[ Dossier ] Le coût du rugby : Très cher rugby

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Publié le , mis à jour

Si les droits télévisuels ont explosé ces dernières années, le rugby semble avoir atteint ses limites en termes de sponsoring et d’affluences. Explications.

Les chiffres vous fileraient presque le vertige : Thomas Savare et Jacky Lorenzetti ont dépensé plus de 30 millions d’euros depuis qu’ils ont pris possession de leur club respectif, le Stade français et le Racing 92, en 2011 et 2006. Le prix de la passion, d’une exposition médiatique « 4 étoiles » et, au final, d’un titre de champion de France. Face aux millions du football, ce n’est rien, évidemment. Presque une goutte d’eau même dans l’océan du sport pro et des mannes télévisuelles qui dopent le spectacle à coups de droits de diffusion devenus astronomiques (748,5 millions d’euros payés annuellement par Canal + et beIn Sports au titre de droits de diffusion des championnats de Ligue 1 et Ligue 2).

Pour autant, ces investissements brisent en morceaux l’image d’un sport qui a toujours regardé du coin de l’œil les présidents mécènes et millionnaires, ceux qui, hier, distribuaient en douce les talbins pour entretenir la légende d’un rugby amateur vecteur d’élévation sociale. Ceux d’aujourd’hui ne prennent plus de gants pour signer les fiches de paie de leurs joueurs professionnels. Une tendance qui inquiétait Patrick Wolff, la semaine dernière dans nos colonnes : « Ces investissements devront déboucher sur des équilibres d’exploitation, à court ou moyen terme. Il n’y a pas de modèle économique structurellement déficitaire et durable. Lorsque les déficits sont de l’ordre de 15 %, les mécanismes de réajustement par apport d’argent sont une rustine. » Le dernier en date à recourir à ces pratiques ? Mohed Altrad, qui a lui aussi aligné les millions depuis son arrivée à la tête du Montpellier Hérault Rugby afin de constituer une équipe aux allures de sélection internationale. Il court après les titres, fait peur à ses concurrents comme Toulouse il y a quelques années, ou Toulon, plus récemment.

Des modèles dépassés

Dans son sillage, tout le monde s’accroche pour suivre le train d’enfer. Rien de nouveau nous direz-vous, l’attrape-mécènes qu’est l’Élite du rugby français a toujours été porté par des locomotives puissantes qui l’ont tiré vers le haut, à intervalles réguliers.

Cette fois, elle a changé de dimension. À mesure que les nouveaux présidents ont affiché leurs ambitions à grands coups de recrutements toujours plus clinquants, c’est tout le système qui a implosé, du Top 14 en passant par le Pro D2 et la Fédérale 1, très loin de sa réalité économique : les salaires d’abord et les effectifs ensuite, portés par les droits télé ; les billetteries et, surtout, le sponsoring. Après les stars, ce sont désormais les jeunes français, joueurs Jiff en particulier, qui valent de l’or : comptez 50 000 euros mensuels pour le troisième ligne Yacouba Camara qui a signé au MHR… Les limites sont aujourd’hui atteintes. Temporairement ? Sans doute. L’élite du rugby français a des ressources insoupçonnées et une drôle de capacité d’adaptation.

En l’état actuel des choses, il n’en reste pas moins fragilisé comme en témoignent les difficultés rencontrées depuis trois ans par son phare du midi : le Stade toulousain ne fait plus référence sportivement mais aussi en termes de développement économique. Et il finira bien par changer de modèle, de gré ou de force, pour tenter de rivaliser avec les plus grosses écuries du Top 14.

Vitrines à vendre…

Autre exemple significatif : Grenoble, qui n’a pas attendu la fin de saison pour tirer son propre signal d’alarme et procéder à ses premières mesures d’économie pour respecter son budget prévisionnel. Un coup de frein assumé, au risque de mettre en difficultés une locomotive sportive déjà ralentie par un départ raté.

Par-delà les éternels « trous » financiers, le Top 14 délivre d’inquiétants messages quand deux de ses principaux clubs sont annoncés à vendre… Toulon d’abord, même si Boudjellal n’a pas baissé les bras et qu’il multiplie les contacts pour son futur recrutement. Sanctionné par la LNR pour dépassement du Salary Cap, le patron varois est fragilisé, coincé, poussé vers la sortie. Pour l’heure, il n’a pas encore trouvé le moyen d’assurer son propre avenir.

À Paris, Thomas Savare s’affirme, lui, décidé à poursuivre son engagement mais il dit aussi être prêt à écouter d’éventuelles offres qui renforceraient son club. En misant sur les jeunes joueurs français, le Stade français est parvenu à se relancer il y a trois ans. Mais il est aujourd’hui victime de la hausse des salaires pour ces mêmes joueurs « Jiff » qui, on l’a vu, sont désormais très demandés sur le marché des transferts. Pour résister, Savare doit mettre la main au portefeuille mais il se refuse à franchir les limites du raisonnable. Avec plus de 30 millions d’euros investis, le président du Stade français a déjà payé pour voir et savoir. Très cher rugby. Certainement trop cher…

Emmanuel Massicard
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