L’étrange Monsieur Strauss

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    L’étrange Monsieur Strauss
Publié le , mis à jour

Personnage aussi discret dans les médias que tenace sur un terrain, Adriaan Strauss, le talonneur de l’Afrique du Sud, a annoncé sa retraite internationale quelques mois seulement après avoir été nommé capitaine des Boks… Vous avez dit bizarre ?

À n’en point douter, Adriaan Strauss doit être l’un des talonneurs les plus malchanceux de la planète rugby. Pourquoi ? Parce qu’en dépit d’être excellent au lancer, en mêlée, balle en main et dans les zones d’affrontements, sa plus grande infortune réside dans le fait d’avoir effectué l’essentiel de sa carrière en même temps qu’un véritable monstre vivant du rugby sud-africain, Bismarck Du Plessis. Et une rapide étude de son parcours montre que Strauss a été très tôt dans l’ombre du talonneur montpelliérain. En effet, il est né un an après son éternel rival et fit ses débuts sous le maillot bok en 2008 soit… un an après Du Plessis. Convoqué à 57 reprises avec les Springboks, Strauss n’a débuté qu’à 26 reprises.

Strauss ou l’improbable retraite

Du Plessis parti pour l’Europe, le talonneur des Blue Bulls pensait que son horizon allait se dégager. Ce fut d’ailleurs le cas puisque le nouveau sélectionneur Allister Coetzee le nomma capitaine de sa sélection en mai dernier, avant que Strauss n’annonce, le mois dernier, sa retraite internationale à l’issue de la saison. Un choix pesé et même annoncé à son sélectionneur avant sa promotion. L’annonce souleva une question majeure : pourquoi diable Coetzee le choisit tout en sachant pertinemment que ce dernier allait stopper sa carrière internationale quelques mois plus tard ?

Plusieurs raisons expliquent ce choix : tout d’abord, Coetzee avait besoin d’un joueur évoluant au pays et titulaire en puissance. Duane Vermeulen et François Louw avaient quitté le pays pour rejoindre Toulon et Bath, Warren Whiteley découvrait le niveau international alors que Pat Lambie n’était plus sûr de conserver son leadership face à la montée en puissance de l’ouvreur Elton Jantjies avec les Lions de Johannesburg. Certes, Strauss n’était pas le premier choix. Mais il offrait une solution idéale à Coetzee qui avait besoin d’un homme pour assurer la transition entre Jean De Villiers, capitaine blessé du Mondial 2015, et celui qui mènerait les Boks vers à la Coupe du monde au Japon en 2019.

L’hommage de Coles

Quoi que ses détracteurs en pensent, Adriaan Strauss est respecté par ses pairs : « Sa réputation le devance et tous les joueurs sud-africains le respectent », assure Juan De Jongh, capitaine la franchise des Stormers, éternels rivaux des Bulls. Même écho du côté de Dane Coles, le talonneur All Black à qui il sera opposé ce week-end : « Il est l’un des meilleurs talonneurs du monde. Il montre l’exemple en montant au front. En tant que joueur, c’est un capitaine comme ça que l’on veut. Je l’ai vu faire quelques belles percées dans la défense australienne la semaine dernière. Et il ne lâche jamais rien : il joue souvent quatre-vingts minutes avec la même envie et la même détermination. C’est la meilleure chose qu’un capitaine doit montrer à son équipe pour aider celle-ci à progresser. » L’intéressé appréciera…

Sa décision étant prise, il reste maintenant à savoir quand sa carrière internationale s’arrêtera. Participera-t-il à la tournée sud-africaine en Europe ? On l’ignore. Mais quoiqu’il arrive, Strauss disputera son dernier match international sur sa terre natale, ce samedi face aux Blacks, à Durban. Après avoir été désigné homme du match la semaine dernière contre l’Australie, nul doute que le talonneur au casque d’or voudra quitter son public sur une bonne note.

Par Ken Borland, correspondant (avec S. V.)

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