Clermont : « Vahaa » l’indispensable

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    Clermont : « Vahaa » l’indispensable
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Arrivé sur la pointe des pieds en Auvergne, le deuxième ligne est aujourd’hui un élément de base du système d’Azéma. Un tour de force au regard de sa concurrence.

Combien sont-ils, à Clermont, à pouvoir se targuer d’un tel statut ? Ces mecs dont on se pose à peine la question, quand vient un grand match, de savoir s’ils débuteront ou non la rencontre en qualité de titulaire. À la volée, on pense à Davit Zirakashvili et sa science d’à peu près tout ce qui touche au rugby, DamienChouly et son statut de capitaine, la charnière Parra-Lopez indiscutable et Wesley Fofana, jamais décevant dans les grands rendez-vous. Et Sébastien Vahaamahina, donc, qui fête aujourd’hui ses 25 ans. « Je confirme que c’est aussi mon sentiment le concernant, nous soutient Azéma. Je vous rassure, ce n’est pas pour ses beaux yeux ou pour lui faire plaisir. C’est simplement ce qu’il me rend sur le terrain qui lui donne ce statut. » « Vahaa » a su forcer ce statut, rare dans ce type d’écurie et surtout à son poste, certainement le plus relevé de la concurrence clermontoise. À ses côtés, on a vu du très bon Iturria puis un trou d’air face à Toulouse. Un Jedrasiak constant dans l’effort, un Van der Merwe qui répond enfin aux attentes et samedi, on pourrait voir « l’hypermorphe » Sitaleki Timani. Tous ces joueurs tournent et se partagent la lumière. Vahaamahina, lui, reste. Et ne déçoit jamais.

« Sa force, c’est son intelligence »

Dans la débâcle du paquet d’avants face à Toulouse, il fut le seul à surnager. Mais la défaillance collective avait fini par le faire dégoupiller. « Je me suis agacé, je me suis mis à me jeter partout et à faire un peu n’importe quoi », regrettait alors le joueur. « Quand il est arrivé chez nous, Sébastien avait la réputation d’un « je m’en foutiste ». Il est à l’opposé de cela. Il bosse énormément. Il cherche toujours le match parfait. Séb veut tellement bien faire que parfois, il surjoue. Mais il le sait et c’est aussi sa plus grande force : il est un garçon très intelligent, qui sait s’auto-évaluer. Ce qui lui permet de rebondir. » À Exeter la semaine dernière, Vahaamahina fut à nouveau démoniaque dans les rucks et très actif en défense. Son entraîneur des avants Jono Gibbes a apprécié ce match, peut-être plus encore que les précédents. « Parce qu’il a été extrêmement précis dans ces zones de ruck. Il a toujours choisi le bon moment et la bonne position pour intervenir. C’est là qu’il a progressé. » Gibbes développe : « L’an dernier, il était très actif dans les rucks mais parfois de manière désordonnée. Il perdait du temps, de l’énergie et il concédait des pénalités. Or, le critère de jugement d’un grand deuxième ligne, c’est le nombre de tâches accumulées dans un match et donc la vitesse à laquelle il peut enchaîner deux tâches efficaces. C’est là-dessus que Whitelock et Retallick sont supérieurs aux autres, chez les Blacks. Ils sont extrêmement précis dans tout ce qu’ils entreprennent. Ils ne vont jamais au sol inutilement, ils n’effectuent jamais rien de superflu. Ce qui leur permet d’être extrêmement actifs. Sébastien est sur ce chemin. »

« Le potentiel d’un grand »

La comparaison n’est-elle pas un peu abusive ? « Absolument pas ! tranche Gibbes. J’aimerais bien voir Sébastien avec les AllBlacks et Retallick dans une équipe française. La comparaison serait alors valable, parce que les joueurs sont aussi dépendants de leur contexte et des systèmes dans lesquelles ils évoluent. Mais Sébastien à cette dimension physique et cette progression régulière qui font le potentiel d’un grand. »

En attendant d’être « un grand », Vahaamahina est déjà « Le grand », comme le surnomment affectueusement ses coéquipiers. Un joueur qui n’aime pas vraiment la lumière et ne la cherche pas. Il se contente de faire son boulot et d’y prendre du plaisir, comme il le confie régulièrement. « Le rugby, à mes débuts, ce n’était qu’un jeu. J’ai gardé cette philosophie, j’ai besoin de m’amuser. Est-ce un métier ? J’hésite. J’ai un employeur, je suis salarié. En ce sens, oui, c’est mon métier. Mais si on réfléchit comme ça, on prend son fric et on se fout du reste. Moi j’ai besoin de m’amuser et de gagner pour aimer le rugby. » En ce moment, il l’adore.

Léo Faure
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