[FRANCE - AUSTRALIE] Lamerat, brassé sous le Guy

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    [FRANCE - AUSTRALIE] Lamerat, brassé sous le Guy
Publié le , mis à jour

Avec les bleus, le girondin d’origine, Rémi Lamerat, retrouve Guy Novès. L’homme qui l’a lancé chez les pros et l’avait maintes fois tancé, sans succès alors. Cinq ans après son départ de la ville rose, retour sur ce chapitre clé de la carrière du néoclermontois.

«Devant le match, je me suis fait la réflexion et je me suis dit que le clin d’œil était sympa. Alors que Guy Novès lui avait reproché tant de choses par le passé, Rémi se retrouve en équipe de France, sélectionné par Guy lui-même, ici, à Toulouse. C’est une belle histoire, vous ne trouvez pas ? » Samedi dernier, au Stadium, l’ironie du sport a bercé d’une douce nostalgie Michel Marfaing, directeur du centre de formation du Stade toulousain depuis 2003. Le même parallèle spatiotemporel avait dessiné un large sourire sur le visage de Jean Lamerat, le 29 décembre 2015, à l’annonce du premier groupe de l’ère Novès : « Je ne vous cache pas que j’ai été agréablement surpris que Guy s’intéresse à lui quand il est arrivé au poste de sélectionneur, confie le père du centre. Ce n’est pas qu’il y ait eu une quelconque brouille entre eux mais, bon, disons qu’à l’époque… Il faut dire que ce n’est plus le même Rémi qu’avant. »

Avant ? Entre 2005 et 2011, exactement. Cette période correspond au premier chapitre de l’histoire entre Guy Novès et le natif de Sainte-Foy-la-Grande. à seulement 15 ans, le Girondin débarque dans la Ville rose, fort d’un talent remarqué et remarquable. Michel Marfaing se souvient : « Le potentiel était déjà là, impressionnant, avec des qualités athlétiques et physiques assez exceptionnelles. » « En cadets et juniors, tout s’était très bien passé, poursuit son père. Rémi avait été replacé de la troisième ligne aile au centre avec succès. Mais après, ça a coincé… » Ses premières apparitions avec l’équipe fanion, à 19 ans, coïncident étrangement avec des contre-performances en catégories jeunes : « Je jouais le plus souvent en espoirs. Mais je n’arrivais pas à élever mon niveau. J’étais même souvent en dessous des autres. » Drôle de paradoxe. « Il a été trop haut trop vite, estime son père. Partir aussi jeune de son domicile n’est pas chose facile. Et puis, il se laissait vivre. C’est un bon vivant, quoi. » Un tantinet dilettante, effectivement : « Jusqu’alors, je m’en sortais sans trop travailler, reconnaît le fautif. C’est un mauvais réflexe que j’ai gardé et dont j’ai eu du mal à me départir. » Michel Marfaing, un sourire dans la voix, dresse le portrait d’un jeune insouciant, tout simplement : « Il n’était pas hyper sérieux, un peu bringueur. La diététique n’était pas son point fort… Il l’a payé à un moment. Quand nous les prévenons, les jeunes nous prennent pour des vieux cons. Je les comprends : ils veulent profiter de leurs belles années. Le problème, c’est que lorsqu’ils se rendent compte de ce qu’il faut faire, il est souvent trop tard. J’étais persuadé qu’il allait franchir le cap. Mais la question était : quand ? »

« Novès m’avait mis en garde… »

À cette époque, le manager de l’équipe professionnelle du Stade toulousain affiche le même scepticisme face à l’enlisement de cet espoir promis à un si bel avenir : « Guy Novès m’avait mis en garde, nous racontait le néoclermontois du temps de Castres. Il me prenait régulièrement Florian Fritz et Pato Albacete en exemple car ce sont des monstres de travail et, donc, de réussite. » En vain. La prise de conscience ne se produit pas encore : « Au club, nous espérions, attendions, repoussions l’échéance, souffle le directeur du centre de formation. Mais alors qu’il ne faisait pas les efforts, il voulait tout de même évoluer en équipe première. Il y a un hic quand le joueur commence à devenir impatient mais qu’il ne remplit pas tous les critères du haut niveau. Guy ne le faisait donc pas jouer. Il ne l’estimait pas prêt. À juste titre. » Les dix-neuf feuilles de match compilées en trois saisons ne satisfont alors personne.

Jean Lamerat se souvient, avec une émotion contenue, de ce passage plus sombre du parcours de son fils : « C’était un cercle vicieux. Il ne sentait plus trop la confiance des autres et perdait la sienne. C’était une phase de doute. Il n’a pas été jusqu’à vouloir faire une croix sur une carrière mais il se disait qu’il ne serait peut-être pas joueur de Top 14, finalement. C’était la première période dure de sa vie. Nous l’avons mal vécue… » Rémi Lamerat doit alors forcer son destin et sa nature : « Plutôt que de se renfermer, il s’est remis en question. Il ne s’est jamais plaint. Il savait qu’il devait s’en prendre à lui-même. Il n’en veut d’ailleurs à personne », reprend son paternel. Un an après avoir éconduit Brive, l’international moins de 20 ans dit oui à Castres. Un pas en arrière, au niveau du prestige, mais un crochet nécessaire, sur le plan sportif : « Il lui restait une année optionnelle. Mais il y avait du monde au poste et il voulait jouer davantage. » « Au bout d’un moment, j’ai senti que Guy Novès n’avait pas trop confiance en moi, justifie l’intéressé. Et il avait raison. Je n’en faisais pas autant qu’il me le demandait. Guy a compris ma décision. Il est très droit, je l’ai toujours apprécié. J’aurais aimé avoir eu ma prise de conscience plus tôt pour continuer au Stade. Quitter ce club a été dur mais c’était le bon choix. »

« Une évidence qu’il colle à son projet »

Une amertume également ressentie par Michel Marfaing : « C’était un regret de le voir partir. à ce moment, je me suis demandé : est-ce que le club a loupé quelque chose ou bien est-ce un passage obligé sur son itinéraire ? » L’avenir a apporté la réponse. Non sans mal. Car les épreuves s’enchaînent pour le centre, alors âgé de 21 ans. En mars 2011, soit deux mois après son engagement avec le CO, Rémi Lamerat se rompt le ligament croisé antérieur du genou droit. En novembre de la même année, rebelote. Le destin cousu d’or ne cesse de s’effilocher. Ce double coup d’arrêt change sa destinée : « Ces deux blessures ont peut-être été un mal pour un bien. De repartir de si bas m’a fait prendre conscience du travail qu’il fallait fournir. Mon caractère a évolué. Je n’ai pas énormément de mental à la base, ça m’a endurci. » « Il s’est construit dans l’adversité, apprécie son père. Tout compte fait, il ne regrette pas le choix de Toulouse. Il y a beaucoup appris et cette expérience a contribué à le forger. » La suite est davantage connue : le retour au premier plan sous la houlette du tandem Milhas-Darricarrère, l’explosion lors de la saison 2013-2014, le baptême sur la scène internationale en juin 2014 et le départ pour Clermont, en juin dernier, afin de progresser, encore et toujours. Son nouveau credo. Le souvenir des années toulousaines gravé à l’esprit, l’enfant chéri de Sainte-Foy-la-Grande est devenu perfectionniste, méticuleux, assidu. Presque à l’excès.

Dès lors, pourquoi Guy Novès ne l’aurait-il pas sélectionné ? « Il a été formé dans la maison que Guy a pratiquée pendant des décennies, selon ses convictions, évoque Michel Marfaing. Ce qu’il a travaillé au Stade toulousain entre 16 et 20 ans, sur les attitudes aux duels et le jeu dans la défense, l’a marqué sur la durée. C’était une évidence qu’il allait coller à son projet. » Dix ans après s’être croisé pour la première fois, les routes du technicien et du centre se sont rejointes depuis l’hiver. Très progressivement. Tout au long du Tournoi, le joueur est resté en salle d’attente. En souvenir du bon vieux temps, dirait-on... « Je connais bien Guy Novès, il est venu pour me parler, m’expliquer ses choix et me dire sur quoi il m’attendait », racontait Rémi Lamerat en mars. Son axe prioritaire de travail ? Améliorer la qualité de ses transmissions après-contacts. Des exigences satisfaites sans tarder. Lors du deuxième test-match de juin en Argentine et à Toulouse face aux Samoa, en ouverture de cette tournée, le Foyen a tenu ses promesses. Le deuxième chapitre de l’histoire entre les deux hommes débute joliment : « Je ne m’emballe pas non plus, coupe Jean Lamerat. Dans le passé, il y a eu tant de joies suivies de déceptions. » Prudence est devenue mère de sûreté chez les Lamerat. La conclusion, signée Michel Marfaing, n’en reste pas moins des plus appropriées : « Tout de même, c’est une drôle de trajectoire, non ? ».

Vincent Bissonnet
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