Nagusa : « J’ai eu peur d’être viré »

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    Nagusa : « J’ai eu peur d’être viré »
Publié le , mis à jour

Rentré samedi dernier avec deux mois et demi de retard, le meilleur marqueur du dernier top 14 (15 essais), Timoci Nagusa, a été suspendu par son club. Après s’être expliqué avec son entraîneur et son président, il a accepté de revenir avec nous sur son absence.

Vous avez été reçu par Mohed Altrad et Jake White mardi. Qu’en est-il ressorti ?

Nous avons eu un long entretien (d’environ une heure et demie, N.D.L.R.). Jake et M. Altrad doivent se revoir pour en discuter ensemble (l’interview a été réalisée mercredi matin) et, désormais, je dois simplement attendre leur décision. Je n’ai pas le droit de m’entraîner jusqu’à lundi et n’ai pas été autorisé à aller au club pendant quarante-huit heures.

Comment s’est passé cet entretien ?

Très bien, je pense. Je leur ai expliqué pourquoi je suis rentré avec un si long retard. Maintenant, j’attends mais je crois qu’à la fin de la réunion, nous étions tous satisfaits.

Ont-ils compris vos raisons ou étaient-ils en colère contre vous ?

Il y avait un peu des deux…

Pourquoi êtes-vous rentré si tard ?

Pour des raisons personnelles. Pour l’instant, je ne peux pas vous les préciser exactement, pour des raisons contractuelles. Le club fait les choses dans les règles. Quand je suis rentré, Mohed Altrad ne m’a pas dit : « Hey Jim, passe me voir dans mon bureau ! » J’avais reçu une lettre me signifiant ma convocation pour cette entrevue. Le président est mon employeur et je suis son employé, c’est normal que ça se passe comme ça.

Vous êtes plusieurs fois rentré en retard lors de la reprise estivale. êtes-vous surpris que les choses aient pris tant d’ampleur cette fois-ci ?

Je suis un sportif professionnel, sous contrat avec un club. Je savais que j’allais être sanctionné quand j’ai décidé de rester aux Fidji. Ne pas rentrer était véritablement un choix que j’ai fait en mon âme et conscience : je voulais régler mes problèmes là-bas. Je sais que plus de deux mois de retard, c’est beaucoup, mais j’ai choisi de privilégier ma famille. Je suis un homme marié, un père, j’ai une famille et des responsabilités. Le club, lui, aura d’autres ailiers après moi. Personnellement, après le rugby, j’aurai toujours les miens. C’est le plus important. Je savais aussi que je serais un meilleur joueur de rugby si mes soucis étaient réglés. J’aurais pu rentrer et laisser le bordel derrière moi mais j’aurais été très perturbé, hors et sur le terrain. Maintenant que tout est résolu, je peux me concentrer complètement sur le rugby et donc être plus performant.

Allez-vous être sanctionné ?

Oui. Je le répète : je suis sous contrat et c’est normal. Je sais déjà que je ne vais pas toucher la totalité des primes que je devais percevoir (il n’était également plus payé). Je le comprends et je savais que cela se passerait ainsi. Après, je suis dans ce club depuis six ans : je sais ce que je peux faire et ce dont je suis capable. Le coach le sait aussi. Jake White m’a parlé droit dans les yeux. Comme un père à son fils. Comme moi, il est très croyant. Et nous nous sommes compris.

Avez-vous envisagé à un moment de ne pas rentrer ?

Non, j’étais sûr de revenir en France. Quand j’ai pris la décision de rester aux Fidji, j’ai eu peur d’être viré. J’ai vu ce qu’il s’est passé pour Timoci Matanavou… Je savais que tout pouvait arriver mais j’ai fait mon choix en connaissance de cause et en étant persuadé que Dieu m’indiquerait la meilleure chose à faire. Ma foi est très importante pour moi et cet épisode l’a renforcée. Après, j’ai toujours livré le meilleur de moi-même pour cette équipe. J’ai beaucoup, beaucoup donné pendant six ans et je suis toujours le même joueur. Maintenant que tout est réglé, je n’ai qu’une hâte : retrouver la compétition. J’en meurs d’envie.

Quand cela va-t-il arriver ?

Pas ce week-end contre le Leinster en tout cas ! Je ne sais pas vraiment. Je vais reprendre l’entraînement lundi et on verra. Mais je suis toujours aussi confiant quant à ce que je sais et peux faire. Je suis plus fort maintenant, dans ma tête mais pas seulement. Je l’ai dit au président : je suis revenu plus sage, plus responsable, j’ai les idées claires. Alors qu’est-ce qui pourrait m’arrêter ? Je suis sûr d’être plus fort que jamais. Avant, je ne voulais jamais rentrer des Fidji. Là, je suis content. Je n’ai jamais été aussi heureux de revenir en France. Je suis un homme meilleur. Vous savez, la vie vous donne des leçons chaque jour. Le rugby, au contact de mes coéquipiers français, sud-africains ou géorgiens, m’a permis d’apprendre beaucoup de choses. Mais j’ai aussi grandi en tant que personne ces derniers temps.

Votre femme et votre fils, qui vivaient aux Fijdi, sont-ils rentrés avec vous cette fois ?

Non, ils sont toujours là-bas parce que je ne sais pas comment ma situation va évoluer. On avisera quand je connaîtrai la décision du club.

Donc, vous craignez toujours d’être limogé ?

J’ai dit à Jake et au président Altrad que, quoi qu’il arrive, je respecterai leur décision et ne la remettrai pas en cause. Je crois que la réunion s’est très bien passée et qu’on s’est bien quittés mais, maintenant, c’est entre leurs mains. Moi, je continue de travailler. En tout cas, je suis apte à jouer.

Justement, comment vous sentez-vous physiquement ?

Très bien ! J’ai joué à toucher avec un peu tout le monde pendant mon séjour aux Fidji alors je suis en forme. Je ne suis pas autorisé à aller au club mais je faisais une séance de physique de mon côté, dans un parc, juste avant cette interview. Je suis rentré avec seulement trois kilos de plus qu’avant mon départ. D’habitude, après quatre mois d’absence, je revenais avec dix ou dix-huit kilos de trop ! Là, je suis revenu avec soixante-quinze jours de retard et j’ai seulement pris trois kilos. Je ne sais pas si vous vous rendez compte mais c’est un truc impossible à faire pour un Fidjien, normalement ! (rires) ça prouve bien que je ne suis pas resté là-bas en vacances.

Emilie Dudon
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