n’avais pas pris part à la bagarre mais ça avait certainement chauffé, comme c’était le cas à chaque rencontre entre les deux équipes.

Quel est votre meilleur souvenir en commun ?

F. O. Il y en a beaucoup mais un voyage en Afrique du Sud avec l’école de rugby m’a particulièrement marqué. Nous avions treize ans. C’était génial de faire un si grand voyage, de découvrir une autre culture, de jouer au rugby contre une équipe sud-africaine, et une des townships aussi. Les gamins que nous étions avaient pu entrevoir une autre réalité de la vie… C’était enrichissant.

F. T-D. C’est dur d’en ressortir un en particulier mais il est vrai que ce « trip » en Afrique du Sud avait été marquant. La plupart d’entre nous n’avaient jamais voyagé, ou pris l’avion. Partir à l’autre bout du monde, pour vivre une aventure fabuleuse comme celle-là nous avait permis de revenir des souvenirs plein la tête.

Quelle est la plus grosse connerie que vous ayez fait ?

Ils rient tous les deux, puis hésitent.

F. T-D. Il nous est arrivé de faire le mur pour faire la fête, comme tous les jeunes. ça s’est produit quelques fois, à une certaine époque…

F. O. Rien à ajouter !

En écartant la Challenge cup, à laquelle François n’a pas vraiment pris part, avez-vous déjà gagné un titre ensemble ?

F. O. Je ne crois pas.

F. T-D. Bien sûr que si : nous avons été champions de l’Hérault et champions du Languedoc avec le Pic Saint-Loup. La même année en plus ! C’était en benjamins.

Ne jamais avoir remporté ensemble un titre avec Montpellier est-il un regret ?

F. O. On aurait aimé, oui… Nous sommes passés tout près d’un titre de champions du monde en 2011. Nous étions ensemble, au sein d’une génération de joueurs dont pas mal étaient issus du centre de formation de Montpellier, alors cela aurait été encore plus fort. C’est sûrement notre plus gros regret. Remporter cette finale aurait été unique et merveilleux. Ceci dit, on se sentait un peu champions du monde quand on a gagné les championnats de l’Hérault et du Languedoc. Vaincre Narbonne, Béziers ou Montpellier quand tu joues au Pic-Saint-Loup, c’est comme battre les All Blacks !

Quand vous êtes-vous vus pour la dernière fois ?

F. O. Au lendemain de mon anniversaire, le 22 juillet.

Aviez-vous organisé quelque chose de spécial pour le départ de François à Toulon ?

F. T-D. Pas vraiment puisqu’à ce moment-là, j’ai sauté dans l’avion pour partir en Argentine avec l’équipe de France. J’ai quitté Montpellier très rapidement et je suis rentré directement à Toulon en suivant.

C’est un regret ?

F. T-D. Non…

F. O. (il coupe) Oui ! L’équipe avait joué le dimanche et était donc en repos le lundi. C’est ce jour-là que François est passé récupérer ses affaires, puis il est parti à Marcoussis le mardi. C’était bizarre de le voir quitter le club sans pouvoir lui dire au revoir. En revenant le mardi, son casier était vide et tout le monde savait qu’il ne reviendrait plus à Montpellier. ça m’a fait un choc.

F. T-D. C’est sûr que ça a été brutal. Mais disons que je savais à qui j’avais envie de dire au revoir… Je savais aussi qu’il ne s’agissait pas d’un adieu. Il n’y a pas eu de cérémonial et je n’en attendais pas.

Quelles ont été vos impressions cet été pour votre première reprise l’un sans l’autre ?

F. O. J’ai eu un petit pincement mais j’ai mes repères à Montpellier. Je pense que c’est plus à François que ça a fait quelque chose.

F. T-D. En effet, ça a été le grand changement pour moi. Pas mal de choses sont inconnues et je découvre tout petit à petit. Il y a moins de personnes familières dans mon entourage, donc moins d’habitudes et de certitudes. Mais c’est une bonne chose aussi.

Lequel d’entre vous a le plus de mal à se passer de l’autre ?

F. O. Je ne sais pas.

F. T-D. Je ne crois pas qu’il y en ait un plus que l’autre. C’est peut-être juste que Fulgence a du mal à se passer des goûters de ma femme ! Il savait que, quand il s’arrêtait à la maison avant de rentrer chez lui, il pouvait manger une brioche, des crêpes et ce genre de trucs. Et il ne s’en privait pas !

Comment abordez-vous ces retrouvailles ce week-end ?

F. T-D. C’est dans un coin de la tête, forcément. ça va me faire bizarre de jouer contre Montpellier, comme cela avait été le cas quand j’avais affronté le Pic-Saint-Loup. Je vais essayer de ne pas trop y penser pour me concentrer sur mon match et sur ce que je sais faire. C’est marrant quand même de se retrouver au Vélodrome de Marseille, où nous avons connu le match le plus fort de l’histoire du MHR (la demi-finale de Top 14 remportée face au Racing-Metro en 2011, N.D.L.R.).

F. O. ça va être particulier, bien sûr. Je vais essayer de bien me préparer pour ne pas me faire avoir par ses feintes !

F. T-D. Il ne me plaquera pas, il n’osera pas…

Justement, c’est un avantage ou un inconvénient de si bien se connaître quand on s’affronte ?

F. T-D. C’est peut-être un avantage pour lui, vu qu’il joue troisième ligne et que je suis ouvreur. Il connaît mes feintes !

F. O. On devrait arriver à se croiser quelques fois sur le terrain et je vais essayer de m’en souvenir (rires). Je vous dirai à la sortie du match si c’est un avantage ou non.

Allez-vous faire monter la pression cette semaine, entre vous ?

F. T-D. Se chambrer ? Je ne crois pas. Plutôt après le match…

Pour revenir au rugby, cette confrontation constituera-t-elle une revanche de la dernière demi-finale de Top 14 ?

F. O. Montpellier n’ira pas cette fois en finale en cas de victoire alors je ne pense pas. Ce sera surtout un test. Les matchs contre Toulon ne nous réussissent pas forcément ; on va voir si le groupe a franchi un palier et parvient à rivaliser face à une équipe contre Toulon, chez elle.

F. T-D. Ce sera aussi un test pour le RCT. Nous enchaînons les matchs contre les prétendants au titre. Après Clermont, Toulouse et le Racing, c’est Montpellier qui arrive. Cette période doit nous permettre de savoir où nous en sommes. L’équipe a connu des hauts et des bas en début de saison et elle continue de se chercher pour trouver son rythme.

Personnellement, comment avez-vous vécu votre début de saison ?

F. T-D. Je me sens bien. Compte tenu de la tournée en Argentine, je n’ai pas pu disputer les matchs amicaux mais je me sens de mieux en mieux, physiquement et dans le groupe compte tenu de mon rôle d’ouvreur. Le début de saison a été un peu abrupt mais ça va.

Par le contexte aussi, avec le flou autour du staff qui est intervenu rapidement.

F. T-D. Je m’attendais à ce genre de choses en venant à Toulon. J’essaie de relativiser, de garder confiance en moi et en l’équipe. Le potentiel est là et nous travaillons assez sereinement la semaine, même si nous sommes conscients que pas mal de monde parle et donne son avis sur le RCT. Cela fait partie du club.

Et vous, Fulgence, quel regard portez-vous sur votre début de saison ?

F.O. Comme j’ai effectué la préparation des JO avec l’équipe de France à VII, j’ai joué un match à pression contre Clermont après seulement une semaine de préparation physique. Il a fallu se mettre dans le bain très rapidement. C’était très brusque comme reprise.

Avez-vous été perturbé de devoir partager votre capitanat avec trois coéquipiers ?

F. O. Cela ne me perturbe pas, non. Qu’on me nomme capitaine ou pas, cela ne fait aucune différence pour moi. J’essaie d’avoir toujours le même rôle et la même implication dans l’équipe. Cela ne change rien.

Quel regard portez-vous là-dessus, François ?

F. T-D. Pour comparer avec Toulon, je vois qu’il y a plusieurs capitaines ici aussi. Il y a le capitaine officiel, puis des capitaines dans l’équipe. Les saisons sont longues, intenses, et il en faut plusieurs. C’est important pour la vie de groupe. C’est une décision qui appartient à Montpellier et je ne suis pas du tout légitime pour en parler.

Avez-vous craint que Fulgence paie ainsi le fait de vous avoir défendu en fin de saison dernière ?

F. T-D. Je ne sais pas, il faut voir avec le président du MHR… Certainement… Mais ce sont deux choses complètement différentes et des saisons complètement différentes aussi. Peut-être que cela n’a pas de lien…

Pour jouer à nouveau ensemble, il faudrait que vous soyez rappelés tous les deux en équipe de France. Est-ce une volonté ?

F. T-D. Ce serait super. Forcément, nous avons envie de jouer à nouveau sous le même maillot, et notamment celui de l’équipe de France.

Mis à part le rugby, partagez-vous une passion ou un hobby commun ?

F. T-D. J’ai essayé d’initier Fulgence au golf mais il s’est arrêté à la commande des clubs et de la tenue. On aurait dit Tiger Woods. Il avait le style mais visiblement pas la patience ou l’envie de persévérer.

F. O. Je manque de patience mais, à mon avis, surtout de souplesse dans mon geste !

Souhaitez-vous ajouter quelque chose pour clore cette interview ?

F. T-D. Moi j’ai une question pour Fulgence : je sais que tu aimes bien regarder ton nombre de followers sur Twitter. A-t-il augmenté depuis que tu sors avec Ariane (Brodier, humoriste, comédienne et auteur, qui s’est fait connaître pour avoir participé à « Opération séduction aux Caraïbes », N.D.L.R.) ? (rires communs)

F. O. Elle est super ta question, merci…

Emilie Dudon
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