Ibañez : « Pas sans pression mais sans retenue »

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    Ibañez : « Pas sans pression mais sans retenue »
Publié le , mis à jour

L’UBB va entamer son deuxième parcours européen en recevant l’Ulster dimanche, non sans inquiétude. Son équipe a bien négocié la première partie du Top 14 mais elle est frappée par une épidémie de blessures. Pas facile à gérer.

Votre première partie de championnat s’est déroulée plutôt correctement. Êtes-vous serein avant ces retrouvailles avec la Coupe d’Europe ?

Oui, au niveau comptable, en Top 14, tout va peut-être bien. Mais j’ai plutôt envie de vous parler de l’état de santé de mes joueurs. Et là, je deviens beaucoup plus inquiet pour les semaines qui viennent. La liste de nos blessés est vraiment très longue. Nous avons appris trop de mauvaises nouvelles en début de semaine : Louis-Benoit Madaule est victime d’une entorse à la cheville gauche, il sera absent de quatre à six semaines. Luke Braid doit observer une semaine de plus de repos, suite à son K.-O. subi à Pau, après discussion avec le neurologue. Et notre deuxième ligne Julien Cazeaux souffre des ischio-jambiers et doit passer une IRM. En plus ; Luke Jones et Jefferson Poirot ne sont pas venus s’entraîner à cause d’une gastro. Vous voyez donc que cette préparation de notre premier match de Coupe d’Europe se déroule clairement dans l’inquiétude.

À ce point ?

Regardez, en troisième ligne, nous nous retrouvons avec seulement trois joueurs disponibles dans notre effectif : Loann Goujon, Hugh Chalmers et Marco Tauleigne. Ceci nous a obligés à réfléchir à l’appel de joueurs non-spécialistes : Luke Jones, qui a déjà joué à ce poste avec les Melbourne Rebels, Tristan Labouteley qui est arrivé de Montpellier à l’intersaison mais n’a pas encore joué en équipe première ou alors Jandre Marais, qui a déjà dépanné au poste de numéro 8. On m’a même pensé à Ole Avei, le talonneur, mais nous sommes restés sur l’idée de la polyvalence en deuxieme-troisième ligne.

Rassurez-nous, votre joker international anglais Tom Palmer est bien inscrit sur la liste européenne ?

Oui, il est inscrit. Mais cette question nous a aussi donné des sueurs froides. Il a fallu se démener à fond à ce sujet. Pourtant, les démarches administratives paraissaient simples à son sujet mais la lettre de sortie de la Fédération italienne a mis du temps à arriver. Malgré nos demandes réitérées, mais nous n’avons été soulagés qu’en début de semaine. Vous le constatez, c’est aussi ça la vie quotidienne d’un manager : la gestion de ce genre de dossiers qui nous éloigne de la préparation du match proprement dite et de son aspect stratégique.

Ça vous évite de vous poser des questions infinies sur le turnover et la priorité à donner au championnat ou à la Coupe d’Europe…

Oui, c’est exact, nous parons au plus pressé face l’Ulster qui, lui, ne se prépare que pour la Coupe d’Europe. Il est clair que les objectifs des deux adversaires de samedi ne seront pas les mêmes. En plus l’Ulster est partie pour une grande saison en Ligue Celte. Ça en dit long sur le niveau qui nous attend.

Justement, quelles seront vos ambitions dans cette Champions Cup ?

Nous n’avons pas la prétention de déclarer que nous allons nous qualifier, car Clermont, l’Ulster et Exeter c’est très solide. Nous espérons retrouver l’enthousiasme de notre parcours de l’an dernier qui avait été excellent. Nous espérons retrouver nos repères collectifs « européens », vis-à-vis de ce jeu rapide et complet que l’épreuve exige.

Il y a vraiment toujours une différence entre le jeu du Top 14 et celui de la Champions Cup ?

Oui, je vais vous expliquer pourquoi. Le constat que j’ai fait avec mes joueurs après le match de Brive est le suivant : nous avons connu 28 minutes environ de jeu effectif depuis deux ou trois matchs. C’est un chiffre somme toute classique pour le Top 14. L’Ulster est capable de « monter » à 43 minutes. Rien que ce chiffre montre à nos joueurs ce qui les attend en termes d’intensité, mais aussi en termes de patience et de discipline sur le plan défensif. Contre les Ospreys, l’Ulster a été capable d’enchaîner dix-huit séquences de jeu. Cela veut dire aussi que l’adversaire a bien défendu. Mais ça dénote quand même un style de jeu très différent.

Ian Madigan a-t-il aidé le staff à préparer ce match ?

Oui, il a donné son avis. Il connaît très bien le jeu de Paddy Jackson, qui sera son vis-à-vis. Il nous a donné des tuyaux et nous travaillons sur quelques options. Il a essayé de transmettre à ses coéquipiers cette fameuse patience qui fait la différence, cette façon de tenir le ballon longuement en restant dans la maîtrise tout en conservant son agressivité. Il pratiquait cela avec le Leinster. Mais il n’y a pas que lui qui est intervenu. Notre nouveau deuxième ligne Tom Palmer nous a parlé de M. Doyle. Il nous a rappelé les consignes qui ont été données en championnat d’Angleterre. Il y a une campagne contre le « talk back », les commentaires des décisions ou les joueurs qui arbitrent en même temps que le directeur de jeu. On voit ça en Top 14, c’est pénible et contre-productif. J’ai l’impression que c’était moins fort quand je jouais. Nous devions être trop fatigués pour parler.

Le profil de votre équipe n’est-il pas avantagé par le jeu européen ?

Je n’ai qu’une saison de référence pour répondre. Le format de la Coupe d’Europe nous fait jouer des matchs de phase finale à chaque fois. Mes joueurs avaient su le faire en toute liberté, sans arrière-pensée, pas sans pression mais sans retenue. C’est toute la différence.

On s’attend à un roulement entre Baptiste Serinet Yann Lesgourgues. Est ce difficile de trancher entre ces deux talents ?

On a la chance d’avoir deux demis de mêlée de niveau international et ils sont de plus en plus responsabilisés. Yann a gardé ses qualités de base qui sont assez uniques, l’explosivité, l’accélération. Il s’intéresse de plus en plus à la stratégie. Je l’encourage à gagner en autorité auprès des avants ; à donner de la voix, même en forçant le trait. Il doit progresser dans ce secteur-là. Je ne veux pas trop les comparer mais c’est vrai que Baptiste a pour lui des dispositions pour sentir les bonnes opportunités. Il peut aussi rassurer l’équipe par son jeu au pied. Mais plutôt que de les comparer, je vais les associer. Les deux ont de l’énergie à revendre. Mais il faut aussi lever la tête et voir où en sont les coéquipiers. On ne peut pas toujours accélérer le jeu, car on risque d’affaiblir le collectif. La notion d’équilibre est un élément important. Il faut penser aux avants qui viennent de combattre en mêlée de faire du boulot dans les rucks. Un bon demi de mêlée doit savoir juger si ses copains sont en situation de rupture.

Un mot sur Romain Lonca, joueur méconnu du grand public qui traverse une bonne passe…

Oui, il a eu un peu de mal à trouver sa voie. L’an passé, je lui avais donné rendez-vous pour le mois de novembre 2016. Vous avez eu la réponse. Il vient de prolonger pour deux saisons supplémentaires.

Jérôme Prévot
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