Fa’asalele : « Vous allez voir, on va vous mettre des tampons ! »

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    Fa’asalele : « Vous allez voir, on va vous mettre des tampons ! »
Publié le , mis à jour

Retenu dans le groupe samoan mais forfait en raison d’une blessure au pied, le troisième ligne, Puila Fa’asalele évoque, dans un français impeccable, les rapports de sa sélection avec la France, où évolue une grande partie de son contingent. Avec humour, le toulousain explique qu’en coulisses, le match a déjà commencé dans les équipes de Top 14…

Bien que retenu dans le groupe de la tournée de novembre des Samoa, vous n’allez pas affronter la France en raison d’une blessure. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Oui, j’ai été victime d’une petite déchirure musculaire sous le pied au niveau de la voûte plantaire, juste avant le match de Coupe d’Europe contre les Wasps (la semaine du 17 octobre, N.D.L.R.), et depuis je ne peux plus jouer. J’ai vraiment fait tout mon possible pour être prêt pour le match de la France mais… Je crois que cela fait trop juste. Je peux marcher sans problème, mais je ressens encore des douleurs sur les changements d’appuis et les sprints. Je ne vais prendre aucun risque…

Etes-vous déçu ?

Très déçu… Ce match contre la France faisait partie de mes priorités de la saison. Je l’avais coché depuis longtemps sur le calendrier, et j’ai beaucoup bossé pour faire ce match. Cette blessure m’a aussi privé du match contre Castres que je voulais vraiment jouer, et maintenant de l’équipe de France. Une telle opportunité n’arrive pas souvent : affronter la France, ici, à la maison, à Toulouse… C’est rare. Ça m’a énervé mais c’est la vie. C’est comme ça. On ne peut rien faire. Il y a des choses plus graves.

Au-delà de votre cas personnel, s’agit-il d’un match particulier pour tous les Samoans qui évoluent en France ?

Bien sûr, c’est un match très important pour nous. Déjà, c’est énorme d’affronter l’équipe de France. Mais ensuite, ce match est particulier car nous sommes plusieurs à évoluer en Top 14, à partager le quotidien des joueurs du XV de France. Ces mecs sont nos coéquipiers ! D’ailleurs, cela fait quelques semaines que l’on rigole avec « Mama » (Yoann Maestri), « Max » (Maxime Médard), et « Huge » (Yoann Huget)… Je leur dis « Vous allez voir, on va vous mettre des tampons ! » C’est marrant.

Et que répondent-ils ? Ils craignent vos « tampons » justement ?

Ah non pas du tout ! C’est un match de rugby quoi ! Eux, ils représentent la France alors ils ne vont pas reculer, et nous non plus. Mais une fois que le match sera terminé, ils resteront nos amis. C’est ça l’esprit du rugby.

Voyez-vous des similarités entre les deux équipes ?

Oui, car traditionnellement le XV de France et celui des Samoa ont toujours misé sur leur dimension physique qui leur permettait d’être performant dans un jeu frontal. Après, il faut aussi dire que nous sommes moins bien préparés que les Français…

Combien de temps le groupe a eu pour préparer ce match ?

Ils se sont retrouvés la semaine dernière, à Londres, pendant trois jours et cette semaine à Blagnac. Je n’ai pas pu me rendre à Londres, j’ai préféré rester ici à Toulouse pour faire des soins, histoire de récupérer au maximum mais… cela va être trop juste.

En tant que joueur appelé dans le groupe, vous devez connaître le plan de jeu. À quoi la France peut-elle s’attendre ?

Ça, c’est un secret ! (rires) Mais je pense que le jeu va évoluer… Tout d’abord, nous avons un nouveau staff : Alama Ieremia, qui était l’entraîneur des trois-quarts l’année dernière, est devenu sélectionneur après la Coupe du monde. Ensuite, nous avons intégré un grand nombre de jeunes joueurs car aujourd’hui, notre but est de travailler pour la Coupe du monde de 2019. D’ici là, ces jeunes ont besoin d’engranger de l’expérience. À la suite de l’échec en Coupe du monde, (Les Samoans s’étaient classés à la quatrième place de leur poule, avec une seule victoire), nous nous sommes réunis en juin dernier et avons décidé de prendre un nouveau départ. Aujourd’hui, nous bossons pour 2019.

Pourriez-vous nous parler du sélectionneur Alama Ieremia ?

Alama a entraîné pendant cinq ans les Hurricanes (de 2009-2014, en tant qu’adjoint) après y avoir joué. Même s’il est samoan, il devrait apporter une petite touche néo-zélandaise à notre jeu, qui reste toutefois basé sur nos qualités physiques.

Qui seront les joueurs à suivre, samedi, côté samoan ?

Je dirais Kahn Fotuali’i, notre demi de mêlée. Notre jeu repose beaucoup sur lui, c’est un cadre de l’équipe. Ensuite, je dirais Census, naturellement, car son expérience face aux piliers français va être très précieuse pour nous. Il connaît parfaitement les première ligne du XV de France et cela peut être précieux.

Et quel Bleu redoute le groupe samoan ?

Personne ! (rires) Plus sérieusement, vous avez beaucoup de joueurs talentueux. Je connais Gaël (Fickou) ici à Toulouse, mais je sais aussi que Rémi Lamerat est en jambes en ce moment, donc il sera dangereux. Je citerais aussi vos ailiers, Virimi Vakatawa et Noa Nakaitaci. Noa est incroyable en ce moment avec Clermont. Devant, il est difficile d’en sortir un tellement vous avez des joueurs d’expérience. Avec « Mama », vous serez bien en touche, et Guirado lance très bien. La France possède vraiment un gros pack.

Que manque-t-il aux Samoa pour rejoindre les Fidji par exemple ? De la stabilité ?

Je pense que nous avons manqué d’un peu de profondeur dans notre effectif. C’est précisément pour cela que le staff a réuni plusieurs jeunes, pour les former au plus haut niveau. Le rugby a bien évolué chez nous, il nous faut juste encore un peu de temps et de moyens également. Pour préparer les matchs par exemple, en passant davantage de temps ensemble. Mais on ne se plaint pas : on fait avec ce qu’on a, et nous avons d’autres forces comme la solidarité et l’identité culturelle. La culture samoane compte beaucoup à nos yeux. On doit savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va.

Simon Valzer
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