Deniau, un arbre dans la forêt

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    Deniau, un arbre dans la forêt
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Grégoire Deniau, grand reporter de guerre, est l’une des chevilles ouvrières du club de Bracieux, si singulier, et taillé à la mesure de ses ambitions d’homme libre.

Dans ce qu’il serait convenu d’appeler le petit miracle de Bracieux, le premier club du comité du Centre devenu champion de France, la saison dernière en Deuxième Série, la présence de Grégoire Deniau a porté à son point culminant le romantisme de cette aventure de cinématographe, où le moindre détail de développement de cette équipe par des capacités humaines désintéressées, tient du scénario écrit par la plume d’un doux rêveur amoureux du terroir. Le terrain de Bracieux avait été offert gracieusement aux pionniers du club par le grand père de l’actuel président Hubert Dambrine ? C’était un champ, et les joueurs ont construit eux-mêmes les vestiaires ? Ils tracent les lignes sur leur pelouse ? Grégoire Deniau ne pouvait pas imaginer rencontrer dans cet altruisme le miroir si parfait de son lui même provincial. Lui, le grand correspondant de guerre, lauréat du prix Albert Londres, le plus prestigieux dans le métier des journalistes, obtenu en 2005 pour sa « Traversée clandestine », fils de Jean-François Deniau, ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing, député, président du conseil général du Cher, et commissaire européen, lui l’aristocrate, ici, en quelques sorte, qui fut joueur de rugby talentueux en Première division, au Puc, où il a connu les années de présidence les plus folles de feu Gérard Krotoff, a retrouvé parmi ses paires chasseurs et rugbymen, le doux plaisir de la communion. « J’ai vu mon fils être écarté de l’équipe nationale à 7 juste avant les jeux Olympiques après en avoir été le capitaine pendant 5 ans, dit-il. Ce sont des choses impensables dans mon esprit. Le rugby professionnel a franchi des barrières. C’est peut-être normal. Mais de mon point de vue, accepter l’invitation d’Hubert Dambrine de venir entraîner à Bracieux, c’était se replonger dans la fraternité indépassable qui fait la beauté de notre sport. Et je ne savais pas à quel point j’allais aimer ce club et tous ceux qui le composent. »

Le bon duo

Quand il ne se trouve pas aux quatre coins du monde, son dernier travail est une série de 15 films sur les villes les plus violentes du globe, quand il ne travaille pas à son exploitation viticole, il possède quatre hectares qui font un bon Cheverny, et quand il ne conduit pas ses vaches, ses amis lui avaient offert ce troupeau pour célébrer ses cinquante ans, puisqu’il avait déclaré qu’un homme avait réussi sa vie lorsqu’il en possédait un, plutôt que de porter une Rolex au poignet, Grégoire Deniau conduit donc les entraînements des avants de Bracieux aux côtés de Thierry Fernandez, le professeur transfuge de Blois. Ce dernier aussi avait été recruté par Hubert Dambrine au même moment que Deniau, à l’orée de cette saison exceptionnelle qui avait conduit au titre. Il figurait à ses côtés un monument d’expérience, puisqu’il traînait déjà derrière lui une trentaine d’années d’exercice, quand Deniau se plongeait avec découverte dans son nouveau rôle d’encadrant. « Et j’ai découvert un type très ouvert, capable de s’adapter à toutes les personnes et à toutes les situations. Sa plus grande qualité, malgré son savoir du rugby, se trouve bien dans son humanité séduisante. » C’est pourquoi ses joueurs aussi sont allés garder son troupeau aux côtés de son épouse, dans la demeure du XVIe siècle, un héritage de la famille qui vivait là depuis toujours, et qu’il est venu habiter à la mort de son père en 2007, lorsqu’il était parti convoyer un bateau jusqu’à la Martinique à la demande d’une connaissance. Grégoire Déniau a plusieurs vies , « et celle du rugby est l’une des plus étonnantes ». Sa voix porte donc encore dans le vestiaire cette saison. Et les Braciliens détonnent toujours. Les promus sont leaders de leur championnat de Promotion d’Honneur. Ces champions de France ne sont pas rassasiés, ni ce grand insatiable qui leur sert de pilote éclairé.

Par Guillaume Cyprien

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