Jacky Lorenzetti : « Il faut requalifier Brice Dulin »

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    Jacky Lorenzetti : « Il faut requalifier Brice Dulin »
Publié le , mis à jour

Le président du champion de France, Jacky Lorenzetti, livre sa version de « l’higénamine gate » et monte au créneau pour défendre ses joueurs Brice Dulin et Yannick Nyanga. Paroles.

Vous ne vous êtes pas exprimé depuis que Midi Olympique a révélé que Brice Dulin et Yannick Nyanga seraient tous deux entendus par la Commission de Lutte contre le Dopage de la FFR. Quelle est votre position ?

Que les choses soient claires. Au Racing, nous sommes contre le dopage et pour les contrôles. C’est une évidence. Parallèlement à cela, nous sommes solidaires de nos joueurs à condition qu’ils n’enfreignent pas les lois du club et les réglementations du sport. Si un de nos joueurs avait triché, on aurait immédiatement réagi en le sanctionnant.

Quand avez-vous été mis au courant par Brice Dulin et Yannick Nyanga ?

Yannick a été contrôlé en octobre et a reçu la convocation de la FFR en décembre. Il est alors immédiatement venu nous voir. Ensemble, nous avons tout de suite regardé ce qu’il se passait. On a contrôlé et on s’est aperçu que le produit incriminé - qu’il consommait depuis déjà un certain temps - n’était ni sur la liste des produits interdits par l’AMA ni répertorié comme produit interdit par le moteur de recherche de l’AFLD.

Avez-vous des preuves ?

Oui. (Il nous tend un dossier, N.D.L.R.) Si je regarde la liste des interdictions publiées par l’Agence Mondiale Antidopage en 2016, le produit (higénamine, N.D.L.R.) ingurgité par les joueurs n’était pas répertorié. Il apparaît seulement sur la version 2017 de la liste entrée en vigueur au 1er janvier. La sanction peut-elle être rétroactive, alors ? […] On peut se demander, au passage, si l’AFLD ne devrait pas avoir un rôle préventif vis-à-vis des sportifs de haut niveau. Pourquoi les gens de l’AFLD n’ont-ils pas prévenu tout le monde que des nouveaux produits avaient été ajoutés à la liste des substances interdites ?

Dans ce cas, pourquoi Yannick Nyanga et Brice Dulin sont-ils convoqués ?

L’AFLD ne convoque pas. Elle signale à la FFR et le président de la première instance décide s’il y a lieu ou pas de convoquer le joueur. Pourquoi sont-ils convoqués ? Je ne sais pas. C’est une affaire ubuesque. Nous avons réalisé, via un huissier de justice (Maître Antoine Notte, N.D.L.R.), un procès-verbal. Lorsque celui-ci a interrogé (le 8 décembre 2016, N.D.L.R.) le site de l’AFLD sur l’higénamine, il a constaté comme nous que le moteur de recherche stipulait que la molécule d’higénamine n’était pas considérée comme un produit interdit. À partir de ce moment-là, nous avons pris la défense du joueur et estimé qu’il avait été injustement poursuivi.

Soyons précis : les moteursde recherche de l’AFLD ne délivrent d’informations que sur les médicaments pas sur les molécules…

C’est faux ! Et pour le prouver, je vous donne un autre exemple. Comme l’higénamine, l’octopamine est une molécule naturelle, synthétisée par plusieurs plantes comme l’orange amère. Or, elle est bien répertoriée par le moteur de recherche de l’AFLD comme substance interdite. Regardez ! Faites le test ! Je donne des faits, des preuves. Ce n’est pas du vent ! Le moteur de recherche prend en compte les molécules. Et l’octopamine n’est pas le seul exemple.

Revenons à notre question initiale : si les joueurs sont innocents, pourquoi sont-ils convoqués ?

Je ne veux pas tomber dans la parano et me dire qu’il y a un acharnement contre le Racing, comme certains me le suggèrent. Nos joueurs sont propres. Oui à la préparation physique ! Non à toute pratique dopante !

Pardonnez-nous d’insister : pourquoi sont-ils convoqués, Monsieur Lorenzetti ?

Je suppose que l’AFLD veut ratisser large. Yannick Nyanga et Brice Dulin sont des victimes. Le premier se fait choper à 33 ans pour un truc qui n’existe pas… Le second se fait attraper pour la même raison et va rater le Crunch. Que reprocher à Brice (Dulin, N.D.L.R.), franchement ? Le produit lui a été présenté comme une substance légale, validé par un spécialiste reconnu. Et malheureusement il y a certainement beaucoup d’autres sportifs qui prennent ce produit en toute bonne foi.

Dans quel état d’esprit vos joueurs se trouvent-ils ?

Ils sont franchement révoltés. Ce produit, il en est fait de la publicité ! Ouvertement ! Par des joueurs du Top 14 et d’autres sportifs pros connus et reconnus. Combien de dizaines de joueurs, de centaines de sportifs de haut niveau l’utilisent ? Jusqu’à ce que l’information soit publiée, des joueurs de rugby pro et d’autres sportifs s’affichaient sur le site de la société qui les fabrique comme ambassadeurs du produit ! Yannick prenait ce produit des années avant de venir au Racing et il avait pris le soin de le faire valider par ses référents médicaux ; il pensait donc qu’il n’y avait aucun problème et je le comprends.

Êtes-vous contrôlé régulièrement ?

Nous sommes contrôlés très régulièrement après les matchs de Top 14 et de Champions Cup mais aussi à l’entraînement. L’AFLD a estimé que le champion de France devait être plus contrôlé que les autres et que des stars mondiales telles Dan Carter doivent être responsables. Je le conçois.

En termes d’image, ces affaires successives sont catastrophiques pour votre club…

C’est délicat à gérer, oui. J’ai choisi une communication de transparence, incitant les joueurs à révéler la vérité. J’ai prévenu nos principaux partenaires. Comme pour l’affaire précédente, nous nous battrons pour prouver que c’était une injustice.

Où en est cette affaire dite des corticoïdes, d’ailleurs ?

Les trois joueurs ont été convoqués par l’AFLD après avoir été blanchis par la commission fédérale. Nous sommes allés voir le dossier en question avec les avocats des joueurs, au siège de l’AFLD. Rien de nouveau dedans ! Rien de plus que la première fois ! Nous sommes en temps de crise et l’AFLD se doit de prouver son utilité, je peux le comprendre. De son côté, l’institution doit comprendre aussi qu’un président comme moi s’insurge quand des joueurs sont injustement mis en cause. Je sais qu’il faut faire des choses médiatiques si on veut exister mais il y a un volet prévention qui semble avoir été négligé.

Le Racing a-t-il connu, après les affaires, des défections de certains sponsors ?

Non. Ils se sont posé des questions. On les a informés. Ils sont aujourd’hui rassurés. Je suis, quant à moi, dans la posture d’un président qui assume tout. Je suis en haut de la pyramide. Je suis responsable et prends les coups. C’est normal. Après la pluie, viendra le soleil… Pour tout vous dire, j’ai déjà reçu beaucoup plus de messages qu’après le titre de champion de France. La famille du rugby français sait que nous n’avons pas enfreint la loi.

N’y a-t-il pas un risque que le groupe s’effondre au fil de toutes ces affaires ?

Non. Dans l’adversité, on trouve de la force. Je n’échangerais pas le dernier Bouclier contre une saison plus tranquille. On n’est pas des geignards, au Racing. L’avenir est tracé. L’Arena arrive.

 

Comment la suite des évènementsse présente-t-elle ?

Nyanga comparaîtra le 26 janvier. Pour Brice, on ne sait pas. Il est parti en vacances début janvier. À son retour, il n’a pas relevé le recommandé de la FFR à temps. Mais il n’y avait pas de malice de sa part. Brice avait du courrier plein la boîte et il s’est comporté comme le font souvent les jeunes hommes… Ce n’était pas un stratagème pour éviter l’appel de la commission. J’envoie d’ailleurs un message au staff de l’équipe de France : il faut requalifier Brice Dulin. Il n’est pas coupable et s’est battu comme un chien pour revenir en Bleu.

Marc Duzan
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